dimanche 5 avril 2015

Boughmiga, à Nalout.

A partir du poste frontalier de Dehiba-Ouazen, la route commence à monter entre les montagnes et les ravins vertigineux dans un paysage aride et jaune ocre, ponctué par de petits vallons de verdure où quelques oliviers attendent une pluie qui tarde pendant des années. Peu habitué à la hauteur, Boughmiga, conduisait difficilement mais sans le manifester. Le convoi s’arrêta au sommet de la montagne pour regarder toute la plaine du Djeffara au dessous, sur une distance de plusieurs dizaines de kilométres où les palmiers paraissaient comme des points insignifiants, les villes comme des taches blanches et les montagnes comme des mottes de terre. Nalut, une ville berbère arabisée, est un nid d’aigles, au sommet d’une falaise. Le plus ancien Ksar, en partie restauré, est un chef d’œuvre d’architecture traditionnelle, celle de la survie, de l’exploitation des espaces, celle qui joint le sécuritaire à l’utilitaire et surtout le confort relatif vis-à-vis du climat extrême. L’art y est aussi manifeste mais sans tapage et exhibition. L’accueil des gens était exemplaire et les débats étaient à la hauteur. Quelques approches, peu communes, émanaient de la spécificité de l’identité locale, comme le fait de parler aisément de la période post islamique ou la référence sans équivoque à la langue et la culture Amazigh. Ce qui était enrichissant et un plus incontestable à l’Islam et la culture Arabe. Bien sur, l’Amazighisme en vogue est parait-il manifeste chez les jeunes mais reste contenu par la sagesse millénaire de la région. Le déjeuner était un régal autours d’un couscous et les portions de viande étaient largement suffisantes, même pour un ogre comme Boughmiga. Les Dames qui nous accompagnaient, ont été dirigées vers un autre salon où elles prirent le repas, sans parvenir à joindre les femmes locales, ni celles qui firent la cuisine malgré une demande pour les remercier. Une société d’hommes, où peut-être comme à Zarzis, les femmes auraient un monde intérieur, exclusif et riche, squatté et délimité pour leur intra-émancipation et affirmation. Mais comment le savoir !! Envoyer un drone ou un robot interstellaire !! De toutes les façons, ce serait génial si elles ont leur propre monde, comme il se doit et défendent leur droit à la vie. Une visite au musée des dinosaures, placé dans une salle du croissant rouge local, nous a permis de constater la richesse de cette région en la matière. Tôt le matin, Boughmiga, se faufila dans les ruelles de l’ancienne ville afin d’assister en live au levé du soleil. Il faisait froid et le vertige l’obligeait à coller son dos à la muraille du ksar en poussant relativement fort vers l’arrière. Cet attouchement vital, lui permit de pressentir comment la vie s’animait en cet instant, les voyageurs, les chameaux, les fellahs, les esclaves, les cris des enfants, le cri des coqs, des ânes, les appels et les échos revenant de la vallée… le murmure de la source, loin en bas, dans le vallon, vers laquelle il y aurait un passage clandestin pour s’en approvisionner en cas de blocus ennemi. Enfin, la lumière annonça le soleil au dessus des courbes du plateau de montagne en forme nette de vagues et Boughmiga du détourner les yeux à cause de l’intensité des rayons, qui parait-il sont moins intenses lors d’un levé de soleil sur la mer. Le paysage était grandiose, les couleurs se mirent à se manifester et des ombres se dessiner, mais l’ambiance fictive et conviviale se dissipa et il du, trouver un autre moyen de communication avec ses ancêtres. Il compta cent soixante deux trous sur la roche constituant le forum social du Ksar, des trous creusés par le broyage des noyaux de dattes à l’usage des chameaux. Certainement, il n y avait pas autant de rigueur avec la femme et elle participait aux travaux journaliers et emplissait l’endroit par les commérages, les chants et la poésie. L’endroit surveillait toute la vallée et le mouvement des caravanes, des paysans et des guerriers comme sur un écran. En rentrant à l’hôtel pour le petit déjeuner, Boughmiga passa par le ksar et visita l’école coranique ou ce qu’il en resta et contempla les signes et symboles sur les murs. Il parait que le Ksar de Nalout, était autonome et pouvait s’auto suffire pour quelques mois grâce aux silos appropriés à toutes les denrées alimentaires, blé, orge, lentilles, figues seiches, dattes, les jarres encastrées pour l’huile et les citernes de récupération de l’eau de pluie. Avec la falaise, plusieurs barrages de toutes sortes protégeaient le ksar des éventuels assaillants. A partir de l’hôtel, le panorama du Ksar était aussi unique et sur la terrasse, Boughmiga, offrit aux Nalouti, une tête de dauphin et une tête de tortue, en guise de symbole de la sagesse de la mer et une invitation au respect de la nature et du vivant ( !). La visite était très réussi et les échanges d’idées étaient fructueux et promettant entre les associatifs du Sud Tunisiens et les intellectuels locaux, pour un monde meilleur. Lihidheb mohsen

jeudi 15 janvier 2015

Un Bazar dans la mémoire.

