mercredi 20 juin 2018

Quand la nature sauve son paradis.

Quand la nature sauve son paradis. Il fait désormais chaud au milieu du mois de juin, à Zarzis, sur le littoral sud est de la Tunisie, malgré que nous avons eu un bon climat tout au long du mois de Ramadan, mois de jeûne et de recueillement, ce qui poussa Boughmiga à réduire drastiquement ses sorties vers la mer ou vers les sites et stations historiques découvertes au fil des randonnées. Toutefois, il trouve toujours une issue et un chemin à défricher, comme cette fois quand il faisait frais et nuageux et les touristes, en majorités des Russes sortaient au village, à errer à l’aveuglette, sans comprendre grand-chose du bled et ses habitants, alors Boughmiga eu l’idée de proposer son « musée » espace écologique et artistique mémoire de la mer et de l’homme, à visiter et donner ainsi à ces visiteurs potentiels un produit touristique insolite, intellectuel et humain. Pour cela, il fit le tour des hôtels de la région un à un, où il fut bien reçu chez quelques uns, d’autres juste pour la forme et la bienséance, certains avec une animosité criante dés le contact avec le gardien du portail, pendant que quelques uns étaient formidables, malgré le fait, que voilà deux semaines depuis, no body came, personne n’est venu, nada, pourtant, j’avais bien affiché le tarif de l’entrée au musée, « gratuit, gratis, free, bellouchi… » et il suffirait de voir le monde autrement, de réfléchir sur la condition humaine et admettre, que nous autres aussi, les paysans du Sahara, avons une éthique de vie et une vision juste et équitable des difficultés humaines. Depuis, j’ai ouvert l’espace pour prendre l’air et puisque personne ne venait, je passais mon temps à lire des livres, ponctuée par des marches en huit entre le local couvert et le plein air artistique et ce, après chaque deux pages de lecture ou des gestes mécaniques de musculation et ainsi de suite pendant deux heures au moins, pour aller ensuite au café proche, à jongler les parties blitz de jeu d’échecs. Alors de l’Hemingway, de l’Updike en allemand, du Dostoïevski, du Musil…visitèrent les tréfonds de mes espaces et les plaisirs de mes fantaisies et honorèrent l’espace mémoire de la mer et de l’homme par leurs passages même fictifs. Malgré le manque de visites, j’avais trouvé ce rythme agréable et entre la lecture, le café, le sport, les acquis artistiques, les souks, le net et la pétanque, il ne pouvait y avoir de mieux, mais, avant-hier, mon fils m’avait sommé d’aller présenter ma voiture au garagiste de l’autre bout de la région, afin de la préparer à la visite technique. Il faut bien obéir quelques fois, gérer les imprévus et les ordres convenus et vers huit heures et demi de ce jour là, il m’a fallut déposer la tire au garage de la route de Djerba, pour couper à pieds à travers ruelles et champs vers l’est, vers la mer, vers Souihel. J’ai longé les quelques arbres et m’arrêtais à photographier les monticules de déchets, dans les cartiers chics en profitant de petites poses sous l’ombre des constructions verticales. Choisissant un raccourci pourtant goudronné, comme l’autre fois à un autre niveau de la colline plus au sud, le passage se terminait et finissait en impasses et desservait uniquement les quelques maisons sur les bords des collines. Sans la moindre signalisation de prévention, il m’avait fallu à chaque fois, revenir et chercher d’autre passages, pour finir avec une petite ouverture, entre deux maisons, submergée de déchets et qui ouvrait directement sur le vallée descendant vers le village et la mer. Une descente abrupte, qui m’obligea à descendre doucement pour ne pas glisser sur les graviers et les monticules d’argile glissants. Quelques sentiers de piétons d’humains et d’animaux étaient visibles et je suivais les plus utilisés malgré le fait que les traces étaient exclusivement celles de chiens errants. Même sur les terrains vagues, les empreintes de leurs jeux ou les trous à même les haies et le sable, cherchant la fraicheur, étaient visibles et fréquents. Avec la chaleur de plus en plus forte, je constatais le relief et les pierres à la recherche, comme d’habitude, des traces de l’homme primitif, quand j’ai remarqué une colonne de grandes pierres parallèles plantés dans la terre à un intervalle de quarante centimètres et sur une vingtaine de mètres de long. Une construction surement humaine qui aurait certainement quelques milliers d’années, sans pouvoir comprendre sa raison d’être surtout quand elle allait en oblique comme une tangente sur le flan de la colline. Cette même manifestation humaine ancienne, qui équivaudrait aux menhirs, avait été constaté par Boughmiga à plusieurs endroits dont, le bout nord de Saguit Sola sur une cinquantaine de mètres, au site historique de Ziane sur trois kilomètres sur une ligne longitudinale allant jusqu’à la ferme coloniale Geaufreteau et plusieurs lignes similaires et constructions sur le flan de la colline de Ras Dhahra avec une netteté déconcertante et un vestige historique monumental. Avec cette découverte majeure, j’avais continué progressivement, à contourner les figuiers à la recherche sans succès du « hirguil » des figues précoces et à sillonner les terres susceptibles d’avoir abrité autrefois l’activité humaine. En effet, au milieu d’un terrain élevé avec un léger brûlis et parmi des pierres, j’ai trouvé une roche avec un revêtement ancien de gypse mélangé à un granulé de poterie, en plus d’une pierre naturellement lisse avec des cassures et une partie de la surface très polie. Descendant de plus en plus, montant et remontant les vallées, stupéfait par le naturel du paysage, où seuls les traces de chiens sauvages prédominait, il n y avait pas de pollution à part celle prés des maisons des collines limites, certainement à cause de l’impossibilité d’accès mécaniques à ces endroits isolés et paradisiaques. Bien sur, les dégâts des bulldozers étaient visibles pour créer un accès, pour défricher un terrain, pour la construction ou pour faire un barrage de sable pour la rétention des eaux de pluies. Entre des sillons d’argile déplacée, j’ai pu trouver des ossements effrités et qui paraissaient très anciennes. J’étais impressionné par de petits palmiers juste à coté d’une colline et les pris en photo comme si je voulais les fixer définitivement dans mon mouvement éco artistique et les extraire d’une dégradation irrévocable. Tout de suite après, dans un terrain fraichement labouré, j’ai trouvé l’objet le plus important de cette