lundi 8 juillet 2013

Résistance de la fille du savon Il sentait bon, le savon, de cette fille, que l’on rencontre souvent, au fond, de touts les souks de la région, dont la ville de Zarzis foisonne en chaine tout au long de la semaine. Avec ses propres mains, elle faisait ce savon maison, à base de produits de récupération, huile d’olive, argile verte, aleo vera, ghassoul, herbes aromatiques, eau de roses, henné, ….en plusieurs combinaisons, dont elle connait bien le secret des potions, les doses méthodiques et l’usage esthétique. A base de produits biologiques, ingrédients spécifiques, elle proposait son savon en plusieurs formes artistiques, sympathiques, un poisson, une fleur, un crabe, un éléphant, une coquille, une voiture, un avion, la main de Fatma, une étoile de mer, un cancer, un poulpe, un bateau…. De toutes les façons, avec son stand et son exposition, personne ne la voyait, et les gens passaient fixés sur leur gastronomie galopante et seules quelques touristes ou étrangères résidentes, s’arrêtaient pour acheter et encourager. C’est ce qu’elle m’avait dit, amèrement, après nous être disputé ensemble, me prenant pour un curieux comme les centaines qui s’amusent à la « fixer » dans ses difficultés. Elle m’avait toutefois, permis de photographier ses œuvres et sa création, tout en me racontant, son parcours avec cette activité intégrée et éco amicale. Géniale, cette fille, qu’on pouvait passer sans l’apercevoir, mais dés qu’on engage un parloir, on découvre sa juste valeur, sa noblesse et sa rigueur. Malgré les multiples promesses, elle attend toujours, une main qui pourrait l’aider à améliorer son produit populaire et sa clientèle irrégulière. En effet, quand on voit dans les alentours, des usines fermées, des manufactures délabrées, des fours fermés, des hangars effondrés, des machines disloquées, des infrastructures désertées….victimes d’une politique machiavélique des deux anciens régimes, sponsorisés par le capitalisme sauvage, pour avorter les embryons de tout essor conséquent, on ne peut qu’estimer le geste résistant et courageux de cette jeune fille. C’était dans ce contexte que nos frères émigrés, avaient été lynchés haut et court, quand ils étaient persuadés à investir dans leur patrie, par le machiavélisme des instances politiques, la rapacité des banques, l’instrumentalisation du fisc et les approximations des études des risques. Bref, chapeau bas et faites donc comme moi, en achetant chaque fois, un savon aromatique, biologique et durable, dans ce commerce équitable. Un savon susceptible de nous purifier de notre médiocrité commune et nos faiblesses humaines. Lihidheb mohsen 08.07.2013