Depuis les années soixante dix du siècle dernier, les coopérants Européens et Yankee, affectés à Zarzis, tout en ayant greffé notre savoir, ce qui mérite notre reconnaissance et nos égards, avaient aussi nettoyé les tiroirs historiques du terroir…et entre l’infamie et la gloire, l’envie et le devoir, la mise en relief et l’imposture, il va falloir laisser à chacun le droit d’expliciter ses déboires et justifier son vol à l’arraché, au vu de notre regard et au su de notre mémoire. En effet, au début, certains de nos professeurs, coopérants européens…, qui, malgré leurs performances pédagogiques et académiques, demandaient aussi des taches extra scolaires, dont certaines étaient innocentes comme avec les jeunes Américains qui se limitaient à se faire inviter pour un couscous chez touts les parents des élèves, pendant que pour les autres c’était, fournir des grenouilles aux canards de Monsieur G…ou lui apporter des pièces Romaines anciennes du site de Zien…comme l’avait revendiqué aussi Monsieur D…., et ce, en contrepartie de notes de bonne conduite. Plusieurs élèves subirent ce dictat et cet arbitraire, coincés entre le devoir d’obéissance, la note scolaire qui fixait le destin de chacun et l’angoisse de la punition scolaire et parentale en cas de protestation. Seul, un prof d’Anglais Palestinien, s’était révolté en nous incitant à mettre fin à ces pratiques incongrues et dégradantes. Depuis cette période, le site de Zien, a subit des compagnes journalières de collectes de pièces de monnaies anciennes et les gens, y compris des touristes, y allaient en groupes, en calèches, à bicyclettes, comme pour aller à la collecte des olives. Des expéditions, entre élèves et professeurs, se faisaient aussi pendant les weekends, vers les sites historiques de Bouhamed, sans pour autant avoir quelque chose avec les programmes scolaires, les sorties au titre des sciences naturelles ou la sauvegarde du patrimoine universel. Pour l’information, ce site Romain, Zien, Zitha, malgré ses vestiges enfouis dans le sable sous des monticules d’une dizaines de mètres, avait fourni aux « chasseurs-cueilleurs » du patrimoine au moins vingt milles pièces anciennes, dont certaines, d’après de témoins vivant sur place, auraient été en or. Cette numismatique était disponible uniquement, sur un espace de terrain ne dépassant pas les cinq cents mètres carrés, complètement ratissé, de fond en comble, au point que sur la trentaine de mes visites au site, pour sauver ce qui pouvait l’être encore à la surface, je ne suis tombé que sur deux pauvres petites monnaies délavées. Il parait que c’était une sorte de banque de dépôt, concentrant les recettes de la vente du vin et de l’huile d’olive aux caboteurs. Ainsi, en plus des sculptures et des statues enlevées par le protectorat au site, voilà encore, les restes de cette activité humaine qui se sont volatilisées et dispersées dans le monde, sans que personne ne prenne la peine de les référer au patrimoine de Zarzis ou en donner une lecture historique édifiante. C’était dans cet état d’esprit, que la rage au cœur, j’ai entrepris d’essayer de sauver ce qui pouvait l’être encore dans le sud Tunisien, des destructions humaines, des labours, de l’urbanisation, des touristes, des curieux, des amateurs et des pirates….et après cinq ans de « full action », je suis très satisfait des mes constats, surtout quand, dans certains endroits, j’avais devancés de justesse, les bulldozers et les destructeurs terrassiers