cavalcade tout terrain, que j’avais vu de loin malgré sa petite taille. C’était un bout d’éclat d’œuf d’autruche, qui avait toujours accompagné les traces des hommes primitifs avec le silex et les coquillages. Cette fois c’était juste cette trouvaille, qui n’était pas espéré, et qui dénote du passage, aussi peu fréquent était il, de mes ancêtres dans mon village. A deux reprises des chiens furent surpris et aboyèrent pour le principe dans ma direction, pendant que de petits enfants, un peu loin, étaient descendus des maisons de la colline pour jouer sur les sables fins de l’oued. J’ai commencé à sentir de la fatigue surtout lors des deux dernières ascensions de colline pour parvenir à la fin à un marabout au milieu d’un cimetière ancien. Le paysage était très beau et l’édifice ouvrait directement sur la mer, au dessus d’un flanc de la colline surplombant l’oasis maritime de Souihel. AU milieu de broussailles sèches, j’ai parcouru les noms des inscriptions sur les tombes et j’ai reconnu quelques uns dont certains par oui dire. Derrière la construction maraboutique, à l’ombre, sur une surélevèrent de la surface de recueillement et de collecte de l’eau de pluie pour le citerne, je suis resté un moment à contempler le paysage ouest, de la colline et les figuiers, palmiers, amandiers et anciens cours d’eau. J’ai honoré l’endroit par une prière à la mémoire des morts et aussi les Meddeb de l’école coranique qui s’étaient certainement assis en cet endroit, le matin à donner des leçons aux enfants des pauvres paysans. A part les maisons, ces intrusions grotesques, le paysage aurait été toujours le même et les figuiers et autres arbres fruitiers, étaient très revendiqués sur un périmètre de quelques kilomètres autour des marabouts et mosquées. Une attitude écologique, qui permettait aux fidèles de se nourrir et à préserver les arbres des labours et de la voracité des caprins. Pendant que je m’asseyais, bien derrière le marabout, un oiseau migrateur, passa juste au dessus de ma tête, et combien fut ma joie car depuis un certain temps je m’extasiais à dénombrer leurs passages et écouter leurs cris longeant la colline de Souihel. Maintenant, je sais globalement le rythme de leurs passages diurne et calculais souvent leurs discontinuités, et les distances entre leurs poses sur les marais d’Ejdaria et celles Oglet Amor. Je sais aussi les endroits de leurs passages obliques à travers le presqu’île de Zarzis, de Rouiss, pour passer au dessus des Ras Dhahra « Miladi », puis vers la route Djerba « El Aref », puis comme on vient de le voir au dessus du Marabout, pour longer ensuite la colline parallèlement mitoyenne avec l’oasis et la mer jusqu’aux régions humides entre Zarzis et Djerba. Sortant de ma turpitude, j’ai contourné et visité l’édifice à la pointe de mes pieds, pour constater des tombes sur la terrasse et deux portes ouvertes des trois Ghorfas qui contenaient aussi des tombeaux avec des inscriptions familiales. Malgré l’ouverture du cimetière à toute une tribu, comme partout à Zarzis avec sa cinquantaine de lieux d’enterrements et qui est l’unique à avoir depuis longtemps, un pour les chrétiens, un pour les juifs et plusieurs pour les musulmans, le nom d’une famille prédominait et il parait que l’endroit était leur donation ancestrale aux gens tout en y joignant l’école coranique aux enfants. Comme pour les marabouts, à savoir Sidi Sayeh, Sidi Ali Ben Abid, Sidi Jmour, Sidi Khleyf, Sidi Zarzis et El Ghriba, qu’il fallait créer s’ils n’existaient pas, les cimetières aussi étaient des identifiants sociaux donnant aux différentes tribus des référentiels fédérateurs et légitimistes et un droit de regard sur les propriétés et le respect des différences. Une situation relativement différente de celle de certaines zones de Djerba, où certains avaient appelé leurs descendants de les enterrer à même la propriété afin de prévenir la vente de celle-ci ou les risques de la concéder d’une façon ou une autre à autrui. Malgré le fait qu’elles reviennent désormais à la commune, qui n’a pas encore gérer ses espaces car on voit encore des alignements tribaux sur des cimetières bien déterminés alors qu’il y a d’autres plus proches. Le fait se pose aussi, pour l’enterrement des émigrés clandestins, dont plusieurs sont d’origine africaine, parmi lesquels un bon nombre avait été inhumé à coté des musulmans avant que les espaces ne deviennent très réduits. Pour honorer touts les morts et à cette occasion, il y a lieu de signaler la nécessité d’acquisition de terrain pour un nouveau cimetière d’urgence pour les inconnus et avoir ainsi des repaires scientifiques, plus de dignité humaine et une responsabilité légale et civile obligatoires. Ainsi, très fatigué, avec la chaleur, j’ai terminé ce parcours de marche dure « hard training » de six kilomètres au moins, pour parvenir de nouveau à mon quartier Béni Ftaiel, sous les regards interrogateurs des gens assis çà et là, sur les terrasses des cafés du désœuvrement. Je savais cette fois, pourquoi j’étais heureux et optimiste, en constatant ses régions sauvages et encore loin de la main des hommes « destructiss ». Une bande de terre allant sur une quinzaine de kilomètres, située entre les habitations de la colline et celles de l’oasis et sauvée par son aspect accidenté et difficile à accéder. En effet, à partir des vergers de Ziane, de Ras Dhahra, des Mcharkia, de Ksar Zaouïa, d’Oued Abdennebi, des Dhawi, des Dziri, des Maatig, des Msallmin, de l’oued Hlayel, de l’oued Jilani Bouali, d’El Hellou, de Saguit Sola, d’Oued Ezzitoun, des Knis, des Gdiri, des Ben Aouida, des Khenissi, des Khammar, des Greb, des Jalouali...une série d’espaces paradisiaques, de figuiers, de vignobles, d’amandiers, de pommiers et de palmiers, qui restent encore malgré l’homme moderne dévastateur et irresponsable. Paradoxalement, Boughmiga se rappelle bien quand dans les années quatre vingt, il avait appelé lors d’une réunion publique à la maire, de ne plus construire dans la palmeraie de Souihel et d’investir la colline par des concentrations urbaines à chaque trois kilomètres, sans trouver le moindre écoute ou le moindre intérêt à sa proposition. Une situation où la colline fut sacrifiée au profit du bétonnage, l’oasis aussi malheureusement et seule cette bande de verger reste encore écologiquement et humainement « viable », Dieu merci.Voilà donc, une invitation expresse pour visiter, partager et s'établir dans mes espaces, de bonheur de gratitude et d'amour de vivre. Lihidheb Mohsen 19.06.18