lundi 1 juillet 2013

Blitzkrieg sur Tataouine

Blitzkrieg sur Tataouine Il a fallu que je roule deux heures vers l’ouest, dans un après midi chaud d’une journée de sirocco. Hichem, Khallfallah, Guerguebia, Neffatia, Oued el Ghar, ….tout en prenant sans hésitation les stoppeurs, des paysans ou des ouvriers agricoles venus s’approvisionner en vivre et rentrer aux nouvelles fermes de plantage d’oliviers. Il parait que des milliers sont plantés et entretenus par l’irrigation et les soins, dans un milieu hostile et sec. Bien sur, en investigateur et passionné de la préhistoire, je ne manquais pas de leur demander s’ils connaissaient des endroits avec des pierres brulées et des coquillages. Entre les dunes de sable, les collines rocailleuses et les petits plateaux isolés portant encore, les traces des vagues de la mer d’autrefois, comme un collier au cou, avec des trous, jadis, pour les pieuvres et le mérou. Des montagnes, aux ossements de dinosaures mammifères et reptiliens au raz du sol, avec ça et là des troncs d’arbres fossilisés depuis de centaines de milliers d’années. Sans trouver de résistance, j’ai pris la ville par surprise et la traversa facilement jusqu’à son bout dans l’oasis de Rogba. J’ai occupé la « Rahba » la place, j’ai colonisé les Ksars, les bazars, les maisons dar dar…, j’ai pris en butin, l’huilerie et l’hôtel Gazala, la résidence de Bourguiba, en commençant par les fabriques de cornes de gazelles, aux amandes et miel. Miam, miam… Ainsi, Boughmiga le néanderthalien, descendu il y a trente ans en colère vers la mer, des montagne de Brourmet et Bougarnine surplombant Tataouine, le voila revenu, maintenant, en monstre aquatique amphibie « loch Ness », réinvestir ces espaces de highlanders, des braves résistants et des sept dormants. A propos de dormants…euh, voyons, après une révolution !!! …passons… Après un repos de guerrier mérité, dans l’oasis ombragé, avec du thé, du lait caillé et quelques verres sucrés de jus de palmiers, Boughmiga, enfourcha sa monture, vers l’aventure. Juste après la région touristique et le musée de la mémoire de la terre, au croisement entre arabes et berbères, il fit halte, comme Rommel autrefois, dans l’attente de Montgomery et les alliés exténués par le désert. En effet, comme si vous étiez présents, l’endroit est un guet apens, un goulot d’étranglement, pour les éventuels assaillants, infanterie, blindés ou même l’aviation. Accueilli pour une population paisible de « Goundi », Boughmiga parvint en vain, au premier blockhaus, un mastodonte de fer et de béton, avec un trou pour le canon. Au fond, Boughmiga, avait constaté qu’il n’avait rien, les mains nues, ni eau, ni bâton, mais pour un néanderthalien, c’est rien. De là, il monta s’accrochant à quatre pattes dans les parois d’une tranchée creusée à même la pierre et couverte discontinuellement par de colossales dalles de ciment. Quand il devait passer à ciel ouvert il se faufilait furtivement pour éviter les rafales des Hurricanes, les Spitfires, ou les Hurribombers. Heureux que la sueur qui lui tombait dans les yeux n’était pas du sang, Boughmiga « Fritz », continua jusqu’à une sorte de grand complexe souterrain, avec une grande salle et plusieurs autres chambrettes adjacentes qui auraient servis en quartier général pour . Des graffitis, au charbon, étaient partout sur les murs, trahissant les passages des dizaines, de jeunes Tataouini, de France et de d’Italie. Soudain, le bruit assourdissant des bombes, retenti et le choc fit frissonner la montagne, pendant que le grand canon anti-aérien, à moitié sous terrain, déchirait le ciel par ses salves meurtrières. Sous le regard hagard d’un beau lézard, surpris de cette étrange créature époustouflée et imposante, Boughmiga se réveilla, de ce « blitz », ce moment éclair, sur l’histoire des ses « frères » morts stupidement dans toutes les guerres. Il continua quand même, la prospection des casemates, une à une jusqu’au sommet du plateau, luttant contre le vertige, la soif et la fatigue. Avec un genou révisé, un poumon amorti, des reins macro-lithiques, et une tête heureusement bornée et déterminée, ça s’arrange dans touts les cas, il suffit de croire en soi. Toutefois, il ne manqua pas, profitant de l’écho des vallées et l’entonnoir des tranchés, de formuler à haute voix un discours à la population locale, excédée par le flux et reflux des alliés, des « axiotes », des Gaulois, des Fellagas…. « Salamaleykoum mes amis, bandes de Goundis, je m’excuse de cette intrusion dans votre bastion, dérangeant ainsi, votre quiétude et vos honorables habitudes. Je sais, je sais, que vous êtes bien intégrés et vous ne faites pas de mal, ni en amont ni en aval de votre cycle comportemental… Restez-y mes amis, ce sont vos espaces naturels, éternels, et ce dérangement des humains, que vous subissez ainsi, est conjoncturel sans appel. Paix sur vous, mes amis Goundis ». Dans l’oued d’en bas, j’ai commencé à observer les pierres, les arbustes et les plantes et les travaux des hommes pour se frayer un bout de terrain capable de produire un olivier ou un figuier. Bien sur, je suis hanté par la préhistoire et quand j’ai trouvé une grosse pierre, ressemblant à une meule géante et pendant que je la retournais glissant ma main entre elle et le sol, j’ai senti un léger mouvement sur le dos des doigts de ma main et « je ne vous dirais pas » la taille du scorpion qui en était la cause, heureusement, il était en légère hibernation et sujet à une léthargie salvatrice dans ce lieu isolé. Certainement, Boughmiga était protégé par la « Baraka de Sidi Boujlida ». Le soir, dans sa grotte, Boughmiga, révisant les péripéties de la journée, dans le ventre de la mère terre, dans l’histoire, dans les risques extrêmes et suicidaires, il a convenu, que lui aussi était un véritable « monstre », un monstre de paix, d’amitié avec les hommes, les animaux, les êtres et la matière. Dieu merci pour ce bonheur infini. Lihidheb mohsen 20.05.2013