niveleurs. Des constats, qui permirent l’identification de deux cents sites et stations dont la moitié, peuvent faire l’objet d’un musée chacune, par l’excellence et la richesse lithique de la préhistoire dans la région. Un travail personnel, passionnel et sincère, qui avait permis aussi à une chercheuse du patrimoine national, de confirmer et situer certains de ces sites et stations préhistoriques. A partir d’une autre perspective, quand le carburant était abordable et je me permettais d’aller au marché de Médenine, pour un bain de foule et acheter ce que je pouvais en produits anciens pour mon « musée », cet espace éco artistique, mis en quarantaine par les dictatures et en cinquantaine par ceux qui suivirent. Il m’arrivait donc de faire des détours dans les Ghorfa des Ksars centenaires de Médenine et visitais les Bazars touristiques où je rachetais les belles pièces de silex à condition de m’en situer la provenance, pour faciliter une lecture éventuelle des mouvements de nos premiers ancêtres. En effet, dans les boutiques-Ghorfa, qui descendent dans la terre, pour en cueilleur la chaleur et la fraicheur selon la saison, j’ai découvert de véritables trésors, pendus au toit et déposés les uns contre les autres dans un tapis de mémoires, de couleurs, de lumières et d’art. Tout en marchandant les quelques pièces que j’avais choisi, sachant que je me ferais arnaquer de toutes les façons, j’ai profité de ces palabres pour puiser dans la mémoire du Bazar-man, digne des personnages des contes d’Aladin et des milles nuits…blanches. « Pour les têtes d’armures en silex, j’en ai vendu plusieurs centaines, surtout aux Italiens, qui en raffolent. Ces trouvailles me parvenaient des alentours immédiats et surtout des travailleurs au champ pétrolier d’El Borma dans le désert Tunisien prés de la frontière Algérienne. A des moments, il y avait aussi des marchands qui faisaient la porte à porte des Bazars de la région touristique, pour vendre en gros le silex taillé provenant du désert de Douz. Quelques fois, des pièces en or, parvenaient aussi d’une ville du sud, avec divers articles de dévotion antique et pierres précieuses. Les dernières années, j’ai pris l’habitude d’aller auprès des villages montagnards, pour fouiner chez les pauvres paysans, les restes des objets anciens, et ce n’est pas toujours facile et il me fallait souvent insister à plusieurs reprises. Cette partie des ksars, consacrée au tourisme, a été conçue et exploitée par les coopérants étrangers de l’après indépendance, qui s’y réunissaient chaque dimanche venant même de Gabés, Djerba et Zarzis, pour une sorte de foire d’échanges et d’acquisitions des pièces antiques. Le « commerce » était tel, au point d’avoir ouvert un café, pour couvrir ce trafic et se réunir dans la légalité. Paradoxalement, cette attitude controversée, avait servi à créer un petit pôle touristique, par l’activité hebdomadaire et par l’attrait du plus grand complexe Ksarien du monde. Voilà, j’y suis, j’y ai travaillé et fait fortune, mais je regrette beaucoup, certaines pièces uniques, vendus bêtement aux touristes. » A un moment, le Bazar-man, s’est aperçu de sons excès de franchise, surtout quand je l’amenais à parler des diverses facettes de son activité, mais, puisque je suis un bon client, surtout dans cette période de récession…on sympathisa allégrement, tout en navigant dans la mémoire du Bazar et le Bazar chaotique de notre mémoire. Lihidheb Mohsen éco artiste Zarzis 15.01.2015

