vendredi 17 avril 2015

Zarzis, Patrimoine.

Zarzis, patrimoine. 1- El-Kantara : Vue la position de la chaussé, l’endroit est très important sur le plan historique, surtout l’ancienne route allant dans la mer du coté de Zarzis. Bien sur, le remblai des deux cotés était effectué à partir de sites archéologiques de part et d’autres des terres jumelles. La région forestière et agricole du nord, était aussi historique et surtout un jardin pour Meninx qui n’en avait pas. Toutefois, l’édifice du sud qui est actuellement transformé en restaurant, était une installation de contrôle du passage et un mirador de guet, ayant la forme appropriée. 2- Huilerie-coloniale : C’est une huilerie géante construite par les colons qui exploitaient la ferme de l’oliveraie de Chammakh et la région. En activité tout les deux ans sur trois, selon la production, cette ferme appartient aux terres domaniales nationalisées. Elle permet, selon les saisons, l’emploi de centaines d’ouvriers agricoles dans les secteurs de la cueillette, taille, labour, presse, bétail… C’est aussi le principal moteur économique de la région, en parallèle avec l’activité agricole privé et les apports en devises de l’émigration en Europe. 3- Hinchir Kalakh et Chammakh : C'est un site situé à un km de la mer, au fond du plateau longeant le littoral de la région de Sangho. Composé d'un monticule de calcaire sur lequel des constructions sont enfouis dans les arbustes et les ronces. Des murs incertains sont encore visibles. Juste à coté une construction étrange est supposée être un "Columbarium" ou un "Crématorium" funéraire et serait le deuxième de son genre dans le monde, dont ceux de Hergla et Chypre, qui restent moins expressifs que celui ci. Juste en face, les traces d'un four avec des ratés et une poterie plutôt industrielle et commerciale avec peu d'attouchements artistiques. Il serait aussi Punique, avant la période Romaine, à cause de la qualité très modeste de la poterie et l’absence de numismatique et de verrerie. Un site à restaurer d'urgence à cause du délabrement du Columbarium. Le site de Chammakh, sans vestiges ni relief, est enfoui sous une ville compacte, que des tranchés et forages utilitaires, avaient révélé au grand public. C’est un endroit Punico-Romain, basée sur l’agriculture. Chaque habitant a sa propre histoire avec les monuments et le sous sols est plein de couloirs et bassins récupérés. Plusieurs statuettes auraient été dirigé vers la capitale dans les années soixante dix. 4- Morhall Hbitt : Juste au tiers nord de l'oasis maritime de Souihel, un littoral de douze kilomètres encastré en longueur parallèle par la mer du coté Est et la colline de 45 mètres du coté Ouest...se situe Ogla, une continuité de maisons rurales entre les palmiers rescapés, une dénomination purement géographique qui veut dire la cachette en arabe...et que l'on peut trouver dans plusieurs endroits. Cette colline rocailleuse, avait aussi cueilli l'homme préhistorique dans les quelques grottes naturelles, surtout au niveau de l'embouchure du canyon Saguit Sola. L'endroit était inhospitalière même pour les romains qui préféraient les mers calmes pour leurs embarcations à fonds plats, car la mer de Souihel est houleuse et comporte plusieurs courants marins curieusement en continuité et en adéquation thermique avec les Oueds. Bien sur, Boughmiga, avait parcouru les espaces et les sites de Lella Meriem, Hinchir Kalakh, Saguit Sola, Hinchir Rawan, qui constituent une périphérie historique assez importante. Mais dernièrement lors d'un chantier d'excavation de canalisations, un tunnel creusé de mains d'hommes était découvert sous la route à Morhall Hbitt, juste au pic de la colline-falaise...et comme toujours les associatifs du patrimoine et moi, sommes arrivés trop tard car l'entrepreneur qui craignait le retardement de ses travaux, avait tout enseveli, sans même prendre de photos. Habitué à cette attitude peu civique, j'ai demandé des compléments d'informations à un brave homme de l'endroit, qui avait confirmé sa connaissance depuis longtemps et de l'existence de ses couloirs souterrains. D’après lui, à droite et à gauche de la route qui descend de la colline vers l’oasis et la mer, il y avait deux grottes préhistoriques, à partir desquelles, partent deux passages souterrains vers le plateau pour se rencontrer en forme de Y, à une cinquantaine de mètres et continuer en un seul couloir sous terrain vers on ne sait où. Le Brave homme déclare qu'il y avait sur la grotte de gauche des traces de fours, de brulis, et des traces de constructions anciennes, effacés par les constructions abusives et illégales. Toutefois, il se félicite du fait que l'endroit par où passe l'un des couloirs, a été acquis pour la construction d'une mosquée, et il y a encore des chances de le répertorier officiellement. Encore un témoignage majeur du passage, de l'homme primitif, ingénieux, prudent et visionnaire, par le village même de Boughmiga cette fois. 5- Mémoire de la mer Zarzis : Dans cet espace éco artistique, la mémoire de l’homme, a été relativement sauvegardé sous formes de pierres diverses sous forme d’une litho thèque consistante et disponible aux visiteurs, aux chercheurs et aux curieux. 6- Marché hebdomadaire : Destination au choix, selon les jours. 7- Musée municipal et vestiges du site Ziane : C’est un musée municipal, scientifique et consistant, abordant la vie historique et sociale de Zarzis tout en contournant les spécificités de l’ancienne ville Romaine de Ziane, qui malgré le fait qu’elle ne constitue plus que de grands monticules de sable, était un grand centre civilisationnel, cultuel et économique aux débuts de cette ère. 8- Marabout de Sidi Bouteffaha : Visiblement, c'est le premier site manifeste de présence humaine sédentaire, des temps primaires. Hormis, le site de Sidi Chammakh qui a été investi par les habitations, celui de Zien qui est relativement nouveau...par rapport aux traces de présence humaine qui nous aborderons bientôt. En effet, ce site situé au carrefour de la route de la zone franche et la route de Zarzis vers Bengardane, est aussi sujet à une urbanisation anarchique à même la route. Il est composé d'un marabout, entouré d'un cimetière encore utilisé. Tout autour, on peut remarquer la présence de grosses pierres de presse pour les olives étrangement en calcaire. On raconte qu'il y aurait un oléoduc entre Zien et ce site pour acheminer l'huile d'olive...mais, ça ne peut être qu'une exagération, car la poterie était déjà fonctionnelle pour le transport des liquides, huile, vin, eau.... A propos de la poterie, elle n'est pas très développé, absence de ratés donc absence de four, quelques bris de monnaie punique, un silex bien taillé en burin, des blocs de calcaire géant sont encore visible ça et la dans le lac salée qui était submergé par la mer. On raconte dans les annales officielles qu'on petit trésor a été trouvé sur ce site et serait exposé dans les musées de Tunis. 