vendredi 21 juin 2013

Emir Belarbi Bechir

L’Emir Ben Larbi Béchir C’était l’initiative de mon éditeur, pour une cérémonie de signature d’auteur, de mon premier livre sur le silence de la mer. C’était amer, le sujet, sur les clandestins disparus et naufragés, mais le fait d’avoir brisé le blocus et le blocage, à mes écrits et mes ouvrages, grâce au tourbillon de la révolution, est un événement important. Organisée avec une association, qui avait étrangement, sans prévenir fait l’absent, dans un fameux restaurant réputé pour ses poissons, cette cérémonie, était une première dans le domaine et la matière. Plusieurs amis, sont venus dont certains informés par facebook, d’autres par l’éditeur ou le restauratueur, des Allemands, des Français, des Suisses, des Italiens…des Tunisiens et des Tunisnennes aussi , des intellectuels, connus à Zarzis et ailleurs. Une quanrantaine de personnes, assez suffisant par la qualité de leur engagement pour la culture, l’humanitaire et le social dans note pays. N’ayant pas participé à l’organisation de la cérémonie, je me suis limité à amener avec moi, mon frére Jaafar, émigré en Allemagne et mon grand ami de toujours Belarbi Béchir, un brave type, presque aveugle, pére de cinq enfants dont deux malades chroniques, ouvrier débrouillard, qui aurait creusé au moins trois cents citernes en trouant carrément la terre de ses mains perforeuses. Je l’ai présenté aux participants et me suis occupé de lui comme il se doit, pour une personne mal voyante et peu habituée à ce genre de lieux. La présentation de mon livre « Mamadou et le silence de la mer », la discussion et les débats se sont très bien passés et plusieurs personnalités ont pris la parole pour defendre leurs points de vues au sujet douloureux de l’émigration clandestine. Une Dame avait aussi crié manifestement la nécessité de garder nos enfants chez nous, car l’Europe est saturée et ne peut plus supporter d’autres émigrés, sans que personne ne s’est offusqué de cette partisane de la départimentalisation des humains dans des tiroirs étanches. A la fin, Monsieur le directeur de la maison de culture fit un discours et m’offrit un certéficat, Monsieur le directeur de la Bibliothéque fit de même, Monsieur Hassan Filali inspecteur de français, parla longuement de la relation de Boughmiga avec les établisements scolaires et le corps enseignant et mon éditeur, le grand Amor Benhamida, penseur, auteur et philanthrope, eut l’idée géniale de m’offrir un olivier, comme il se doit pour un Akkari, digne de ce nom et chevalier de la terre et la mer en même temps. Tout de suite après, j’ai lu un poéme « la baie des esclaves » que j’avais écrit depuis quelques années, au sujet de cet endroit de la plage réservé autrefois aux anciens esclaves de Zarzis, que j’ai remis à l’un des mes amis noirs présents, pour qu’il le remette au restaurateur, dans un geste implicite de libération définitive méritée et de rappel de droit sur cet endroit. En sortant du restaurant, à Sidi kbir, l’émir Béchir n’était pas là et personne ne put me renseigner sur son absence, car je voulais honorer sa participation dans la compassion et certaines actions à la mémoire des naufragés morts dans le mer dont l’enterrement avec respect de parties de corps humains trouvés. Il me raconta plutard qu’il était sorti de la salle pour repondre à un coup de fil, mais pour y revenir il avait peur de bousculer les Dames présentes et préféra se retirer en Taxi couteux vers sa maison. Pour attenuer ma colére, je l’ai invité à ce qu’il plante lui-même l’olivier offert, par ses mains de sagesse et de création et que sa « Baraka », puisse attenuer la violence des hommes pour une paix durable. Ainsi est fini, la cérémonie, grace à Amor mon ami, sans tapage ni bruit, avec un minimum requis, mais un grand souffle de compassion et de solidarité invisti, dans la conscience humaine collective, pour un monde meilleur. Lihidheb mohsen Zarzis 29.05.2013

samedi 8 juin 2013

Qui a vu Khansa !!