vendredi 5 décembre 2014

El Ketf, la langue silencieuse.

C’était l’isthme sud contournant le lac d’El Bibane, une langue de terre longue de vingt cinq kilomètres et large de sept cents mètres en moyenne, que j’ai visité cette fois, pour la cinquième fois sur vingt années de passion avec la mer et la nature. Bien sur, chaque sortie était différente, à cause de ma propre évolution dans le constat et la valorisation des milieux naturels et historiques. C’est une dorsale linéaire, rocailleuse, à très faible végétation, ne comportant que quelques cabanes de pêcheurs et de bergers de plus en plus rares à cause de la sécheresse et le manque d’eau et de végétation, qui reste encore, de part sa situation géographique en poche isolée, sa propriété tribale collective et sa proximité de la frontière Libyenne, une zone sauvage, sauvegardée par l’absence d’activités humaines. A part les arbustes semi désertiques, il n y a presque plus d’herbes à cause du surpâturage dans ce milieu naturellement pauvre et il en va progressivement de même dans le lac et dans la mer, à cause de la surpêche et le piratage destructeur des chalutiers contrevenants. Après avoir parcouru une soixantaine de kilomètres, j’y suis parvenu avec le levé du soleil, pour découvrir pour la première fois, juste devant le port de pêche du même nom, un vestige romain à la portée des vagues de la haute marée, comportant une bassine à un mètre de hauteur pour le séchage du poisson et plusieurs traces de constructions tout autour, sur la terre pleine. Visiblement, c’était une station de salaison Punico-Romaine, à deux kilomètres à vol d’oiseau du site amphibie de Zoukhis, El Mdeyna à la pointe sud de Lac El Bibane. Principalement, ma sortie cette fois, avait plutôt, une tendance humanitaire, de constat et de compassion, surtout après l’accident tragique survenu à plusieurs émigrés clandestins, en majorité des Syriens, échoués au large d’El Ketf, et rejetés par la mer sur les plages de cet isthme… Je n’ai pas trouvé grands choses, à part quelques chaussures et un document personnel appartenant à l’un des naufragés, qui m’a laissé perplexe devant l’attitude à entreprendre. Informer ou ne point informer les relatifs des victimes, de leur infortune, est une équation difficile et un déchirement entre le comportement légal, moral et éthique…qui reste à trancher. Toutefois, j’ai toujours le réconfort du faux sentiment du devoir accompli, à travers mes protestations médiatiques et artistiques que je vulgarise ça et là, ainsi que mes participations aux manifestations de sensibilisation aux dangers de la « Harga », dans les écoles, les séminaires et les associations humanitaires quand l’occasion m’en est donnée. J’ai fait presque la moitié du bras de terre, en négligeant les cotes rocailleuse que je ne peux plus aborder à cause des risques d’accidents, surtout que cette fois, juste au début, en sautant d’un rocher à un autre, j’ai failli tomber dans une crevasse de trois mètres, quand j’ai retenu le bout de mon pantalon de mon pied qui devait sauter…sous l’autre pied tremplin et ce n’était que grâce à la déchirure du tissu du pantalon que mon saut à été libéré et effectué. Ouf, c’était juste, car une chute la tête première dans un lieu aussi isolé et inhospitalier, aurait été fatale. La cote est constituée d’une vingtaine de petites baies ensablées, dont certaines sont utilisées pour abriter les petites barques des pêcheurs pauvres. J’ai continué donc sans démesure et avec mon sac de toile, il y avait aussi une bouteille d’eau et un bâton de berger, surtout quand je faisais en retour vers la voiture, la prospection du sol mitoyen et les risques des vipères et des chiens sauvages étaient réels. La nature historique de la région est complète, allant du paléolithique jusqu’au Romain, avec une absence manifeste du néolithique. A même la plage, les vagues avaient aussi découvert les dunes, pour montrer les restes de constructions et installations utilitaires anciennes, dont l’un, avait été aveuglé bêtement par le dépôt de déchets urbains, de poterie moderne et de bris de verres….on ne pouvait pas faire mieux pour défigurer une station historique. La journée était relativement froide et le ciel couvert de nuages, ce qui ne facilitait pas mes recherches de silex par l’absence de la réflexion de la lumière sur les lames lisses. Entre temps, j’ai entrevu un troupeau de moutons, sans berger, en train de se diriger vers le sud, en broutant les rares bougeons des buissons. Un âne dont les pieds étaient liés par des cordes afin de limiter ses déplacements, m’avait surpris par ses