samedi 9 juin 2018

Kerkennah, que faire devant ce drame des Harraga.

Voilà cinq jours que le bateau des émigrés clandestins avait chaviré dans la mer des Îles Kerkennah, laissant des victimes, des disparus, des parents endeuillé et tout un pays dans la tristesse et le désarroi. Des jeunes et moins jeunes, des femmes enceintes…avaient été rassemblé par groupes en pleine mer, par des petits bateaux à moteur rabatteurs, jusqu’à la grande bateau mère en rade dans la mer. Le nombre était visiblement au dessus de la capacité de cette flottille de pêche qui ne pouvait supporter les cent quatre vingt personnes de toutes les nationalités. Un acte au su et au vu de tout le monde, y compris, les autorités, les parents…et surtout les émigrés qui risquaient consciemment leurs vies pour un rêve incertain. Pendant que les autorités répondaient à une faiblesse manifeste, un machiavélisme sournois et un guet stoïque, les parents se rassuraient par l’ampleur du phénomène, sa répétition, ses réussites et sa présence normale dans le paysage des horizons à découvrir, les jeunes émigrés de leur coté, répondaient à un appel culturel irrésistible vers le nord qui miroitait les valeurs et produits de l’occident tout en rabaissant tout ce qui était local, répondaient aux quelques cas de revenants avec de bonnes conditions de vie et de bien être et répondaient aussi aux pressions des parents, il faut le dire, qui eux aussi incitaient leurs garçons à faire comme les autres et chercher à touts prix la réussite et l’amélioration de la situation. Cette pression familiale allait dans les deux sens, car plusieurs jeunes avaient aussi menacé leurs familles de bruler la maison s’ils ne trouvaient pas le prix de la traversée en mer. Bien sur, avec l’omniprésence, des passeurs, des rabatteurs, des sponsors cyniques, partout dans le monde où l’éthique humaine se dégrade et ne mesurent plus l’impact de leur délinquance, avec le grand taux de chômage et le désœuvrement comportemental, le phénomène des vases communicants, fonctionnerait automatiquement et transborderait l’écoulement les masses de flux humains. Comme dans chaque problématique, plusieurs éléments et causes font la présence de ce phénomène, comme plusieurs solutions, successives, simultanées, cumulatives, comportementales sociales, conjoncturelles, contribueraient à atténuer graduellement cet exode à haut risque. Ainsi, après les pleurs, les colères, les lamentations…fortement justifiées, il y a lieu de comprendre l’ampleur de la Harga en soulignant ses éléments et délimitant les rôles réels et supposés de toutes les parties. Donc, on peut dire que les partenaires sont à priori cinq, les parents, les émigrés clandestins, les passeurs, les autorités…et les autorités d’accueil. - Les parents : Généralement ils ne sont dissuasifs devant la pression de leurs enfants et aussi leur harengade de ces derniers jour et nuit pour qu’ils fassent comme leurs semblables et devenir riche, même d’apparence. Plusieurs d’entre eux investissent dans la traversée par hypothéquer leur maigre épargne ou vendent les quelques moutons, tout en s’alignant bon gré malgré, sur un créneau aux deux tiers aboutissant. Il faut dire, que dans un pays sans grandes ressources naturelles, que l’investissement capital était dans l’énergie humaine et sa débrouillardise, que cette ruée écologiquement naturelle reste préférable à celle programmée ou instrumentalisé pour les guerres officielles et officieuses, que la culture et l’éducation avaient toujours rabaissé le produit local, que la scolarisation avait perdu son rôle éducatif et de tremplin certain pour les pauvres, que le dénigrement du savoir et de la connaissance sont devenus une règle à même les médias officielles, que l’ancien régime ancien avait bien entretenu la mentalité de l’arnaque et du gain facile, que le chômage, la pauvreté, la cherté de la vie, les exigences excessives pour le mariage et la vie normale, que la société perd toutes les réussites personnelles traditionnelles et se fixe sur celle de l’émigration au point de célébrer des fêtes lors de l’obtention de papiers ou de nationalité étrangère, Que plusieurs parents au lieu d’éduquer leurs enfants à la tempérance, l’intégration, l’éducation et la mesure des risques, les accompagnent, quelques fois malgré eux, par des youyou et des souhaits fantaisistes, Que ce jeune même, n’a jamais été respecté, jamais reconnu en tant que tel avec ses différences s’il en avait, jamais entendu un bon mot ni à la maison, ni à l’école et encore moins dans la rue, jamais considéré digne même pauvre et poussé à devenir un boulet à canon pour la richesse et l’opulence fictive…que ces mêmes sous victimes, les parents, suivaient l’itinéraire de leurs enfants sur la route de la