Qui a vu Khansa !! C’était un préposé du patrimoine, qui est venu me livrer la jeune fille jusqu’à mon bureau à la poste de Zarzis, en me sommant de veiller à ce qu’elle finisse son travail dans de bonnes conditions de rapidité et d’efficacité. A vos ordres, chef, répondis-je en moi-même, tout en observant cette nordiste qui débarque toute seule dans le sud, sans méfiance ni réserves devant la phallocratie prédominante en vogue dans l’esprit de certains. Elle était jeune, sportive, assez belle, pour passer inaperçue dans le décor aussi archéologique soit-il. Bref, il parait que nos intérêts se rejoignent et comme elle est venue, pour les besoins de sa thèse, indexer, homologuer et répertorier les sites et stations préhistoriques, sur une carte assistée par GPS, ce serait aussi pour moi, une occasion pour servir ma région et en mettre en relief la richesse de son patrimoine et son histoire. Bien sur, Boughmiga le néanderthalien, n’attendait que ce genre d’occasions pour participer à la vulgarisation de notre patrimoine historique dans les régions du sud. Ces régions négligées par le régime mercantiliste de l’ancien président, par la médiocrité en vigueur et aussi les tergiversations entre disciplines, influences et archéo-patriarcats. Ainsi, pour une fois, Boughmiga, trouva une compagne à la hauteur de son rythme turbulent et fougueux, une amazone des temps modernes, une passionaria déterminée, une « skaw » fidèle à ses origines… qui le suivit au pas, sans la moindre défaillance dans son professionnalisme, ni dans son méthodisme ou son autonomie comportementale et conceptuelle. Toutefois, malgré sa perspicacité et son expérience dans la prospection, le constat et la collecte des indices de l’activité humaine dans la préhistoire, elle était aussi favorable et permissive aux approches acquises sur le terrain et confirmées par Boughmiga dans le mouvement de l’action. Pendant toute une semaine, nous partions tôt le matin, vers les diverses stations situés autours de la ville de Zarzis, dans un balayage méthodique et rigoureux. Avec son GPS « Global positionning system », elle précisait et cartographiait les endroits et relevait leurs latitudes, longitudes et altitudes par rapport au niveau de la mer. Nous avions effectués quelques dizaines de stations préhistoriques et Boughmiga laisse à Kenza, l’exclusivité des déductions et interprétations scientifiques. Elle était très surprenante, surtout quand elle n’avait pas trouvé de moyen de transport pour Ejdaria, à cause d’une grève locale, elle fit une vingtaine de kilomètres à pieds, avec des sorties à droite et à gauche de la route, pour inspecter les sols et chercher le silex. Il faut imaginer une belle fille sur une aussi grande distance, dans la chaleur, la solitude et l’absence quasi totale de toute voiture ou activité humaine. Quand je n’étais pas libre, je programmais son parcours à l’avance sur des zones que je n’avais pas bien prospecté, et la plaçais pour balayer une partie de la colline de Solob à Ejdaria, et une deuxième sur la dorsale marine de Souihel. Sur cette dernière, pendant que je conduisais la voiture postale deux heures après l’avoir déposé sur la colline, je l’ai vu au sommet, à un kilomètre de distance, en train de se baisser, aller, revenir, tourner en rond à la recherche des rares silex en cet endroit qui était inhospitalier pour l’homme primitif. Un autre jour, je l’avais déposé pour voir la dorsale de Ras Edhahra, en la convoyant à pieds pour dépasser les habitations avec leurs chiens et lui fournissant mon bâton de bois d’olivier pour s’en servir en cas de besoin. A midi, pendant que je stationnais devant la mairie, pour attendre ma femme, en lisant un livre et regardant l’arrivée de ma femme dans le rétroviseur, J’ai vu Khansa en train de traverser la route vers le marché municipal, avec un pas encore frais et une démarche vigoureuse. Chapeau Mamzelle !!! C’était sur le plateau de Guergabia, que Khansa, m’avait battue par dopage d’âge. Ayant fait plusieurs heures de marche passionnée, avec la découverte d’extensions inconnus de stations préhistorique, j’ai tenu le coup sans brancher avec la conscience inavouée de mes limites physiques et le rapport poids, temps, âge et mouvement. Pourtant, ce n’était que le lendemain, pendant que j’étais comme toujours en train de remplacer mes agents de la poste grisées par leur laxisme antirévolutionnaire, en distribuant les télégrammes et le courrier des banques, quand un grand camion fonça sur moi dangereusement, et lorsque j’ai sauté vers le bord de la route j’ai senti une douleur atroce dans le muscle de la jambe comme si un projectile m’avait atteignis. Instinctivement, j’ai commencé à regarder derrière moi, pour voir l’agresseur, mais quand je n’ai remarqué personne en fuite ou suspect, j’ai compris que c’était une déchirure musculaire dû entre autre à l’effort colossal effectué ces derniers jours au rythme de Khansa, l’imbattable. Depuis, j’ai boité pendant quelques jours sans pour autant m’arrêter de marcher et investir les espaces et finir notre tache commune de quadrillage historiciste de la région. Toutefois, Khansa et moi, Boughmiga, avions accomplis notre devoir, dans un temps record, sans répits ni tords, sans défauts ni erreurs, sans regrets ni remords, avec beaucoup de passion et d’amour pour nos ancêtres communs, néolithiques et néanderthaliens, …avec un sentiment de devoir accompli, malgré la médiocratie, l’incompréhension et la bureaucratie…dans un paysage fixiste de fossiles tendancieuses et infructueuses. Vive l’histoire de nos grands parents humains, gloire à notre histoire depuis la préhistoire, gloire à Khansa, qui représente la femme Tunisienne, éduquée, libre, travailleuse, intelligente, responsable et merveilleuse à l’image de notre pays, celui de la paix, de l’humanité et la prospérité. Lihidheb Mohsen Zarzis 20.05.2013 http://zarziszitazarzis.blogspot.com