9- Rass Lemsa : Ce petit site est situé au Sud de la ville de Zarzis, dans un îlot de terre entouré de la mer de l'Est et le Sud et d'un marécage submergé par la mer pendant les grandes marées. C'est un monticule de terre qui aurait été fouillé officiellement juste après l'indépendance sans en trouver les traces et les documents. Ce serait un endroit de mise à la mer des produits agricoles et autres pour l'exportation. Constats : poterie rouge moyennement développée, un tesson de lampe à huile portant un rameau d'olivier, des coquillages en fuseau, une pierre à pilonner avec des trous concaves, deux pièces de monnaie oxydés, quelques silex approximativement travaillés. Ce site a été partiellement détruit par des bulldozers qui voulaient terrasser l'endroit pour un champ de tir et ce malgré mes protestations vives et actives. Heureusement une grande marée est venue à mon secours pour dissuader les commanditaires et laisser cet endroit aux oiseaux et sauver le site. Site historique, primitif, punique, Romain…et point de départ des vagues de Harraga…Il y a encore les restes de l’installation de protestation contre l’usage massif de l’endroit « birds only ». Il faudrait aussi reconnaitre, qu’à partir de l’arrêt au niveau de la citerne surplombant l’endroit, les deux kilomètres de droite et autant de gauche, aussi, sont des stations importantes témoignant de l’installation et le passage de l’homme primitif de cette région de Lemsa. 10- Espace Felta : Situé au nord de la saline, ce champ d’oliviers communaux, délaissés par l’exploitant, a révélé le passage de l’homme primitif sur ce grand espace parsemé de silex et très peu de poterie et encore moins de brulis. Les traces de coquillages instrumentés, confirmait la proximité du lac salé et le mouvement des eaux et des hommes. Sur plusieurs visites, de très rares pointes de flèches ont été trouvé parmi le silex et seule une hachette minuscule avait été constatée. Ce champ très peu labouré, est sujet au pâturage et à l’exploitation des limitrophes. Personne ne fait encore attention à la préhistoire. 11- Hinchir Ziane : En dehors des deux fouilles universitaires et de tutelle, effectuées en 2013 et 2014, découvrant une partie minime de l’infrastructure culturelle, funéraire et cultuelle de la place, avec des bâtiments pour la politique, l’hygiène publique et le scénique, cet endroit, était aussi à prédominance économique, vue son emplacement au dessus d’un champs très fertile, à coté d’un puits doux et gracieux et surtout à l’abri de la mer assez proche, pour des échanges équitables, sans violence ni razzia. Vu le nombre d’anses de jarres constatés sur place, les fours effectués à cet effet et l’étendue de cette activité, il parait que la ville excellait dans le commerce de l’huile d’olive, du vin et des produits secs et asséchés. Quelques coquillages de murex, existaient et témoignaient de la communication avec la mer et les lacs salés distants d’une dizaine de kilomètres. Tout en tenant compte du taux d’occupation à travers l’amas de poterie et autre, il parait que le site avait été occupé pendant trois siècles avec des précédents puniques et primitifs. Un endroit situé au centre Est, cumulait la totale numismatique de la région, et révélait l’existence d’un échange unique avec les partenaires marins et autres dans une société fermée et autarcique. Toutefois, ce site est réputé par ses tessons artistiques et son verrerie technique. Il parait, que le protecteur du pays, avait rapatrié chez lui, un nombre de statues et sculptures de cette région. 12- Ferme de Gauffretteau : C’est un complexe colonial du début du siècle dernier, composé d’une huilerie, d’une infrastructure utilitaire, d’un moulin à vent encore fonctionnel pour l’eau et l’électricité, d’une belle maison agréable à étages avec une belle vue sur l’oliveraie, d’une grotte transformée en 1902 pour les vignobles et d’une citerne immense d’un hectare au moins dont la surface permet l’atterrissage d’un petit avion quand c’est nécessaire. Cet ensemble relativement ancien, fait toujours l’objet d’une curiosité générale, surtout quand toutes les pièces d’entretien sont encore répertoriés et disponibles. L’huilerie adjacente, comporte toujours ses éléments, le gros moteur de bateau pour alimenter les grandes presses, le rail d’installation, les berlines, les meules géantes, les citernes de filtrage de l’huile…et même les instruments de travail, sont encore numérotés pour les statistiques annuelles. Toutefois, l’association du patrimoine, œuvre toujours pour faire de cette grande huilerie coloniale, un musée écologique des matériaux agricoles, da la machinerie et des engins anciens d’exploitations. 13- Site Rsifett : Juste à la fin Nord, de ce village pécheur côtier, en allant vers la mer, un petit site Romain est visible sur un monticule de terre. Une très grande meule en calcaire est encore dominante. A quelques mètres en revenant avec la mer vers le village, une station primitive avait constaté et peut être anéanti par le buldozage, comportant divers silex dont quelques lames grotesques. Toutefois, en continuant la piste vers le nord sur deux milles mètres, on peut constater des traces puniques et surtout un grand quai marin qui entrait dans la mer et visible depuis la plage. D’ailleurs, c’est pour cela, que le village avait été appelé Rsifett, qui veut dire les quais en arabe. Droits d’auteur réservés Lihidheb Mohsen 2014 Mémoire de la mer et de l’homme Zarzis.

dimanche 5 avril 2015

Le Chant de Ghadames.