braiements, dressant ses longues oreilles devant cet intrus, qui ne cadre pas avec le mouvement habituel des humains dans cet endroit. J’ai déjeuné en marchant, mâchant du pain et du fromage, mais vers une heure et de demi de l’après midi, j’ai senti le besoin d’une petite sieste, qui prit une bonne heure, dans la voiture, les pieds sur le tableau de bord, sous les bruits du vent et des vagues et ne fut réveiller que par mes renflements de quiétude et d’acceptation. C’était le début de décembre et je portais encore des manches courtes, car la pluie et le froid, se font encore attendre avec des après midi trop courts rapprochant rapidement le soleil vers la colline. Soudain j’ai entendu des cris à très haute voix « Hay hay hay…Yahoh Yahoh Yahoh…Héhéhéhéhéhéhé…Youyouyouyouyou…Lalalalalalalalalalay…Drrrrrrrrrrrrrrr…. », et vu sur la colline, un homme sur une ânesse suivi par son petit trottinant à quelques mètres en arrière… Le berger, tout en criant, gesticulait avec un long bâton dans la main pendant qu’il tenait la bride de l’animal de l’autre. Il était à trois cents mètres de moi au moins et criait très fort sans discontinuer et je compris qu’il pressait le troupeau, qui avait fait trois heures de broutage vers le sud, de reprendre la direction du nord et revenir à l’étable et il lui suffisait de les diriger pour que les bêtes continuent toutes seules le reste du parcours. Plus loin, vers le nord, où je me suis déplacé avec la voiture pour longer la cote toujours parallèle à la colline, le berger m’avait encore rattrapé, sur sa monture et son petit, à zigzaguer sur le sommet en silhouettes pittoresques qui quelques fois se réduisaient derrière la dorsale… Pendant un bon moment, j’ai observé ce spectacle grandiose, où, l’homme, la bête, la nature et sa morphologie, font et refont les mouvements de la vie…et peut être de leur coté, comme je les ai vu, ils m’auraient aussi considéré d’un autre angle, le leur, en intrus, forcément moins glorieux et encore moins intégré dans cet environnement naturel. Le soleil déclinait rapidement et la fatigue me prenait aussi, car une journée entière de marche passionnée pour un homme de soixante ans, est une épreuve et une grande satisfaction. Pour rentrer j’ai eu l’idée de couper par un raccourci, du coté du site d’El Mdayna, et entrevu de loin une voiture qui montait à travers la colline et accéléré pour la rattraper. Il faut bien avoir un repère car il m’est déjà arrivé un ensablement dans cette région et il a fallut que mes collègues de travail de Bengardane organisent une expédition à ma rescousse. La route de l’autre coté de la colline était très ensablée mais la descente facilitait le passage sans problèmes. La voiture légère avait disparu dans la nature, mais juste avant le lac salé entourant El Mdayna, j’ai dépassé un camion frigo à l’arrêt et me suis arrêté pour attendre un accompagnement ou un renseignement au moins. Il n y avait personne autours de la voiture et quand j’ai considéré le passage seul, j’ai vu que l’eau submergeait la lagune et hésita à plusieurs reprises à longer la colline de son intérieur. Assez loin, j’ai vu la hutte d’un berger et quelques branchage et entre celle-ci et la voiture, j’ai vu une ombre qui se déplaçait voir la voiture frigo en arrêt. C’était un vieux, au visage tanné par le soleil et la dureté de la vie, qui me confirma l’absence de route sèche et m’invita de le suivre à travers l’immense surface d’eau…ce que j’ai décliné sagement. Admiratif, reconnaissant et légèrement anxieux, devant la bravoure de cet homme et ses semblables, qui se battent au jour le jour contre la nature et les conjonctures pour survivre, en contournant les lois, les eaux et obstacles, je dus revenir pour escalader la route ensablé de la colline en mettant à fond la musique de la voiture et redécouvrir enfin la mer, immense, indifférente, sournoise… Juste au point de mon arrivée le matin sur El Ketf, prés du Port, j’ai entrevu un berger que j’ai interpellé croyant que c’était Amor, celui que je connaissais il ya quelques années. Après les salutations usuelles, il m’informa de l’infortune de mon ami, qui suite à une morsure de vipère, est resté quelques mois au lit entre la vie et la mort, et de ce fait changea de pâturage dans un endroit plus clément et moins sauvage. Vipère… !!! Et moi qui trainait aveuglement entre les buissons, insouciant et confiant… mais je sais que la Baraka des « Ness Mlehh » est avec moi et les bêtes respectent Boughmiga le « Fakir » en Dieu, et il le leur rend bien, sage, sincère et respectueux. Lihidheb Mohsen Eco artiste Zarzis 03.12.2014