vendredi 19 avril 2013

Au gré de mon nez

Sniff I : Sorti de bonne heure, répondant à l’appel de mon incurable silexmania, j’ai sillonné l’endroit que j’ai appelé et codifié Zarzis 235, pendant les quelques heures de la matinée jusqu’aux limites de mon endurance à la chaleur et la fatigue. Bien sur, le plaisir des trouvailles, parvenait toujours à me faire surmonter les diverses difficultés de mes vagabondages hors pistes et hors sentiers battus. Dés le début, j’ai trouvé de belles pièces sous formes de silex en feuilles de lauriers, des bifaces, des broyons et des morceaux de meules. Ce n’était pas facile à cause de la déformation de certains endroits par les niveleuses et les bulldozers des entrepreneurs des routes, qui ont déformés le paysage en puisant du sable et du remblai dans touts les monticules et toutes les collines situées tout au long des routes du sud. Comme toujours, j’ai relevé le défi de trouver des objets dans ce carnage et même parmi les restes de dépôts de gravier, j’ai trouvé de beaux silex, au damne de tous les destructeurs et pollueurs de la nature. Suivant les indices indicateurs des restes de coquillages et de brûlis, je passais des heures à tourner en rond et dévaler des kilomètres sans la moindre lassitude, cueillant dans mon sac tout ce qui est en rapport avec la vie et le passage de l’homme primitif. Ce jour là, midi s’approchait et mon parcours s’enfonçait dans les terres quand j’ai senti une agréable odeur d’herbes sèches brûlés. Leur parfum était intense et me guidait par le bout du nez comme un bateau à voile palpitant manœuvrant à droite puis à gauche pour arriver à destination en naviguant contre le vent. Cette attirance avait doublé quand une odeur additionnelle parvint aux narines de Boughmiga qui sur une longue période de sa vie, était dépendant des verres de thé noir obligatoires matin et soir. Le berger était là, à alimenter le feu et placer le pot de thé soigneusement comme un rituel Nippon ou un « Tea-time » Anglo-Saxon. Sous le regard d’une centaine de moutons au repos, j’ai entrepris mes salamalecs avec le mec qui m’offrait un verre écument que j’ai gentiment refusé à cause de mon début de diabète. Il venait de l’intérieur du pays et gagnait trois cent dinars par mois, mais la tâche était très dur car après le moutons il devait fournir les aliments complémentaires dans l’étable et ramener les chameaux épars dans la région. Pourtant, il ne se plaignait pas du tout et s’assumait bravement dans sa tâche. Il m’avait aussi renseigné sur des endroits où il y a des coquillages et du brûlis, que je connaissais déjà. Sniff II : Le dimanche suivant, je me suis trouvé dans un endroit appelé « Khachm el Kelb », Naso die cani, the dogs nose, die Nase der Hund, le nez du chien… Fenzouzitt el Habhaba en arabe, pendant qu’un grand Siroco très chaud soufflait à gogo comme un chalumeau, sur ce solo dingo avec son bâton et son sac postal sur le dos. Malgré la sueur, Il a fallu que je mette le capuchon au dessus de mon chapeau pour atténuer l’effet du vent et du sable frappant mes yeux et mon visage. Dans ces conditions extrêmes, je parvenais à trouver des objets intéressants que les vents découvraient presque sous mon regard. En effet, c’est une année difficile sans pluie, sans herbes, et je serais le seul dans le Bled à profiter de cette situation pour découvrir du silex au raz du sol. Plusieurs sensations se relayaient sur moi, ma langue s’asséchait, les jambes fléchissaient à force de braver la marche dans le sable, mes yeux se noyaient dans la sueur, mes reins me coinçaient en permanence et mon souffle était perturbé par l’effort et le vent contrariant. Personne ne peut imaginer que cette sortie était sans eau et je n’étais sauvé que par le peu d’eau au fond d’une bouteille minérale trouvée de justesse entre les chaises de ma voiture. Je m’attardais quelques fois sous l’ombre des oliviers dont je ratissais les alentours. A un moment, j’ai fait une pose sur mon sac de toile avec le dos contre le vent. Si ce n’était la tempête Saharienne qui limite la visibilité, l’endroit serait merveilleux et le panorama grandiose. J’ai commencé à imaginé un levé de soleil pour un guerrier primitif repérant du haut de cette colline ses proies et tâtant sa lance et sa fronde pour attaquer. Des mouches me piquaient inlassablement et bivouaquaient sur mon dos en attendant mieux. Un bourdon s’attarda devant mon visage et plusieurs scarabées charognardes faisaient les va et vient autours de moi, humant au gré du vent cette odeur humaine prometteuse et celle des cellules en putréfaction pour régénération. Sans m’attardé, j’ai levé l’ancre « le sac » et le plaça sur mon dos pour continuer à ratisser méthodiquement les oliviers une à une, profitant des travaux d’avant la cueillette, balayage du pourtour de l’arbre, et d’après la cueillette, le tamisage dont les rejets est composé de pierres qui souvent contiennent aussi du silex. Dans ce mouvement, je constatais les traces des activités et des efforts des ouvriers et ouvrières agricoles qui s’installaient en famille pour venir à bout de la récolte record de cette année. Par respect à ces gens, je ramassais respectueusement les peignes en plastique qu’ils utilisaient pour faire tomber les olives, et ce, pour les mouvements, la passion, les sentiments et la joie de vivre qu’ils avaient accompagnés. Soudain, sans prévenir, elle est venue, agréable, douce, enveloppante, sur les bouts de pieds, sentant l'arôme familier des algues marines….et stupéfait, je suis resté debout, à l’accueillir, à l’embrasser de tout mon corps et mes sens….chose que ne m’arrivait que quand pendant d’aussi grandes chaleurs j’allais loin dans la mer et plongeais au fond pour retrouver cette fraîcheur salvatrice. En effet, c’était la brise du Nord-est, « Melthem » qui se substitua au Sirocco de l’Ouest en quelques secondes, pour changer comme par une baguette magique, la chaleur torride en souffle agréable et épanouissant. Je ne pus alors, que regarder au ciel pour vénérer et remercier Dieu, pour la beauté de sa création et sa générosité. Certainement, les chiens, les renards, les lièvres, les hérissons, les porc-épics, les insectes, les oiseaux, … auraient fait de même, avec leurs nazillons,regardant vers le céleste, pleins de gratitude et de reconnaissance. Lihidheb Mohsen 20.03.2013