mort, l’amertume dans l’âme…pour blâmer quand sa foire, l’autre, pendant que toutes les parties sont responsables et condamnables. - Les émigrés clandestins : Comme on l’a dit avec les parents, les enfants sont aussi malmenés entre la lassitude des écoles, l’absence d’emplois, la pauvreté générale, l’attraction irrésistible de tout le monde vers les pays du nord, l’absence d’horizons « légaux » et pataugent dans l’auto suggestion du risque zéro. Comme ils baignent dans le parcours conceptuel collectif, comme toute la société à plus grande dimension, on ne peut les blâmer individuellement tant leurs élans sont pour le bien être et répondent pour certains à un reflexe de survie et d’échappatoire, une façon de sortir d’un goulot d’étranglement réducteur et partial, hérités par un assujettissement constant à travers l’histoire moderne. Rependant à cet appel, allant dans le sens du sociétal, suivant les pressions de l’ambiant économique et humain et surtout les pressions des parents, l’émigré clandestin, emporté aussi par un faux espoir, se laisse faire jusqu’au bout par les éléments d’un drame potentiel et fortement possible. Sans minimiser l’impact de cette catastrophe, qui n’est ni la première ni la dernière, le libre arbitre, la liberté même et la marge d’action, étaient très réduis pour les Harraga, délestés de leurs portables, isolés dans des ghettos de concentration et exténués par de longues attentes, dans une préparation esclavagiste programmée. Dés le paiement et l’acceptation du contrat tacite de transport, les jeunes devenaient l’otage exclusive des passeurs et devaient obéir aveuglement au risque de se voir jeter dans la mer. Dans cas de figure, ils étaient en petits nombres ramenés d’endroits épars vers le bateau collecteur invisible aux abords de Kerkennah. Depuis ce moment, ils étaient à la merci des événements, les circonstances, l’organisation et les caprices des passeurs et du capitaine du Bateau. Ce bateau qui était en grande surcharge, prenait de l’eau et ne pouvait assurer cette croisière macabre. A un moment de désespoir, le capitaine fit une manœuvre de déséquilibre et quitta précipitamment l’embarcation qui se renversa sur la majorité des ses occupants. Il parait que plusieurs d’agrippèrent à la coque pendant que les secours appelés à vingt trois heures, ne parvinrent que tôt le matin, après cinq heures perdus à attendre. Il parait qu’une petite barque de pêche, aurait sauvé quelques uns, deux par deux jusqu’à la cote. Quatre vint et un corps fut repêché jusqu’aujourd’hui et presque une cinquantaine reste à encore à trouver dans la petite syrte. L’un des rescapés avait affirmé que c’était sa sixième tentative et compte encore essayer de partir par la mer, une affirmation qui témoigne de l’ampleur de l’acculturation, le degré de sacralisation du nord et la soumission inconditionnelle à un leurre effectif. - Les passeurs : Il en existe partout dans le monde et surtout dans les zones frontalières et autours des ports où des personnes visiblement normales répondaient aux opportunités de gagner de l’argent fournis par les conjonctures d’insécurité, de chaos et de flux migratoire. C’étaient les circonstances qui faisaient les passeurs qui pour gagner de l’argent facile, se convertissaient de leurs métiers habituels en organisateurs et pourvoyeurs de services de traversées par la mer. On était témoin de ces démarches quand des gens respectables et riches organisaient des voyages devant tout le monde, mobilisant toute une série de rabatteurs en voitures de location, louant des maisons à coté de la mer pour le rassemblement et l’attente, et travaillant en plein jour devant tout le monde. C’était en 2011 et devant l’impuissance de la société civile, les autorités, submergées par ces flux d’hommes, se limitaient à vérifier l’état navigable de l’embarcation destinée aux voyages. De ce point de vue et pour rester fidéle à l’approche objective de cet écrit, chaque métier aussi hors la loi soit il, a son code moral, son code d’honneur et il y a bien des limites à respecter dans toutes les conditions. Pour cela, par exemple, des passeurs « réguliers », ne feront jamais montés leurs clients dans des embarcations qui prennent de l’eau ou les surchargent dangereusement, à moins qu’ils soient des amateurs affamés de gain facile et d’argent. Loin au-dessus de l’incrimination affective ou les états d’âmes contre productifs, il aurait suffit que chaque partie fasse convenablement sa tâche et la justice humaine et divine trancheront. Il serait aussi cynique de dire que le risque faisait parti de l’aventure, mais si chaque partenaire avait fait son travail, seulement son travail, il n y aurait pas eu de victimes et la loi aurait fait son travail aussi, qu’elle évite souvent. - Les