samedi 8 novembre 2014

Ogla Zarzis

Juste au tiers nord de l'oasis maritime de Souihel, un littoral de douze kilomètres encastré en longueur parallèle par la mer du coté Est et la colline de 45 mètres du coté Ouest...si situe Ogla, une continuité de maisons rurales entre les palmiers rescapés, une dénomination purement géographique qui veut dire la cachette en arabe...et que l'on peut trouver dans plusieurs endroits. Cette colline rocailleuse, avait aussi cueilli l'homme préhistorique dans les quelques grottes naturelles, surtout au niveau de l'embouchure du canyon Saguit Sola. L'endroit était inhospitalier même pour les romains qui préféraient les mers calmes pour leurs embarcations à fonds plats, car la mer de Souihel est houleuse et comporte plusieurs courants marins curieusement en continuité et en adéquation thermique avec les Oueds. Bien sur, Boughmiga, avait parcouru les espaces et les sites de Lella Meriem, Hinchir Kalakh, Sguit Sola, Hichir Rawan, constituent une périphérie historique assez importante. Mais dernièrement lors d'un chantier d'excavation de canalisations, un tunnel creusé de mains d'hommes était découvert sous la route à Morhal Hbit, juste au pic de la colline-falaise...et comme toujours les associatifs du patrimoine et moi, sommes arrivés trop tard car l'entrepreneur qui craignait le retardement de ses travaux, avait tout enseveli, sans même prendre de photos. Habitué à ces attitudes peu civique, j'ai demandé des compléments d'informations à un brave homme de l'endroit, qui avait confirmé sa connaissance depuis longtemps de l'existence de ses couloirs souterrains. D’après lui, à droite et à gauche de la route qui descend de la colline vers la mer, il y avait deux grottes préhistoriques, à partir desquelles, partent deux passages souterrains vers le plateau pour se rencontrer en forme de Y, à une cinquantaine de mètres et continuer en un seul couloir sous terrain vers on ne sait où. Le Brave homme déclare qu'il y avait sur la grotte de gauche des traces de fours, de brulis, et des traces de constructions anciennes, effacés par les constructions abusives et illégales. Toutefois, il se félicite du fait que l'endroit par où passe l'un des couloirs, a été acquis pour la construction d'une mosquée, et il y a encore des chances de le répertorier officiellement. Encore un témoignage majeur du passage, de l'homme primitif, ingénieux, prudent et visionnaire, par le village même de Boughmiga cette fois. Lihidheb Mohsen