dimanche 17 février 2013

Sur la piste de Djerba

Sur la piste de Djerba Encore une fois attiré par le magnétisme du nord, le nord immédiat, du golfe de la petite syrte, sans perspectives d’aller au-delà jusqu’à Lampedusa, j’ai enfourché mon « Carhba » tôt le matin accompagné par les prières de ma mère et les dizaines de hauts parleurs des mosquées sur mon parcours. Comme chaque fois, je descends sur une boutique à l’intérieur de Boughrara city, Gyktis pour les nostalgiques de l’histoire, pour acheter des petits pains chauds et spongieux, certainement l’œuvre d’une femme au cœur bon. Le soleil pointait lentement dans mon rétroviseur, quand j’avalais la route de Mareth, au niveau de la fameuse ligne militaire qui n’a pas résisté à la conquête de Boughmiga et se rendit illico sans conditions. Entre les Blockhaus, les Casemates, les Bunkers et les fortifications, j’ai longé l’oued sur un lit rocailleux et accidenté dans un paysage lunaire de cratères et d’excavations. Surpris, des hommes avec un tracteur acrobate pelletaient à la hâte du gravier d’un trou béant juste à côté de la piste. En écologiste chevronné, j’ai arrêté ma voiture pour palabrer, sensibiliser et m’informer de la sortie vers la mer. De toutes les façons l’oued avait drainé tous les cailloux de la chaine de montagnes de Matmata et à quelques camions pré, il fallait bien rapprocher entre écologie et développement. En bas, vers la mer, juste devant la station d’assainissement, j’ai vadrouillé un bon moment entre les tranchés, les douilles d’obus et une bonne quantité de silex travaillé. Bang, bang, bang… stupides de tous les temps, baroudeurs, « Hachachin », manipulateurs, génocidaires…, vous l’avez eu dans l’égo…pendant que mon humble ancêtre Néanderthalensis, ne faisait pas autant de mal et de destruction massive. M’ayant vu en train de tourner en rond, comme un ivrogne à la recherche d’un mégot, le gardien de la station est venu s’informer gentiment de ma présence et je l’ai remercié de sa responsabilité et son professionnalisme. En vérité, ce jour-là, je voulais parcourir la « piste de Djerba » dont l’un des bergers m’avait parlé. Celle qu’on prenait autrefois pour joindre Gabés. Imaginant le petit homme de l’Île aux Lotophages, dans son petit burnous blanc, avec son bâton et sa bandoulière en laine pleine de dattes et figues sèches, derrière son âne ou son chameau, foncer vers le nord dans un esprit irrésistible et infatigable de conquête commerciale et sociale. D’ailleurs c’est ce qu’il fit avec brio et succès en diversifiant ses ressources et ses activités de survie et d’opulence, faisant main basse sur le commerce en gros et en détail dans la majorité des villes d’Ifriqiya et même au-delà. Usant de sa sagesse millénaire, il avait plusieurs techniques de clientélisme et de création de richesses dans le cadre d’un commerce équitable inné et confirmé. Au niveau de Chatt El Awamer, j’ai pris une fausse piste pour me trouver dans une impasse devant des maisons habités. Après une demande de renseignements, j’ai pris la bonne piste à travers les maisons, les vallons et les oliviers, pour sortir à côté du site de « Mdaynita » ensuite dans un long lac salé que j’avais traversé de plus en plus inquiet du paysage et des risques d’enlisement, de panne ou de désorientation. En effet, chaque fois que je suis venu dans ces endroits, il y avait des nuages et cette fois c’est un vent très fort qui dominait la scène avec des tourbillons de sable. Allant à droite dans chaque croisement pour m’approcher de la terre solide, et au fur et à mesure du parcours, la piste perdait de sa consistance et seules quelques traces anciennes de roues me guidaient. C’est en ce moment, que