autorités : Dans le cas de l’accident majeur de Kerkennah, l’attitude de ces derniers était flagrante et résume un comportement ancien d’incompétence et d’amateurisme cynique. Des gens qui affluaient sur la région, des bateaux mobilisés, des portables vibraient, des étrangers qui défilaient, des rumeurs qui circulaient et encore plus, quand on les appelait au secours ils ne répondaient qu’après cinq heures complètes. Une véritable non assistance à personnes en danger car il suffisait à chaque partie de faire son « p » de travail pour lequel elle était rémunéré. Pour la mémoire, on était habitué à ce genre de comportement depuis des décennies car à chaque fois que les pécheurs avaient un accident quelconques ou pendant les tempêtes, personne n’était là pour les aider et meurent en mer. Le bateau des secours est en panne, l’hélico ne peut sortir dans les mauvaises conditions, on ne peut pas braver la tempête, on va y aller…une série d’arguments aussi stupides les uns que les autres pour arriver à l’argument de « on ne sait pas nager ». Alors, pendant une nuit de Ramadan, il fallait bien digérer le ftour et le shour, après on verra. Bien sur, le laxisme politico judiciaire, les traditions arriérés du secourisme en mer et le cynisme de certains stratèges démographiques débiles, avaient laissé leurs empreintes irrévocables et répréhensibles. Ce laxisme structurel, retraçable depuis les autres incidents en mer de collision avec des bâtiments de la marine faisant plusieurs victimes dans des conditions très douteuses. Une constance irresponsable, qui même au dessus des secrets d’état, est inacceptable. - Le pays d’accueil : malgré le fait que ces jeunes ne sont pas parvenus à l’autre coté, au moins cette fois, les effets de l’attraction vers le nord pour un devenir meilleur se confirment et invitent à considérer ces pays comme partenaires concernés par l’émigration en général. Depuis des siècles canalisant les ressources naturelles des pays pauvres, préparant le terrain humain pour le consumérisme, l’improductivité et l’acculturation, rabaissant toutes les valeurs locales au profit d’une polarisation irrésistible vers le nord, l’occident actuel, auto emmuré de plusieurs façons, glissant fâcheusement en avant, devrait composé réellement à la solution de cette situation tragique. Les masses humaines, tendront et tendront encore vers l’Europe, vers les pays nantis, qui au lieu de faire la police instrumentaliste du jour le jour, devraient sortir de leur forteresse pour chercher à résoudre le problème. - Conclusion : Devant ce drame monumental et la nécessité d’en faire une date limite à certaines faiblesses structurelles et incohérences sociales, il y a lieu de souligner les points suivants : • Réviser le système éducatif officiel et l’encadrement parental, vers plus de dignité et de respect aux jeunes tels qu’ils sont. • Arrêter avec l’idée traditionnelle de faire exclusivement des enfants un moyen d’enrichissement au détriment d’un parcours régulier d’éducation et de vie normale. • Arrêter de pousser les jeunes à devenir riches par tout les moyens et essayer de leurs faciliter la vie par des couts de mariages et d’établissement moins chers. • De les éduquer à penser que le bonheur n’est pas forcément ailleurs. • D’appeler à ce que chaque partie fasse son travail pour lequel elle est payée et se taire si elle ne propose pas plus. • D’habituer les jeunes à mesurer les risques et ne point se laisser faire et avoir. • Décompresser la vie vers de meilleurs horizons diversifiés, humbles et multiples. • Déconstruire la mentalité rétrogradant de « Mhaff » « Wild nabba » véhiculée et prépondérante pendant l’ancien régime et jusqu’à nos jours. • Dénoncer touts les contrevenants à la loi et constituer un barrage à la corruption, le terrorisme, la drogue et la violence en général. • Amener les parents des victimes de la Harga à devenir des militants pour la cause afin de convaincre et dissuader les jeunes de cette entreprise périlleuse. • Travailler le code moral et la déontologie comportementale de chaque discipline même illégale, afin de contenir et prévenir les drames. • Inviter les revenants de l’émigration à moins de provocation aux jeunes citoyens et ce en réduisant les exhibitions de richesses sur les plages, les routes et dans les mariages. A la fin, en tant que militant écologue et humanitaire depuis vingt ans, ayant suivi le problème de la Harga dans le cadre de l’action mémoire de la mer et de l’homme, ayant écrit un livre « Mamadou et le silence de la mer » sur le sujet, je ne peux que faire mes condoléances aux parents des victimes paix et leurs âmes, et les invite à considérer et comprendre les écarts d’objectivité et de responsabilisation pour la cause. Lihidheb Mohsen 09.06.18