mercredi 8 octobre 2014

Souitir Day.

Sorti assez tôt de mon oasis maritime, vers la ville de Zarzis, j’ai décidé en dernier lieu de la direction à prendre, comme d’habitude, laissant à la providence, le hasard, l’instinct, le « feeling », le soin de faire les choses. Entre mes cibles potentielles… Lemsa, Ejdaria, Bengardane, Choucha, Bogra, Hassi Amor, Médenine, Rsifett, Boughrara, Djerba, j’hésitais chaque fois, et s’il n y avait pas un argument majeur en faveur de l’une des destinations, je comptais jusqu’à dix sept en grenelle les noms pour aboutir à un endroit, vers lequel je me dirige aussitôt. C’était Hassi amor, qui était honoré à cause du jour de marché, la solidarité citoyenne avec ces gens, le commerce équitable et la possibilité de faire des détours vers des sites préhistoriques. Juste avant d’y arriver, j’ai pris en stop, un vieillard marchant difficilement avec sa canne en bois d’olivier, qui, dés qu’il s’est installé, m’avait tendu une pièce de cinq dinars pour son transport, mais sans m’offusquè, je lui ai fait comprendre que c’est gratuit et j’ai fait ce geste des centaines de fois, avec plaisir et solidarité humaine. Avec la discussion, il s’est avéré que nous nous connaissons, et je l’avais abordé dans son cottage, lors d’une de mes vagabondages dans les « no mens land ». En effet, pour un quatrième jour de l’Aïd du sacrifice, il y avait peu de gens au souk de Hassi Amor et très peu de vendeurs et encore moins d’étalages à même le sol de légumes frais du producteur au consommateur. Même l’honorable Dame, une sorte de « fakir » local, aux habits traditionnels multicolores, que j’observais depuis une année, s’arrêtant pour embrasser les femmes en leur prodiguant des conseils pleins de sagesse et de baraka…et remerciant les vendeurs qui refusaient de prendre l’argent pour ses achats modestes…m’avait manqué et son absence était aussi grande que ma déception que j’ai fini par comprendre. J’ai tout de même fait quelques acquisitions, dont certaines n’étaient pas nécessaires, mais juste pour dépenser une partie de mes maigres possibilités financières chez les ruraux…oignons, pommes de terre, piment vert, raisins, potiron, grenades…et quand un billet est resté dans ma main, je suis allé chez les vendeuses de poules et pris tout ce qu’une femme avait en œufs du terroir comme disent les citadins. J’ai aussi des poules à la maison, mais je ne sais jamais où elles mettent leurs « ovaires » et ne faisais que les nourrir pour le devoir de coexistence et d’empathie. Il était encore tôt et en arrivant au village de Souitir, j’ai viré à gauche pour pénétrer dans les terres rocailleuses pour finir une prospection globale déjà entamée. Juste aux limites du petit village de cultivateurs et pasteurs paisibles, j’ai arrêté la voiture, pour constaté un monticule de terre, qui s’est avéré historique, avec quelques silex, deux tessons décorés, deux petites meules, un broyons, de grosses briques en cendres comme celles de Nebch Eddhib. Vue la proximité des maisons, le site n’a pas été fouillé et parait assez important et comme je m’y attendais, deux jeunes gaillards visiblement en colère et légèrement menaçant, sont venus à moi, m’interpellant sèchement de loin, mais devant ma diplomatie, ma sincérité et la cohérence de ma démarche écolo artistico humano historiciste, j’ai parvenu à leur faire comprendre mon activité bénévole de constat, de valorisation et de mise en relief de notre patrimoine. A la fin, on est devenu presque amis, et l’un d’entre eux, avait même trouvé un silex qu’il m’avait tendu gentiment. Je leur ai aussi promis de faire cet article en leur donnant l’adresse électronique de mon blog réservé au patrimoine. Hourra, vivent la limpidité comportementale et la crédibilité humaine. Encore plus loin, je me suis arrêté pour voir trois collines, mais il n y avait pas de traces importantes et j’ai continué vers l’intérieur des terres sur une route sablonneuse longue d’une quinzaine de kilomètres qui traverse des oueds et des monticules. Voulant sortir de l’autre coté vers Hinchir Ghrabatt, mais la route était barrée par une grosse dune de sable et je ne pouvais pas risquer un enlisement très probable, surtout avec une chaleur torride de plus en plus suffocante. Je suis donc revenu pour l’oued Bouhamed que j’ai longé d’un autre angle au nord ouest. Avec une bouteille d’eau dans mon sac postal, un gros bâton dans la main et mon grand chapeau Djerbien sur la tête, je me suis éloigné de la voiture sérieusement malgré la chaleur qui augmentait sous le souffle d’un sirocco tardif. Les trouvailles étaient intéressantes et démontraient bien le passage de l’homme primitif au paléolithique il y a une quinzaine de milliers d’années au moins et les silex trouvés étaient moyennement travaillés en lames, lamelles, burins, pointes, grattoirs….ainsi que quelques bifaces au stade primaire de shopers. Je ne supportais plus la chaleur et la sueur et devait de temps en temps bouger plus vite pour cueilleur un tant soit peu de l’air crée par la vélocité du corps…mais je suis toujours tenté par un détour, un contournement d’une dune, le repérage de brulis, la prospection des petites pentes qui auraient servi à se protéger du vent…. J’ai donc réalisé les limites de mon endurance et que je ne pouvais continuer, pourtant, en revenant vers la voiture assez lointaine, je ne m’empêchais de serpenter étroitement sur cent mètres au moins la distance à parcourir encore. C’est alors que la pièce m’est apparue, enfouit dans le sable et seule une petite partie dorsale brillait au soleil brulant et avant de la déterrer, j’ai pris soins de la photographier, car je sentais qu’elle était très importante, ce qui a été confirmer, car c’était un assez long poignard très bien travaillé, de 75 mm, un chef d’œuvre, insoupçonné dans une ère à prédominance paléolithique. Ainsi, avec un comble de satisfaction, euphorique, ne sentant plus la chaleur ni la fatigue, fier de ma trouvaille, avec un sentiment de proximité avec mes ancêtres, j’ai regagné ma voiture qui doit encore faire une dizaine de km sur la piste rocailleuse jusqu’à Souitir city. Voilà Souitir Day, voilà Souitir, ce village, qui malgré le peu d’habitants, comporte une série de stations et sites préhistoriques très importants et très connus comme ceux de Chichma, Maydher, Bouhamed, Souitir sud, Bouhamed sud ouest….ce village qui a beaucoup de mémoires en son sein, beaucoup de sagesse dans ses gens et beaucoup d’éthique de vie dans son quotidien. Lihidheb mohsen éco artiste Zarzis 07.10.14