C’était au milieu du Sahara, au fond de l’oasis ombragés, dans les ruelles sinueuses, obscures et longues, dans l’appel de lumière au fond des couloirs, à travers les ouvertures dans les toits ou les miroirs réfléchissants l’espace et le temps, c’était dans la blancheur des murs de terre, de paille, de centre, de troncs de palmiers traités, de pierres placées selon leurs natures, leurs poids, leurs réactions au climat et les intempéries, dans les courbes des escaliers, des voutes, des lucarnes, des porches et des chambrettes confortables, dans les décorations par des objets utilitaires et artistiques en même temps avec quelques peintures murales rouges dans un style arabesque et scarabée, dans l’exploitation optimale des espaces, des étages, des dénivellements, des recoins, des rôles, des priorités et des idées, dans le rapport de sagesse avec la foi, la famille, la tribu, l’autre et soi-même, dans l’inspiration géniale de scinder cette petite communauté en deux « gens » compétitifs et complémentaires afin de garder les motivations et l’aspiration vers le meilleur et se réunir impérativement devant un danger extérieur, dans la fusion des connaissances et savoirs dans la vie de touts les jours, dans le temps, les mouvements, le climat et la matière, dans l’assimilation des valeurs et techniques acquises et importées par les caravaniers, dans la simplicité déconcertante du culte et rituel et la proximité de la création et du créateur, dans la vénération de la source « Aïn El Frass » et la gestion sacrée, juste et précise de l’eau, Ô combien précieuse au milieu du désert, dans la préservation de l’oasis pour les palmiers, les arbres fruitiers et les agrumes tout en contenant rigoureusement les constructions, dans l’humilité des gens, dans leurs habits amples et simples, dans leurs sourires retenus, dans leur sérieux des insulaires, dans la gastronomie et l’équilibre nutritif, dans l’accueil, dans les petites histoires, dans la timidité des blagues, dans les contes, dans la réalité ambiante… au fond des verres de thé à la mente, … j’ai perçu, la sagesse, la civilisation, l’éthique, l’esthétique artisanale, la chaleur humaine, l’intégration, l’authenticité, la crédibilité, l’équilibre et la paix, auprès des Ghadémsis. Dans la ville, hors de l’oasis, j’ai vu plusieurs groupes de femmes, dans les magasins à marchander des habits modernes et pendant qu’elles regardaient curieusement mon accoutrement « Wazra Akkaria avec un Kabbous rouge vif », j’ai eu la latitude de contempler les beaux traits de leurs visages et les regards pleins de confiance et de plénitude. Cette rencontre m’avait fait plaisir car c’était une preuve de l’émancipation de la femme dans ses valeurs locales et à sa façon, et de l’accompagnement actif de l’homme dans ses performances culturelles et sociales. En faussant compagnie au groupe, Boughmiga le néanderthalien, l’insaisissable que je suis, ai fait un tour en solitaire, à travers les bordures de la ville moderne encore en construction. Dans un kiosque à essence, j’ai rencontré un groupe de caravaniers en 4X4 faisant leurs derniers préparatifs pour la traversée du désert. En confirmant un pressentiment, j’ai constaté, qu’ils avaient un profil bas et effacé et parlaient un français que je n’ai pu identifier à travers les quelques mots que j’ai capté en les croisant en voiture sur la place du kiosque. Plus loin, sur un espace vide bordant un vallon, j’ai descendu de voiture, pour voir tout au fond un début d’agglomération bidonville avec de morceaux de zinc. J’ai tout de suit pensé aux pauvres émigrants clandestins de l’Afrique sub-saharienne, qui se hasardent plein nord à travers les mers de sable et les mers aux vagues mortelles, ainsi qu’à travers les obstacles humains des lois. J’ai souhaité me tromper, car le pays baigne dans l’opulence et un populisme africanophile. Le soir, après les cérémonies officielles et officieuses, le groupe, hommes et femmes, était invité dans une maison privé aux alentours de Ghadamès, à quelques kilomètres vers le nord. Le salon était long et haut, au tour du mur, des coussins et matelas multicolores sur lesquels nous nous sommes familièrement affalés. Au milieu, des plats de sucreries, gâteaux, dattes et des confections locales de petits pains au piment. Prés de la porte pour dissiper la fumée, un grand homme au kéfié noir à antenne, s’affairait avec l’attirail de thé avec des gestes précis et engagés. L’ambiance était agréable et conviviale, après un diner aux chandelles succulent, malgré son incompatibilité éthique avec un plein Sahara, et cette escale était plus conforme à nos besoins et habitudes culturelles. Comme il se doit, la discussion commença par l’échange de poésie ponctuée par des argumentations amicales sur les fameux classiques de la culture arabe. C’est alors, qu’il entra, ordinaire, insignifiant, en habits traditionnels, salua légèrement et s’installa à coté du maitre du thé. Doucement, il sortit son luth « oud » de son étui en toile, et après quelques balbutiements vocales et sonores, il nous prit doucement vers le ciel, entre les dunes, à onduler au gré de la musique, loin des hommes et leurs futilités, au dessus des « langues », au dessus des frontières et des barrières artificielles. Il chanta Libyen, puis Tunisien et Algérien, et confirma l’universalité de Ghadamès et sa culture, et nous accrocha pour toujours, à sa sagesse et son humanité, par cette symphonie de la vie, dont les notes ont été fredonnés sur les dos des chameaux dans touts les sens, pendant des siècles. Lihidheb mohsen Eco artiste Zarzis Tunisie 11.02.09

Boughmiga, à Derj et Sinawen.