jeudi 7 juin 2018

La laine, produit millénaire.

C’était avec la visite de mon petit fils, cinq ans, que j’avais commencé à parler de l’histoire de la laine dans notre village, dont une partie avait accompagné ma jeunesse pionnière. Fils de famille de bergers, d’une tribu « Ouled Mhemed », spécialisé dans la vie pastorale dans une transhumance régulière entre Zarzis, la Choucha et quelques fois, quand la sécheresse culminait, elle allait aussi vers la région de Monastir au littoral centre du pays. D’ailleurs, j’ai encore des cousins là-bas, à quatre cents kilomètres et à un mois de marche à dos d’âne derrière le troupeau affamé. Cette mobilité était très agréable et les communautés traditionnelles s’acceptaient les uns les autres, que ce soit pour les pâturages ou même pour le labour quand il pleuvait chez l’autre. Car comme vous pouvez l’imaginer, c’était les hommes qui allaient à la pluie où elle est tombé et non la pluie qui venait aux gens « at home ». Donc quand les nuages s’aggloméraient sur Tataouine, par exemple, les tribus locales, réservaient une partie déterminée de leurs terres pour les autres qui viendraient pour le labour, la moisson ou même faire paitre les moutons. Toutes les régions faisaient ainsi et ce n’était pas forcément à cause des possibilités de la mécanique animale qui limitait l’ampleur de leurs actions agricoles, mais aussi une sorte d’investissement dans le futur et un espoir de survivance quand il ferait sec et aride chez eux. La tendance vers le nord, dans une sorte d’émigration écologique obligatoire, n’est pas nouvelle et les gens s’acceptaient les uns les autres dans une solidarité de partage des rôles et de respect mutuel. Cherchant la concentration et l’attention de Si Mohamed Ali, j’avais commencé par lui parler des animaux et leurs utilités comme force de labour, de traction et de transport, leurs laits, leurs viandes, leurs laines, leurs valeurs marchandes…et passer sous silence le charcutage, malgré que mon père était boucher, pour parler de la tonte, la collecte, le lavage, le cardage, le peignage, le filage, le tissage, la coloration…et l’usage. Bien sur, toute une activité économique intégrée et inter complémentaire, qui s’incorporait dans l’action et le mouvement de touts les jours. Il y avait des femmes qui filaient la laine avec leurs fuseaux tout en gardant les moutons dans le campagne et ayant de la laine en réserve dans ses accoutrements. « Khobna ». D’autres le faisaient même en visitant des voisins ou en marchant car c’était possible en frottant le fuseau sur la cuisse pour le tourner, le tendre et enrouler le fil dans le sens contraire pour tirer encore de la laine et ainsi de suite. En images aussi belles que les autres, l’histoire contemporaine de ce produit, allait de sa tonte dans des cérémonies grandioses exclusives aux grands féodaux propriétaires de troupeaux et leurs serviteurs, pour se rappeler des belles femmes aux habits multicolores à laver la laine sur les bassins d’irrigation du village ou sur les rochers de la mer proche. Etant tout petit les premiers instits de notre petite école, me demandaient en rigolant avec mon père présent et complice, si je préférais voir les femmes des bassins d’irrigation ou celle du bord de la mer. Après le lavage donc, il y avait lieu de carder la laine pour la libérer de sa concentration et augmenter son volume avec un outil dentelé de plusieurs dimensions qu’on craignait pour ne pas tomber dessus. Cet acte strictement familial et ne demande pas de cérémonie, comme celle du peignage qui s’organisaient entre jeunes filles appelées par la maitresse de maison pour travailler ensemble une quantité non négligeable de laine. Chaque épouse, chaque année, devait faire et faire faire, une « Wazra » ou un « Burnous » deux accoutrements pour leurs hommes, ainsi que des couvertures en laine éventuellement. Donc pendant une journée convenue d’avance, les filles affluaient à la maison et dans la joie commençaient à peigner la laine tout en chantant et montrant leur prouesse, leur application au travail et leur agilité aux futurs belles mères possibles. Cette « Raghata » ou « Touiza » pour les berbères, se terminait toujours par un grand tas de laine enliassé dans de grands morceaux de tissu et surtout finissait par un grand plat de couscous que l’on dégustait et disputait tout en mangeant à la main et lançant des boulets bien arrondis au fond des belles bouches. L’étape suivante, consiste dans le filage que les femmes exécutent individuellement tout en vaquant à leurs activités habituelles. Pour le tissage, il y a des ghorfas équipés de métiers spécialisés pour les Wazra et Burnous, pendant que la transformation des la laine de chèvres et chameaux est fait à la maison à même un attirail fixé sur la terre, pour tisser des « Ghrara » gros sacs pour le blé ou des morceaux de tente familiale pour la transhumance annuelle pour la cueillette des olives ou suivre les troupeaux. Au stade final de cette technique de travail de la laine, ce sont des gens de l’Île de Djerba, qui pullulaient dans leurs boutiques profondes tout au fond de Djerba et partirent en masse dans toutes les villes et villages du sud, pour traiter les produits finis de la laine. Avec la mécanisation et la consommation du tissu industriel, leur nombre se réduisait à vue d’œil et seules quelques boutiques à métier de tisserand restent encore à Bengardane, à El Mouensa, à Souihel et Hassi Jerbi. Il faut rappeler que la laine était toujours et à travers l’histoire, un pont entre l’Île et la presqu’Île de Zarzis, qui comme elle fournissait de la laine, était aussi un marché pour la consommation des produits finis, Wazra, Burnous, Maryoul, couvertures… Cette relation organique, qui avait été, à partir de Meninx, la base à tout un essor de production et d’exportation des produits de la laine jusqu’aux ports lointains de la méditerranée, surtout quand on avait découvert la coloration indigo par le murex et proposer un produits fini qui est déjà fini et de grande qualité. En vérifiant ce qu’avait retenu Mohamed Ali, de mon discours en lui montrant dans mon musée écologique, la laine, le cardeur, le fuseau, le métier à tisser en miniature…il était capable de me redire globalement les étapes principale de la transformation de la laine. J’espère encore, une renaissance générale pour la valorisation et le travail du local, car la laine n’est presque plus valorisé et jeter tout bonnement dans la nature. Boughmiga en avait trouvé à plusieurs reprises dans les déchetteries et grande fut sa surprise quand il constata, aussi à plusieurs reprises, de vieilles Wazra jetés à la poubelle, un habit traditionnel vénérable, qui servait plusieurs génération au point de l’utiliser en tant que langes pour les petits fils de trois génération. Un parcours écologique vertical et horizontal, juste, adéquat et intégré, à méditer et reconquérir. Lihidheb Mohsen 07.06.18

mercredi 6 juin 2018

Dans l'autre pays des minables.