jeudi 4 septembre 2014

Bhirett Alouane

C’est la petite mer qui entre comme une langue pulpeuse et chercheuse dans le flan de la terre de la presqu’Île de Zarzis, pour lécher les sels de Sebkhet el Maleh, quand le barrage impitoyable de la route vers Bengardane, le permet. Aussi riche en poissons que le Lac d’El Bibane, cet endroit a été surexploité malgré le courant d’eau qui en renouvelle la biodiversité en plus des apports périodiques des alluvions riches en limon. Comme pour les contours de la Sebkha qui ont abrité une dizaine d’installations préhistoriques, Alouane a en plus intéressé les Puniques, les Romains et les contemporains…qui ont laissé des vestiges à Lemsa, Mrissa, Ouday Dhaou, Alouane Nord, Alouane Sud, Bogra… Par les constats de surface et paradoxalement à travers les restes des quelques fouilles sauvages, on peut affirmer que quelques stations historiques sont restées paléolithiques, pendant que les autres ont fait un parcours d’accompagnement des passages Puniques, Romains et Islamiques. Comme j’ai toujours fait en sorte, de vérifier l’ampleur des dégâts, sur les sites et en faire le balayage de surface, j’ai visité Dimanche dernier le site de Mrissa, sur la pointe Nord Ouest de l‘isthme nord juste en face de Lemsa située de l’autre coté de la petite mer. J’ai commencé d’assez loin à l’ouest, à partir du terrain de Chlindi, où j’ai constaté autrefois les restes d’anses grecques en forme de M autours du goulot. Malgré les travaux de construction d’une citerne pour les eaux de pluie et une petite crique pour petits bateaux, qu’il avait effectués, je n’avais rien trouvé. Sur le site proprement, cette fois, les dégâts sont énormes, mais en vérité, ils n’étaient pas initiaux, car c’était un déplacement massif de gravats et de pierres taillées pour défricher le terrain et les destructions étaient effectués depuis une vingtaine d’années, avec des fouilles de prospection çà et là à travers les années. Vue son emplacement, le site aurait servi pour la pêche, la surveillance, le signalement par le feu, les échanges, la fabrication de poterie et des carreaux énormes et très lourds en argile rouge. Avec de grosses briques noires en pierre volcanique, des constructions souterraines transformées en « citernes », de la menue monnaie, des clous en bronze, quelques silex, des foyers géants pour les feux de signalement, une quantité moyenne de tessons de poterie,…Mrissa aurait servi comme un poste important dans le parcours costal Grinn, Gyktis, Meninx, Zitha, Gergis, Bouteffaha…et le fort de Sidi Chaouech, Mdeyna et Sabrata au sud. Bien sur, malgré la chaleur, les difficultés du terrain, les sueurs acides dans les yeux, Boughmiga, prospecta l’endroit de long en large, zigzagant, tournant autour de lui-même, dans un quadrillage exhaustif du lieu, avec très peu de résultat à cause de la violence de la déformation du terrain. Mais puisque Boughmiga, était habitué à dégoter des objets importants sur des terrains vagues et dans nulle part, il sera bien capable d’en trouver sur un site répertorié. En effet, la pièce était là, affalée sur le coté dans un sillon léger au milieu d’un labour impitoyable et le cœur de Boughmiga s’emplit de joie et de curiosité avant de prendre le gros silex et en évaluer les dimensions et les attouchements….et c’était un vrai chef d’œuvre en la matière, une sorte de lame affutée, à l’allure à la fois artistique, pratique et dissuasive. Avec les autres pièces que j’avais trouvées aux alentours immédiats, on peut dire que le passage de l’homme du paléolithique supérieur est effectivement passé par cette région. Entretemps, malgré la beauté de l’endroit, la chaleur torride, l’appel de l’eau fraiche pour une éventuelle baignade légitime, Boughmiga, craignant les écarts de température et d’émotions, se limita à la joie de la trouvaille du gros silex taillé et la poignée de main, le shake hand, virtuel avec ses ancêtres. Lihidheb mohsen Zarzis 04.09.2014

mercredi 13 août 2014

Zarzis, port Punique, énigmatique.

C’est en vadrouillant sur les cartes virtuelles, de map en map, jonglant avec le curseur de droite à gauche, de haut en bat, contournant les longitudes et les latitudes…comme il le fait toujours sur le terrain réel et palpable…que Boughmiga le néandertalien, cette fois aussi, tomba sur les traces colossales et monumentales d’un port punique juste en face d’un site archéologique reconnu. C’est un immense rectangle d’une longueur d’environ deux cents mètres et dont les largeurs sont ovales…contenant sur le coté dans son intérieur un autre rectangle en miniature. (Voir photo). Bien sur, à ma connaissance, personne n’avait signalé l’existence de ces traces, qui, avec le site historique, l’étendue des vestiges jusqu’à la partie submergée de la mer, les quelques murailles en forme d’ancien quai, la quantité respectable de bris de poterie ancienne et brulis…on peut prétendre, sauf avis contraire des spécialistes en la matière, que l’endroit est un ancien grand port qui connût une période glorieuse. Voilà, Boughmiga, déballe sa charge, à l’intention des chercheurs, des curieux, des spéculateurs, des nostalgiques…. pour le constat, l’appréciation et la mise en relief, de ce port punique à Sidi Bouteffaha Zarzis. Pour la petite histoire, le site comporte de grosses meules cylindriques qui auraient servies à la presse de l’huile d’olive, des menues monnaies puniques, un silex taillé et un petit trésor exposé au musée de la ville. En avant…toutes…machines en marche,pour la fouille et la recherche, à l'assaut, à bâbord, à tribord... comme les vrais Akkari...Viking de la méditerranée. Bien sur, les réserves scientifiques restent de rigueur et Boughmiga croit que le grand rectangle mitoyen en terre plaine,champ de tir actuellement, serait un polder artificiel aménagé autrefois spécialement pour ce port punique. Lihidheb mohsen éco artiste 20.06.2014