j’ai réalisé l’ampleur du risque de ne plus voir la route couverte par les vagues et cumuls de sable ventilé en permanence et rebroussa un bout de chemin pour foncer vers l’ouest, vers les collines salvatrices, dans une sorte de défaite piteuse devant le courage et la bravoure du petit Djerbien conquistador. Là aussi, les sillons des roues s’enfonçaient et le flan de ma coccinelle butait sur la terre argileuse et endurcie. Le berger « Haj Dhaou », était bouche bée et ne croyait pas ses yeux en me voyant sortir de nulle part, dans ma voiture citadine, en ce temps désagréable et menaçant. En lui offrant un petit pain de Boughrara, qu’il cacha tout de suite pour la déguster à l’huile d’olive avec son brave compagne, je l’ai aidé à repousser son troupeau des petits plants d’oliviers et surtout un grand bélier qui insistait à en déguster les feuilles vertes. Malgré ses quatre-vingt ans, Haj Dhaou, tenait bien sur ses pieds et parvenait encore à garder et suivre son troupeau de moutons et chèvres dans ce relief rocailleux. Toutefois, pour compenser la réduction de ses mouvements à cause de sa vieillesse, il utilisait une fronde avec une aisance et une adresse incroyables, jouant sur le mouvement, la taille de la pierre et la trajectoire de la lancée, pour dissuader les chèvres et les rabattre. Informé de ma mésaventure avec la piste de Djerba, il confirma mes inquiétudes car il fallait connaitre cette route jusqu’au village de « Green » que je connais en y arrivant de l’autre côté sud. Il me dirigea aussi vers une colline qui m’intéresserait pour ma passion du silex, ou mon silex-mania. Le vent sifflait de plus en plus fort et l’endroit était une sorte de grandes collines en forme de dos de cheval de quelques centaines de mètres, qu’une sorte de piste parcourait et divisait comme les traces osseuses d’une colonne vertébrale. Au sommet j’ai tourné la voiture dos au vent et fis bien attention d’engrener la vitesse et tirer le frein à main, pour ne pas se laisser trainer par le vent. Sur le toit de l’endroit et la région, avec le bruit des rafales de vent et le picotement du sable sur la taule, avec une vue ne dépassant pas les trente mètres, le moment était propice à une collation de pain et de fromage et une petite somme, dorloté par le balancement de la voiture et le sentiment du néant et du nulle part. Réveillé par mes renflements, d’un sommeil paisible suite à une grande fatigue, j’ai descendu de la voiture, prit mon sac de toile et mon bâton, boutonna mon capuchon et dévala la colline de son côté sud, qui généralement abritait les hommes primitifs des vents s du nord. En effet, les traces n’étaient pas nombreuses, à part quelques traces de brulis, mais, dans un endroit précis, j’ai trouvé de belles pièces de silex blancs ronds et bien taillés. Un peu plus loin dans le lit d’un courant d’eau au bas de la colline, j’ai trouvé un broyon circulaire en forme de disque, très poli et agréable au touché et à la vue. Je me suis éloigné beaucoup de la voiture en aval, poussé par le vent et la passion de mes trouvailles et pour revenir il m’a fallu faire des bordages comme pour les bateaux naviguant contre le vent. Tard dans la soirée, à la maison, après une bonne douche et un bon sommeil, j’ai résumé les plaisirs de la journée, mes souvenirs de la fusion avec la nature, la noblesse acquise de « Haj Dhaou », les risques majeurs que j’ai encouru en m’éloignant en solitaire de la voiture dans une montagne au risque me casser une jambe et finir asséché sur les rochers. Une pensée particulière était dédiée au Djerbien, qui prit ce sentier de l’aventure et conquit le monde par sa sagesse et son endurance. Lihidheb mohsen Zarzis 10.02.2013