Après l’autre histoire de l’établissement vénérable lors du payement d’un bill, où l’impression générale était très négative voir catastrophique, voilà encore une fois, à l’autre bout du Bled j’ai du payer la rançon trimestrielle. A cause du prix astronomique du produit, cette fois aussi, il n’était pas agréable de se voir délester de son peu d’argent restant de ses dépenses écologiques, artistiques et culturelles. Il faut dire que ce mal pécuniaire n’était pas aussi dur et insoutenable, car dans le hall, le look et le vestimentaire des clients n’étaient pas adéquats, le caissier était un joli barbu et derrière le comptoir un fonctionnaire passait nonchalant avec sa chéchia blanche, sa blouse ronde, ses baskets de banlieusard…au point de se croire en Afghanistan ou dans le désert de Somalie. J’ai du sortir rapidement pour vérifier le drapeau au dessus de l’établissement, pour voir, qu’il est encore Tunisien et qu’il a encore quelques temps à vivre vue ses déchirures par le vent et les effets des vents de la discorde programmée. Bien sur, on ne peut reprocher aux Afghans leurs accoutrements, ni aux Somalies leurs couleurs ou aux Khaliji leurs turbans…mais investir la Tunisie millénaire par des traditions vestimentaires et comportementales étrangères…reste et restera toujours un intrus corporel qui se fera éjecter inévitablement avec le temps. Voilà, le topo dans la ville émancipée et ouverte du littoral sud, que croire alors dans d’autres régions beaucoup plus influencées et influençables par la vague dévastatrice de la déformation. Une situation, qui n’encourage pas les jeunes à rester dans le pays, et partent ou bien pour servir en chair à canon pour les guerres, ou errent à travers les mers en quête d’un monde meilleurs. Certes, il est déplacé de protester et de manifester après chaque grand naufrage et drame de Harraga, car comme on peut le voir et concevoir, aimer le pays est tout un ensemble de valeurs locales à respecter et dissuader les jeunes de cette aventure périlleuse, qui est aussi un travail de touts les jours et sur tout les plans. Il faut dire que quand j’avais l’âge de ces jeunes, j’étais aussi tenté d’émigré comme tout le monde dans les normes légales autrefois, mais ma conviction politique d’opposant humanitaire et populaire m’avait dissuadé et m’incita à appeler à résoudre ses problèmes sur place et ne point fuir les difficultés. Comme pour chaque problèmes, les causes sont multiples et les solutions sont aussi multiples et embellir notre bled, ou le laisser comme il est, beau, diversifié, naturel, paisible…est déjà révolutionnaire et avant-gardiste. Lihidheb Mohsen 06.06.18

mardi 5 juin 2018

La destruction du patrimoine.

Cette fois, avec témoin, on vient de constater l’effet des tracteurs niveleurs, des bulldozers, des entrepreneurs constrictors, des terrassiers asphalteurs…labours et balayages sur des sites préhistoriques, des immeubles sur le site de Bouteffaha, des routes goudronnées sur les Sites de Meninx, Ghizen, Souk El Guebli, Chammakh, Rsiffet, Ras Kazouz, Mrissa…un ratissage en règle, méthodique, sans le moindre constat, ni les moindres prélèvements de spécialistes avant défiguration, sans profiter de l’opportunité de sculpter les strates des trous de canalisation et prendre des photos documentaires…mais comme d’habitude, Boughmiga, fait ce qu’il peut et reporte ce qu’il avait vu sur le terrain de ces mouvements dévastateurs. Heureusement, il avait « travaillé » superficiellement ces endroits avant l’avènement ce tsunami irresponsable du progrès humain débile et sa mécanisation monstrueuse. En contrepartie, les agents de ces mêmes énergumènes, sur leurs mastodontes, masqués et enturbannés, jetaient partout les déchets et surtout déversaient à même les routes les citernes de liquides nauséabonds et insupportables à sentir des usines de thon et crustacés de Zarzis. En passant obligatoirement de ces endroits en voiture, l’odeur était étouffante et resta dans le contour des pneus pendant deux semaines à infester le véhicule et son environnement. Aussi organique soit il et bio dégradable, ça reste injuste et peu amical avec la nature et l’éthique humaine. Ces mêmes machines de la mort, qui avaient détruits le Borj de Zarzis, les cinq Ksars maritimes de la région, les dizaines de milliers de palmiers, les centaines de kilomètres de haies de cactus et d’agaves, les tonnes de détritus partout dans les lacs salés, au bord des routes agricoles, dans l’oliveraie…ces mêmes machines qui avaient volé le sable des plages et celles délimitant les champs d’oliviers. Ainsi, pour la dixième fois, depuis 1976, Boughmiga demandait aux élus et à leur centrale, de fournir des endroits groupés, l’un pour les déchets organiques, l’autre pour les déchets de la construction et démolition, l’autre pour les huiles usagés, pour les produits toxiques, pour les restes des hôpitaux et leurs produits et machines irradiés, pour l’électro ménager, pour le verre, pour le papier….mais cette proposition n’avait même été noté sur le papier, tant la tradition orale était prédominante et le reste encore, dans une insignifiance totale et une médiocrité générale. Malgré les dictatures, le totalitarisme et la vie dure, il y avait en chacun de nous, un gardien alerte et permanent, redressant la plus part du temps, les caprices humains, mais depuis, il est parti, englouti dans le chaos des argumentations. Lihidheb Mohsen 05.06.18

dimanche 27 mai 2018

A l'occasion de la fête des mères.