. En partant de Nalout en direction du Far-west-Libyen, c'est encore la montagne, quelques végétations ça et là, et des petits arbustes régressent avec notre ruée vers Derj. Les rares troupeaux de moutons forment des taches blanchâtres dans la couleur monotone du paysage. Il y avait partout des travaux, abandonnés, en activité, des pipelines, des oléoducs, des camions géants faisant la navette transportent des "pipes" dans touts les sens, des engins s'affairaient à déconstruire le relief déterrant la chair de la terre. Perché sur la montagne, c'était le petit Ksar qui annonça la ville de Derj, entouré d'une petite muraille au centre duquel une stèle géante s'érige verticale et imposante et qui probablement, faisait fonction de tour de surveillance, pour annoncer les caravanes et voir à l'avance les éventuels assaillants. D'ailleurs l'association locale aurait prit le nom de cet édifice particulier. Le grand oasis de Derj, à la porte du Sahara, aux palmiers très verts et très hauts sur un sable blanc, fin et soyeux, qui retient la fraicheur dans ses moindres particules. Boughmiga s'est rappelé sa jeunesse dans la même ambiance dans les bras de l'oasis maritime de Souihel et les jeux sur ce même sable accueillant. A Derj, c'était la dernière journée du festival local, et le groupe en profita pleinement. Un jeune homme sec et brun, aux yeux pleins de vivacité et d'intelligence, exposait les manuscrits de ses ancêtres composés d'anciens testaments et divers documents écrits dans un beau style arabesque. Quand Boughmiga, ironique lui demanda de lui vendre cette mémoire, le jeune homme refuse dans un semblant de révolte. A l'intérieur de ce ksar de plaine, il y avait un musée immense sur plusieurs ghorfas aux deux étages, proposant des objets berbères, arabes, Touaregs...des charrues en bois, des ustensiles divers, des ornements sur bois, sur la poteries, des objets tressés, des calebasses peuls, des spécimens de céréales, des plantes médicinales, des techniques locales d'irrigation et subsistance, un chambre nuptiale décorée, attirante et donne de l'inspiration, un coin pour la circoncision de garçons avec tout son matériel et accessoires, des selles de Méhari, des moulins à main en pierre taillé...Toute la mémoire des anciens était là, vivante, palpitante dans les cœurs et les rêves des visiteurs, cette mémoire que porte encore les habitants locaux dans leur gestuel quotidien. L'authenticité et l'intégrité des Derji étaient manifestes dans cet oasis de paix et de quiétude. La constatation de plusieurs groupes de jeunes filles venant ou allant aux écoles, avait fait un très grand plaisir Boughmiga et donna à l'atmosphère un sentiment de convivialité et de justice sociale. Avec regret, nous quittâmes cet Oasis, pour entrer encore une fois entre les montagnes rocailleuses avec cette fois un petit lac salé encore humide. Quelques oueds asséchés, ponctuaient le parcours et la conduite doit être ralentie. A Matrass, un tout petit village sur la route, un ksar domine l'endroit, étrangement sans oasis cette fois, peut être serait il un poste pour soumettre les caravanes au péage et le contrôle. C'est à Sinawen, la dernière ville avant Ghadamés, que Boughmiga s'arrêta à l'entrée de l'oasis, prés d'un vieux ksar délabré où à travers les décombres, il put apprécier d'innombrables signes et symboles gravés sur les plafonds de ghorfas, les voutes et colonnes. De l'autre coté de la route, un petit paradis de palmiers sur lesquels des milliers d'oiseaux chantaient en même temps la symphonie de la vie et emplissaient l'endroit de joie et de bonheur. C'était l'un des meilleurs souvenirs de Boughmiga. En mettant la ceinture et la musique techno à fond, Boughmiga le néanderthalien, fonça en bolide vers l'ouest, et les montagnes et plateaux défilaient de droite et gauche comme dans un "Plein-désert-express". La route était presque droite et une sorte d'euphorie et de grandeurs le posséda et seuls quelques chameaux regardaient le passage de ce blitz. Boughmiga salua au passage la carcasse d'un chameau au bord de la route, certainement détrôné par les camions mastodontes, insensibles et exterminateurs. Lihidheb mohsen Eco artiste Zarzis 25.12.08 Lihidheb mohsen Eco-artiste sea memory collection 4170 Zarzis Tunisia Phone 0021698254426 Eco artiste Zarzis TN 22.12.08

Boughmiga, à Nalout.