vendredi 15 février 2013

Terfellil plage

Tarfellil plage Après une cession de palabres, comme dans toutes les associations de l’après révolution, et suite à une proposition de Monsieur le président, une louable improvisation, nous partîmes en excursion pour palper le terrain et impulser l’entrain. Les carrières monumentales des salines, étaient notre première escale de cette visite et de derrière le check point du portail, nous primes quelques photos pendant que le gardien faisait sa deuxième prière de la journée. Cependant, un sentiment de frustration, m’avait repris comme chaque fois que je voyais cette montagne de sel blanc comme la neige, qui me rappelle les cornets de glace des pâtisseries qu’on voyait seulement faute de pouvoir en acheter. Le bac principal, de plusieurs hectares, était prêt à la cueillette, et sa maturation ou sa « cristallinisation » était favoriser par une année de canicule et de sècheresse sans précédent. Des milliers de tonnes de sel attendaient les niveleuses et les bulldozers, les camions géants et les bateaux, pour une exportation fructueuse vers les pays du nord, étrangement en quête permanente de ce produit aussi important que l’or. Nous avons aussi constaté les rejets d’eaux usagées de cette saline qui ont affecté, visiblement et gravement la faune et la flore marine du littoral immédiat. Comme avec d’autres associations, plus concernées par l’environnement, j’ai parlé de la situation de la « Gattaaya », un petit paradis naturel et une niche écologique reconnue, où vivaient les oiseaux exotiques, les poissons d’eau douce, les renards, les lièvres, les porcs épic, ….jusqu’au jour où une décision officielle, douteuse et radicale, ferma et bétonna rageusement le puits artésien, malgré les protestations des amis de la nature, les chasseurs crédibles et les bergers de la région qui abreuvaient leurs troupeaux dans ce bel endroit accueillant et ombrageux grace à une petite foret. J’ai rappelé aussi comment j’avais proposé à la société exploitant le sel qui n’est qu’à quelques huit cents mètres du lieu, de l’alimenter en eau domestique usagée ou autre pour faire revivre la diversité animale et végétale. Mais, comme toujours, même après la révolution du printemps, personne n’écoute personne. Slah et moi, dans une voiture vétuste, avions traversé « Sebkhet el Maleh » vers sa rive sud, pendant que les autres dans la voiture luxueuse de Monsieur le président, durent contourner sur le bitume, le lac vers un lieu de rencontre convenu. Avec une longueur d’avance et au niveau du canal principal d’approvisionnement en eau de mer par l’effet des marées, nous avons constaté des millions de larves et petits poissons à la dérive dans un milieu étrange et incongru, dans des gestes de survie et de désespoir à la recherche d’une délivrance impossible. En effet, les excavations sont énormes, sur des kilomètres et des kilomètres avec une largeur de plusieurs mètres, longeant impitoyablement les contours du lac salé, au détriment des plantages d’oliviers et le mouvement des hommes et des animaux. De grosses machines à chenilles en forme de scorpion venimeux, s’enfoncent dans les profondeurs de « Sebkhet el Maleh » sans restrictions ni limites de convivialité avec la nature et ses occupants. Sur un monticule, d’El Bogra, nous avons rejoint l’équipe et mordîmes notre colère dans de grands casse-croutes piquants et ensemble nous partîmes derrière Si Noureddine. Au niveau de Hnich, nous avons apprécié le partage des terres collectives et la course au reboisement en oliviers et la création de richesses agricoles dans un milieu difficile. D’ailleurs, plusieurs braves concitoyens ont creusé des puits de surface et érigé de grandes fermes parma-agricole et parma-élevage avec de très bons résultats et beaucoup de respect pour les normes biologiques et éthiques. Quand Monsieur le président vira à gauche, nous virâmes à gauche, il palabra avec un berger, nous l’avions attendu, s’arrêta un peu plus loin, scruta le paysage, continua, traversa des semblants de maisons, monta une colline et fit halte pour nous présenter l’endroit que j’ai appelé arbitrairement « Tarfellil plage ». C’était un monticule légèrement rocailleux, avec quelques arbustes survivant au surpâturage et à la sécheresse. J’ai tout de suite constaté que l’endroit est mineur et porte quelques traces du passage humain à travers l’histoire et particulièrement pendant le paléolithique supérieur. Ayant l’avantage de l’expérience, l’endurance et l’acuité visuelle, j’ai trouvé quelques silex sommairement coupés, un broyon oblong d’une quinzaine de centimètres et des pierres taillés en bifaces, que j’avais montré à mes compagnons tout en commentant les remarques et constats des uns et des autres. Ainsi, grâce à si Noureddine, « Tarfellil-plage » a été identifié, reconnu, répertorié, vulgarisé et mis en relief pour enrichir le paysage historique, en l’honneur de l’association de sauvegarde de la presqu’ile de Zarzis. Lihidheb mohsen Zarzis 09.02.2013