L’Ajouza Elle descendait de l’autocar, Avec son fouta et son foulard, Avec plein de sacs et paniers, Et de grosses trousses nouées. Elle avait le dos courbé, Et un visage brun tatoué, Mais un sourire doux et figé, Pour éterniser la beauté. Dans les plis de son habit, Il y a des secrets enfouis, De l’encens, amulettes et bonbons, Et tout ce qui plait aux enfants. Elle avait aussi dans la tête, Tant de formules et recettes, Pour toutes les situations, Tout au long des saisons. Elle a de très beaux contes, Des proverbes et adages, De touts les temps et touts les âges, Qu’elle chaque nuit raconte. Elle sait presque tout faire, Médications et breuvages, Le nursing et le sevrage, Avec la sagesse de grand-mère. Des épis de blé, elle fait un couscous, De la laine, elle tisse un burnous, Des palmes elle fait une maison, Avec une fenêtre d’aération. Mais dans son cœur c’est autre chose, Un arc en ciel en bleu et rose, Une disponibilité pour autrui, Et un plein d’amour pour la vie. Elle a certainement des sous, Dans sa ceinture de laine, Qu’elle distribuerait au bout, Pour les gamins qui viennent. Heureux sont les enfants qui l’attendent, Pour recevoir ses offrandes, La sagesse et la raison, Expériences et traditions, Qu’elle garde à travers les temps. Lihidheb Mohsen eco artiste Zarzis TN 20.01.2010 (Pour les vieilles dames Et celles qui vont le devenir)

lundi 21 mai 2018

Portraits et sagesse 144

Belgacem Jlidi : Un grand technicien des télécommunications qui commença à Gafsa, Kasserine, Sidi Bouzid, Seliana pour finir dans la région de Tataouine, soit Borj Bourguiba, Kambout, Remada, Béni Mhira, Smar, Oued El Ghar, El Morra, Ghomrassen, Chenenni, Douiret, Guermassa, Maztouria…avant de retomber à Zarzis. Si Belgacem Jlidi, sillonna toutes ces régions en long et en large, dressant des lignes téléphoniques, réparant les fils et rétablissant les communications de borne en borne. Il faut dire que depuis longtemps, avant le protectorat, les relations téléphoniques puis télégraphiques étaient stratégiques et devaient être rétablies rapidement après chaque panne, chaque sabotage ou chaque orage dévastateur. J’avais connu pour la première fois Si Belgacem en 1976, dans la courette du bureau de poste colonial de Tataouine, pendant que je jouais à la guitare, sous le seul figuier. Il m’a rappelé comment je lui avais demandé de m’écouter, pendant qu’il était très fatigué et se précipita sur les quelques figues avant de s’affaler sous l’ombre de l’arbre. Il faut dire que pour moi, Boughmiga, jouer à la guitare sur le lieu de travail, avec des cheveux hirsute à la Hendrix, n’était aux dépends du service car l’installation était sonore et chaque appel était rapidement remarqué. Devant la fatigue et l’intensité du travail, Si Belgacem, n’avait pas beaucoup de temps, mais il était content de trouver quelqu’un de sa région Zarzis et discuter avec une personne peu ordinaire et intéressante. Il se rappelle encore le chauffeur très humble et sage Si Béchir Tachoua, Si Lazhar Boukraia, Si Fethi Azlouk qui était le facteur le plus important et plus réputé que le gouverneur ou le ministre par ses services de médiation entre les émigrés et leurs parents dans les ksars à Tataouine. On se rappelle encore de personnalités importantes de cette période, comme Hakim Mgadmini, Abdallah Azlouk, Abdallah Msallem, Mohamed Jlidi Dab, Nejah El Babour, Mokhtar Meguebli…et touts les restaurants de la petite ville d’autrefois. Depuis ce temps, sauf rares rencontres accidentelles à Zarzis, Si Belgacem Jlidi fit son chemin de techniciens et bossa très fort surtout pendant les années du téléphone fixe et l’apogée de prolifération des taxiphones. L’autre jour, au marché de Chkerbane, je l’avais rencontré par hasard et sur sa demande nous partîmes dans ma voiture pour voir sa propriété agricole qu’il venait d’acquérir après avoir vendu l’ancienne. Il m’avait véritablement impressionné par sa force de travail et surtout son application aux travaux agricoles et sa relation avec l’olivier et la terre en général. Dans la région agricole Solob, transformé par les hommes en la débroussaillant à la force des bras, il avait trouvé son chemin dans une zone revenant aux tribus de Ouled Bouali et Ouled Saïd. Entre les Mcharek, les Bouzommita, les Ben Saïd, les Miladi, les Kliche, les Khouildi…il se fraya son bonhomme de chemin en tant que Jlidi qui se fit une propriété parmi les autres. Il m’avait montré sa nouvelle maisonnette de compagne qu’il venait de construire sur le bord d’un champs à boiser de deux hectares et pour lequel il s’apprête à construire une citerne pour l’eau de pluie. A un moment de nos marches à travers champs, pour constater d’éventuelles traces de l’homme primitif, j’ai remarqué une certaine fatigue chez lui qu’il confirma par une faiblesse du cœur qu’il venait de traiter dernièrement. Boughmiga, moi-même, n’était pas moins bousillé que lui et son accident cérébral des dernières années sonne toujours le glas. Ecourtant notre sortie, malgré le bon climat nuageux et frais, il proposa notre passage à la ferme de l’une de ses connaissances, pas très loin. En effet, un champs d’oliviers d’une centaine de pieds, des rangs de plants de pastèques et melons, un four artisanal à même le sable pour transformer le bois des arbres en charbon, une maison, une citerne, un chien de garde et un fermier, Si Ahmed Ben Aouida, très gentil qui était un ami depuis longtemps mais perdu de vue. Il était fier de son champ et nous montra une tige de tournesol avec cinquante six fleurs, un record absolu, imbattable, surtout dans une région, Ejdaria, qui avait déjà eu le record de la plus grande pastèque de touts les temps. Le fermier nous avait invités à revenir après Ramadan, pour manger de la zoumita fait maison, orge, huile, oignons, et déguster les melons. Respect et encouragements aux bosseurs de touts les temps, à Si Ben Aouida et à Si Belgacem Jlidi. Lihidheb Mohsen 21.05.18