A partir du poste frontalier de Dehiba-Ouazen, la route commence à monter entre les montagnes et les ravins vertigineux dans un paysage aride et jaune ocre, ponctué par de petits vallons de verdure où quelques oliviers attendent une pluie qui tarde pendant des années. Peu habitué à la hauteur, Boughmiga, conduisait difficilement mais sans le manifester. Le convoi s’arrêta au sommet de la montagne pour regarder toute la plaine du Djeffara au dessous, sur une distance de plusieurs dizaines de kilométres où les palmiers paraissaient comme des points insignifiants, les villes comme des taches blanches et les montagnes comme des mottes de terre. Nalut, une ville berbère arabisée, est un nid d’aigles, au sommet d’une falaise. Le plus ancien Ksar, en partie restauré, est un chef d’œuvre d’architecture traditionnelle, celle de la survie, de l’exploitation des espaces, celle qui joint le sécuritaire à l’utilitaire et surtout le confort relatif vis-à-vis du climat extrême. L’art y est aussi manifeste mais sans tapage et exhibition. L’accueil des gens était exemplaire et les débats étaient à la hauteur. Quelques approches, peu communes, émanaient de la spécificité de l’identité locale, comme le fait de parler aisément de la période post islamique ou la référence sans équivoque à la langue et la culture Amazigh. Ce qui était enrichissant et un plus incontestable à l’Islam et la culture Arabe. Bien sur, l’Amazighisme en vogue est parait-il manifeste chez les jeunes mais reste contenu par la sagesse millénaire de la région. Le déjeuner était un régal autours d’un couscous et les portions de viande étaient largement suffisantes, même pour un ogre comme Boughmiga. Les Dames qui nous accompagnaient, ont été dirigées vers un autre salon où elles prirent le repas, sans parvenir à joindre les femmes locales, ni celles qui firent la cuisine malgré une demande pour les remercier. Une société d’hommes, où peut-être comme à Zarzis, les femmes auraient un monde intérieur, exclusif et riche, squatté et délimité pour leur intra-émancipation et affirmation. Mais comment le savoir !! Envoyer un drone ou un robot interstellaire !! De toutes les façons, ce serait génial si elles ont leur propre monde, comme il se doit et défendent leur droit à la vie. Une visite au musée des dinosaures, placé dans une salle du croissant rouge local, nous a permis de constater la richesse de cette région en la matière. Tôt le matin, Boughmiga, se faufila dans les ruelles de l’ancienne ville afin d’assister en live au levé du soleil. Il faisait froid et le vertige l’obligeait à coller son dos à la muraille du ksar en poussant relativement fort vers l’arrière. Cet attouchement vital, lui permit de pressentir comment la vie s’animait en cet instant, les voyageurs, les chameaux, les fellahs, les esclaves, les cris des enfants, le cri des coqs, des ânes, les appels et les échos revenant de la vallée… le murmure de la source, loin en bas, dans le vallon, vers laquelle il y aurait un passage clandestin pour s’en approvisionner en cas de blocus ennemi. Enfin, la lumière annonça le soleil au dessus des courbes du plateau de montagne en forme nette de vagues et Boughmiga du détourner les yeux à cause de l’intensité des rayons, qui parait-il sont moins intenses lors d’un levé de soleil sur la mer. Le paysage était grandiose, les couleurs se mirent à se manifester et des ombres se dessiner, mais l’ambiance fictive et conviviale se dissipa et il du, trouver un autre moyen de communication avec ses ancêtres. Il compta cent soixante deux trous sur la roche constituant le forum social du Ksar, des trous creusés par le broyage des noyaux de dattes à l’usage des chameaux. Certainement, il n y avait pas autant de rigueur avec la femme et elle participait aux travaux journaliers et emplissait l’endroit par les commérages, les chants et la poésie. L’endroit surveillait toute la vallée et le mouvement des caravanes, des paysans et des guerriers comme sur un écran. En rentrant à l’hôtel pour le petit déjeuner, Boughmiga passa par le ksar et visita l’école coranique ou ce qu’il en resta et contempla les signes et symboles sur les murs. Il parait que le Ksar de Nalout, était autonome et pouvait s’auto suffire pour quelques mois grâce aux silos appropriés à toutes les denrées alimentaires, blé, orge, lentilles, figues seiches, dattes, les jarres encastrées pour l’huile et les citernes de récupération de l’eau de pluie. Avec la falaise, plusieurs barrages de toutes sortes protégeaient le ksar des éventuels assaillants. A partir de l’hôtel, le panorama du Ksar était aussi unique et sur la terrasse, Boughmiga, offrit aux Nalouti, une tête de dauphin et une tête de tortue, en guise de symbole de la sagesse de la mer et une invitation au respect de la nature et du vivant ( !). La visite était très réussi et les échanges d’idées étaient fructueux et promettant entre les associatifs du Sud Tunisiens et les intellectuels locaux, pour un monde meilleur. Lihidheb mohsen

jeudi 15 janvier 2015

Un Bazar dans la mémoire.

Depuis les années soixante dix du siècle dernier, les coopérants Européens et Yankee, affectés à Zarzis, tout en ayant greffé notre savoir, ce qui mérite notre reconnaissance et nos égards, avaient aussi nettoyé les tiroirs historiques du terroir…et entre l’infamie et la gloire, l’envie et le devoir, la mise en relief et l’imposture, il va falloir laisser à chacun le droit d’expliciter ses déboires et justifier son vol à l’arraché, au vu de notre regard et au su de notre mémoire. En effet, au début, certains de nos professeurs, coopérants européens…, qui, malgré leurs performances pédagogiques et académiques, demandaient aussi des taches extra scolaires, dont certaines étaient innocentes comme avec les jeunes Américains qui se limitaient à se faire inviter pour un couscous chez touts les parents des élèves, pendant que pour les autres c’était, fournir des grenouilles aux canards de Monsieur G…ou lui apporter des pièces Romaines anciennes du site de Zien…comme l’avait revendiqué aussi Monsieur D…., et ce, en contrepartie de notes de bonne conduite. Plusieurs élèves subirent ce dictat et cet arbitraire, coincés entre le devoir d’obéissance, la note scolaire qui fixait le destin de chacun et l’angoisse de la punition scolaire et parentale en cas de protestation. Seul, un prof d’Anglais Palestinien, s’était révolté en nous incitant à mettre fin à ces pratiques incongrues et dégradantes. Depuis cette période, le site de Zien, a subit des compagnes journalières de collectes de pièces de monnaies anciennes et les gens, y compris des touristes, y allaient en groupes, en calèches, à bicyclettes, comme pour aller à la collecte des olives. Des expéditions, entre élèves et professeurs, se faisaient aussi pendant les weekends, vers les sites historiques de Bouhamed, sans pour autant avoir quelque chose avec les programmes scolaires, les sorties au titre des sciences naturelles ou la sauvegarde du patrimoine universel. Pour l’information, ce site Romain, Zien, Zitha, malgré ses vestiges enfouis dans le sable sous des monticules d’une dizaines de mètres, avait fourni aux « chasseurs-cueilleurs » du patrimoine au moins vingt milles pièces anciennes, dont certaines, d’après de témoins vivant sur place, auraient été en or. Cette numismatique était disponible uniquement, sur un espace de terrain ne dépassant pas les cinq cents mètres carrés, complètement ratissé, de fond en comble, au point que sur la trentaine de mes visites au site, pour sauver ce qui pouvait l’être encore à la surface, je ne suis tombé que sur deux pauvres petites monnaies délavées. Il parait que c’était une sorte de banque de dépôt, concentrant les recettes de la vente du vin et de l’huile d’olive aux caboteurs. Ainsi, en plus des sculptures et des statues enlevées par le protectorat au site, voilà encore, les restes de cette activité humaine qui se sont volatilisées et dispersées dans le monde, sans que personne ne prenne la peine de les référer au patrimoine de Zarzis ou en donner une lecture historique édifiante. C’était dans cet état d’esprit, que la rage au cœur, j’ai entrepris d’essayer de sauver ce qui pouvait l’être encore dans le sud Tunisien, des destructions humaines, des labours, de l’urbanisation, des touristes, des curieux, des amateurs et des pirates….et après cinq ans de « full action », je suis très satisfait des mes constats, surtout quand, dans certains endroits, j’avais devancés de justesse, les bulldozers et les destructeurs terrassiers niveleurs. Des constats, qui permirent l’identification de deux cents sites et stations dont la moitié, peuvent faire l’objet d’un musée chacune, par l’excellence et la richesse lithique de la préhistoire dans la région. Un travail personnel, passionnel et sincère, qui avait permis aussi à une chercheuse du patrimoine national, de confirmer et situer certains de ces sites et stations préhistoriques. A partir d’une autre perspective, quand le carburant était abordable et je me permettais d’aller au marché de Médenine, pour un bain de foule et acheter ce que je pouvais en produits anciens pour mon « musée », cet espace éco artistique, mis en quarantaine par les dictatures et en cinquantaine par ceux qui suivirent. Il m’arrivait donc de faire des détours dans les Ghorfa des Ksars centenaires de Médenine et visitais les Bazars touristiques où je rachetais les belles pièces de silex à condition de m’en situer la provenance, pour faciliter une lecture éventuelle des mouvements de nos premiers ancêtres. En effet, dans les boutiques-Ghorfa, qui descendent dans la terre, pour en cueilleur la chaleur et la fraicheur selon la saison, j’ai découvert de véritables trésors, pendus au toit et déposés les uns contre les autres dans un tapis de mémoires, de couleurs, de lumières et d’art. Tout en marchandant les quelques pièces que j’avais choisi, sachant que je me ferais arnaquer de toutes les façons, j’ai profité de ces palabres pour puiser dans la mémoire du Bazar-man, digne des personnages des contes d’Aladin et des milles nuits…blanches. « Pour les têtes d’armures en silex, j’en ai vendu plusieurs centaines, surtout aux Italiens, qui en raffolent. Ces trouvailles me parvenaient des alentours immédiats et surtout des travailleurs au champ pétrolier d’El Borma dans le désert Tunisien prés de la frontière Algérienne. A des moments, il y avait aussi des marchands qui faisaient la porte à porte des Bazars de la région touristique, pour vendre en gros le silex taillé provenant du désert de Douz. Quelques fois, des pièces en or, parvenaient aussi d’une ville du sud, avec divers articles de dévotion antique et pierres précieuses. Les dernières années, j’ai pris l’habitude d’aller auprès des villages montagnards, pour fouiner chez les pauvres paysans, les restes des objets anciens, et ce n’est pas toujours facile et il me fallait souvent insister à plusieurs reprises. Cette partie des ksars, consacrée au tourisme, a été conçue et exploitée par les coopérants étrangers de l’après indépendance, qui s’y réunissaient chaque dimanche venant même de Gabés, Djerba et Zarzis, pour une sorte de foire d’échanges et d’acquisitions des pièces antiques. Le « commerce » était tel, au point d’avoir ouvert un café, pour couvrir ce trafic et se réunir dans la légalité. Paradoxalement, cette attitude controversée, avait servi à créer un petit pôle touristique, par l’activité hebdomadaire et par l’attrait du plus grand complexe Ksarien du monde. Voilà, j’y suis, j’y ai travaillé et fait fortune, mais je regrette beaucoup, certaines pièces uniques, vendus bêtement aux touristes. » A un moment, le Bazar-man, s’est aperçu de sons excès de franchise, surtout quand je l’amenais à parler des diverses facettes de son activité, mais, puisque je suis un bon client, surtout dans cette période de récession…on sympathisa allégrement, tout en navigant dans la mémoire du Bazar et le Bazar chaotique de notre mémoire. Lihidheb Mohsen éco artiste Zarzis 15.01.2015

vendredi 5 décembre 2014

El Ketf, la langue silencieuse.

C’était l’isthme sud contournant le lac d’El Bibane, une langue de terre longue de vingt cinq kilomètres et large de sept cents mètres en moyenne, que j’ai visité cette fois, pour la cinquième fois sur vingt années de passion avec la mer et la nature. Bien sur, chaque sortie était différente, à cause de ma propre évolution dans le constat et la valorisation des milieux naturels et historiques. C’est une dorsale linéaire, rocailleuse, à très faible végétation, ne comportant que quelques cabanes de pêcheurs et de bergers de plus en plus rares à cause de la sécheresse et le manque d’eau et de végétation, qui reste encore, de part sa situation géographique en poche isolée, sa propriété tribale collective et sa proximité de la frontière Libyenne, une zone sauvage, sauvegardée par l’absence d’activités humaines. A part les arbustes semi désertiques, il n y a presque plus d’herbes à cause du surpâturage dans ce milieu naturellement pauvre et il en va progressivement de même dans le lac et dans la mer, à cause de la surpêche et le piratage destructeur des chalutiers contrevenants. Après avoir parcouru une soixantaine de kilomètres, j’y suis parvenu avec le levé du soleil, pour découvrir pour la première fois, juste devant le port de pêche du même nom, un vestige romain à la portée des vagues de la haute marée, comportant une bassine à un mètre de hauteur pour le séchage du poisson et plusieurs traces de constructions tout autour, sur la terre pleine. Visiblement, c’était une station de salaison Punico-Romaine, à deux kilomètres à vol d’oiseau du site amphibie de Zoukhis, El Mdeyna à la pointe sud de Lac El Bibane. Principalement, ma sortie cette fois, avait plutôt, une tendance humanitaire, de constat et de compassion, surtout après l’accident tragique survenu à plusieurs émigrés clandestins, en majorité des Syriens, échoués au large d’El Ketf, et rejetés par la mer sur les plages de cet isthme… Je n’ai pas trouvé grands choses, à part quelques chaussures et un document personnel appartenant à l’un des naufragés, qui m’a laissé perplexe devant l’attitude à entreprendre. Informer ou ne point informer les relatifs des victimes, de leur infortune, est une équation difficile et un déchirement entre le comportement légal, moral et éthique…qui reste à trancher. Toutefois, j’ai toujours le réconfort du faux sentiment du devoir accompli, à travers mes protestations médiatiques et artistiques que je vulgarise ça et là, ainsi que mes participations aux manifestations de sensibilisation aux dangers de la « Harga », dans les écoles, les séminaires et les associations humanitaires quand l’occasion m’en est donnée. J’ai fait presque la moitié du bras de terre, en négligeant les cotes rocailleuse que je ne peux plus aborder à cause des risques d’accidents, surtout que cette fois, juste au début, en sautant d’un rocher à un autre, j’ai failli tomber dans une crevasse de trois mètres, quand j’ai retenu le bout de mon pantalon de mon pied qui devait sauter…sous l’autre pied tremplin et ce n’était que grâce à la déchirure du tissu du pantalon que mon saut à été libéré et effectué. Ouf, c’était juste, car une chute la tête première dans un lieu aussi isolé et inhospitalier, aurait été fatale. La cote est constituée d’une vingtaine de petites baies ensablées, dont certaines sont utilisées pour abriter les petites barques des pêcheurs pauvres. J’ai continué donc sans démesure et avec mon sac de toile, il y avait aussi une bouteille d’eau et un bâton de berger, surtout quand je faisais en retour vers la voiture, la prospection du sol mitoyen et les risques des vipères et des chiens sauvages étaient réels. La nature historique de la région est complète, allant du paléolithique jusqu’au Romain, avec une absence manifeste du néolithique. A même la plage, les vagues avaient aussi découvert les dunes, pour montrer les restes de constructions et installations utilitaires anciennes, dont l’un, avait été aveuglé bêtement par le dépôt de déchets urbains, de poterie moderne et de bris de verres….on ne pouvait pas faire mieux pour défigurer une station historique. La journée était relativement froide et le ciel couvert de nuages, ce qui ne facilitait pas mes recherches de silex par l’absence de la réflexion de la lumière sur les lames lisses. Entre temps, j’ai entrevu un troupeau de moutons, sans berger, en train de se diriger vers le sud, en broutant les rares bougeons des buissons. Un âne dont les pieds étaient liés par des cordes afin de limiter ses déplacements, m’avait surpris par ses braiements, dressant ses longues oreilles devant cet intrus, qui ne cadre pas avec le mouvement habituel des humains dans cet endroit. J’ai déjeuné en marchant, mâchant du pain et du fromage, mais vers une heure et de demi de l’après midi, j’ai senti le besoin d’une petite sieste, qui prit une bonne heure, dans la voiture, les pieds sur le tableau de bord, sous les bruits du vent et des vagues et ne fut réveiller que par mes renflements de quiétude et d’acceptation. C’était le début de décembre et je portais encore des manches courtes, car la pluie et le froid, se font encore attendre avec des après midi trop courts rapprochant rapidement le soleil vers la colline. Soudain j’ai entendu des cris à très haute voix « Hay hay hay…Yahoh Yahoh Yahoh…Héhéhéhéhéhéhé…Youyouyouyouyou…Lalalalalalalalalalay…Drrrrrrrrrrrrrrr…. », et vu sur la colline, un homme sur une ânesse suivi par son petit trottinant à quelques mètres en arrière… Le berger, tout en criant, gesticulait avec un long bâton dans la main pendant qu’il tenait la bride de l’animal de l’autre. Il était à trois cents mètres de moi au moins et criait très fort sans discontinuer et je compris qu’il pressait le troupeau, qui avait fait trois heures de broutage vers le sud, de reprendre la direction du nord et revenir à l’étable et il lui suffisait de les diriger pour que les bêtes continuent toutes seules le reste du parcours. Plus loin, vers le nord, où je me suis déplacé avec la voiture pour longer la cote toujours parallèle à la colline, le berger m’avait encore rattrapé, sur sa monture et son petit, à zigzaguer sur le sommet en silhouettes pittoresques qui quelques fois se réduisaient derrière la dorsale… Pendant un bon moment, j’ai observé ce spectacle grandiose, où, l’homme, la bête, la nature et sa morphologie, font et refont les mouvements de la vie…et peut être de leur coté, comme je les ai vu, ils m’auraient aussi considéré d’un autre angle, le leur, en intrus, forcément moins glorieux et encore moins intégré dans cet environnement naturel. Le soleil déclinait rapidement et la fatigue me prenait aussi, car une journée entière de marche passionnée pour un homme de soixante ans, est une épreuve et une grande satisfaction. Pour rentrer j’ai eu l’idée de couper par un raccourci, du coté du site d’El Mdayna, et entrevu de loin une voiture qui montait à travers la colline et accéléré pour la rattraper. Il faut bien avoir un repère car il m’est déjà arrivé un ensablement dans cette région et il a fallut que mes collègues de travail de Bengardane organisent une expédition à ma rescousse. La route de l’autre coté de la colline était très ensablée mais la descente facilitait le passage sans problèmes. La voiture légère avait disparu dans la nature, mais juste avant le lac salé entourant El Mdayna, j’ai dépassé un camion frigo à l’arrêt et me suis arrêté pour attendre un accompagnement ou un renseignement au moins. Il n y avait personne autours de la voiture et quand j’ai considéré le passage seul, j’ai vu que l’eau submergeait la lagune et hésita à plusieurs reprises à longer la colline de son intérieur. Assez loin, j’ai vu la hutte d’un berger et quelques branchage et entre celle-ci et la voiture, j’ai vu une ombre qui se déplaçait voir la voiture frigo en arrêt. C’était un vieux, au visage tanné par le soleil et la dureté de la vie, qui me confirma l’absence de route sèche et m’invita de le suivre à travers l’immense surface d’eau…ce que j’ai décliné sagement. Admiratif, reconnaissant et légèrement anxieux, devant la bravoure de cet homme et ses semblables, qui se battent au jour le jour contre la nature et les conjonctures pour survivre, en contournant les lois, les eaux et obstacles, je dus revenir pour escalader la route ensablé de la colline en mettant à fond la musique de la voiture et redécouvrir enfin la mer, immense, indifférente, sournoise… Juste au point de mon arrivée le matin sur El Ketf, prés du Port, j’ai entrevu un berger que j’ai interpellé croyant que c’était Amor, celui que je connaissais il ya quelques années. Après les salutations usuelles, il m’informa de l’infortune de mon ami, qui suite à une morsure de vipère, est resté quelques mois au lit entre la vie et la mort, et de ce fait changea de pâturage dans un endroit plus clément et moins sauvage. Vipère… !!! Et moi qui trainait aveuglement entre les buissons, insouciant et confiant… mais je sais que la Baraka des « Ness Mlehh » est avec moi et les bêtes respectent Boughmiga le « Fakir » en Dieu, et il le leur rend bien, sage, sincère et respectueux. Lihidheb Mohsen Eco artiste Zarzis 03.12.2014

samedi 8 novembre 2014

Ogla Zarzis

Juste au tiers nord de l'oasis maritime de Souihel, un littoral de douze kilomètres encastré en longueur parallèle par la mer du coté Est et la colline de 45 mètres du coté Ouest...si situe Ogla, une continuité de maisons rurales entre les palmiers rescapés, une dénomination purement géographique qui veut dire la cachette en arabe...et que l'on peut trouver dans plusieurs endroits. Cette colline rocailleuse, avait aussi cueilli l'homme préhistorique dans les quelques grottes naturelles, surtout au niveau de l'embouchure du canyon Saguit Sola. L'endroit était inhospitalier même pour les romains qui préféraient les mers calmes pour leurs embarcations à fonds plats, car la mer de Souihel est houleuse et comporte plusieurs courants marins curieusement en continuité et en adéquation thermique avec les Oueds. Bien sur, Boughmiga, avait parcouru les espaces et les sites de Lella Meriem, Hinchir Kalakh, Sguit Sola, Hichir Rawan, constituent une périphérie historique assez importante. Mais dernièrement lors d'un chantier d'excavation de canalisations, un tunnel creusé de mains d'hommes était découvert sous la route à Morhal Hbit, juste au pic de la colline-falaise...et comme toujours les associatifs du patrimoine et moi, sommes arrivés trop tard car l'entrepreneur qui craignait le retardement de ses travaux, avait tout enseveli, sans même prendre de photos. Habitué à ces attitudes peu civique, j'ai demandé des compléments d'informations à un brave homme de l'endroit, qui avait confirmé sa connaissance depuis longtemps de l'existence de ses couloirs souterrains. D’après lui, à droite et à gauche de la route qui descend de la colline vers la mer, il y avait deux grottes préhistoriques, à partir desquelles, partent deux passages souterrains vers le plateau pour se rencontrer en forme de Y, à une cinquantaine de mètres et continuer en un seul couloir sous terrain vers on ne sait où. Le Brave homme déclare qu'il y avait sur la grotte de gauche des traces de fours, de brulis, et des traces de constructions anciennes, effacés par les constructions abusives et illégales. Toutefois, il se félicite du fait que l'endroit par où passe l'un des couloirs, a été acquis pour la construction d'une mosquée, et il y a encore des chances de le répertorier officiellement. Encore un témoignage majeur du passage, de l'homme primitif, ingénieux, prudent et visionnaire, par le village même de Boughmiga cette fois. Lihidheb Mohsen