samedi 21 juin 2014

Bengardane, fête le patrimoine.

C’était un peu par hasard, que la relation culturelle s’est établie avec cette ville frontalière…lors de nos visites, mon ami Marino et moi, pour réparer sa voiture et puisque cette tâche demandait chaque fois un peu de temps, j’ai eu l’idée d’entreprendre la réalisation d’un documentaire, comme nous étions en train de le faire pour Zarzis, dans le domaine du patrimoine artisanal et les techniques locales…Oui, nous avons eu beaucoup de contacts, avec des jeunes, des vieux, des notables, des élus, des intello, de vieux scribes, des artisans résistants bon gré malgré…pour enfin constater …que la ville est extraordinairement authentique et intègre…entre le conservatisme statique et la fidélité aux sources pour une éventuelle progression durable dans le mouvement humain universel. D’ailleurs plusieurs personnes étaient conscientes de ce diagnostic et souhaitent une décrispation des approches pour une dynamique sociale vivante permettant la communication et l’assimilation des intrusions du sud et du nord. C’est ainsi que nous avons pris quelques séquences, pour le film documentaire, afin de permettre une lecture, juste, réelle et équitable de la région, sans tomber dans le voyeurisme, l’exhibition ou les jugements de valeurs. Bien sur, comme dans toutes les villes frontalières du monde, le commerce parallèle et un certain libre échange, prédominent, au point de former une économie intérieure, avec ses lois, ses règles, ses limites, ses barons et son éthique locale. Une situation, qui avait toujours préoccupé Boughmiga, qui avait proposé depuis une dizaine d’années, de la rationaliser et l’intégrer dans les activités réglementaires, ne serait que pour la légitimité de fait, sa pérennité et surtout l’absence de solution radicale et juste. Puisque notre initiative, Marino et moi, était purement humaine, culturelle et solidaire, nous n’avions pas d’autorisation pour le tournage à part l’accord de principe du Secrétaire général de la Commune de Bengardane, nous avons alors évité la Choucha, le port d’El Ketf, le site historique de Mdayna, pour nous rabattre sur le site « profané » de Nfidhett Mohra sur la route de Médenine. Un site que Boughmiga avait « découvert » et annoncé aux officiels du patrimoine il y a deux années et voila qu’il vient de constater qu’il a été encore une fois fouillé anarchiquement par les pirates du patrimoine, qui n’hésitent pas à tout casser pour parvenir à un trésor qui n’existe que dans leur imagination. Mais comme partout, avec la prédominance d’une mentalité agressive envers des sites peu défendus…les fouilleurs du dimanche, ont les mains libres et les dos couvert par l’impunité. Il faut aussi reconnaitre que le grand site Préhistorique, Punique et Romain…amphibie de Mdayna, avait aussi subit une cratérisation lunaire d’excavation de tout monticule, tout au long de cette dernière décennie de piratage structuré. Néanmoins, il en ressort quand même, que la région de Bengardane, a un patrimoine riche et diversifié, couvrant toutes les périodes de l’histoire humaine. Nebch Eddhib, Neffatia, Sidi Toui, Wahmia, Nfidhett Mohra, Magroun, Choucha, Lakouach, El Gounna, Mdayna, Bougarnine, El Marsa, El Ketf…que Boughmiga avait constaté et parcouru, « corps à corps », avec passion et rigueur anthropologique. Ainsi, au cours de notre navette entre Zarzis et Bengardane, l’idée de participer aux festivités culturelles à l’occasion du mois du patrimoine est née, et nous avons contribué par une exposition dans la grande salle de la maison de culture, composée d’une quarantaine de tableaux comprenant des photos et textes au sujet du patrimoine et l’histoire du désert Tunisien. Une participation qui avait beaucoup intéressé les élèves, les étudiants et les visiteurs. Nous avons eu aussi un très grand plaisir à assister aux spectacles en plein air des troupes folkloriques locales, de Libye, d’Algérie…ainsi que les démonstrations et performances, des cavaliers acrobates, des chevaux savants…au milieu d’une foule compacte de femmes et d’enfants enthousiasmée. Un peu vexé par la panne de son appareil photo, Boughmiga reprit vite du plaisir quand les braves de l’association des sourds muets locale, avaient entrepris de mimer par les gestes et les mouvements, l’hymne national Tunisien et surtout le verset principal du saint Coran la « Fatiha » dans un entrain de patriotisme, de piété, de dévotion et de sagesse. Bien sur, ce témoignage brut, des nos enfants cloitrés dans le silence, au dessus des flux et reflux des verbiages et de la médiocrité…était tout simplement merveilleux, sublime et agréablement mystique. Ainsi, Bengardane, avec sa population bien ancrée dans ses valeurs sociales, sujette au glissement en avant du mercantilisme immédiat, assagit par les vagues galopantes des enjeux géo stratégiques et les calculs à vue d’œil des politiques…est foncièrement, capable de résister, de se réaliser et de se consacrer à son parcours de sagesse et d’éthique ancestrale. Lihidheb Mohsen éco artiste 25.05.2014

jeudi 19 juin 2014

Musée agricole et historique dans la ferme de Gauffreteau !!!!!

Ni Google, ni Yahoo, ne pourrons traduire ce texte de Boughmiga, en un seul trait, sans brouillon, sans la moindre faute, sans rature.....seulement parce qu'il y croyait, ce projet de musée écologique, agricole, colonial, historique.....et que la décadence, la routine, la rétention, avaient fini de faire obstruction au fougue et l'élan de Boughmiga. Toutefois, l'idée est encore là, à la portée des amoureux de ce pays et de son histoire.

mardi 22 avril 2014

Medenine paradise

Cette année, le sirocco a commencé tôt, dans l’Oued de Médenine, transformé en place de marché hebdomadaire…à cause du manque de pluies et de la proximité du désert… Un marché super plein d’arabes, berbères, des blancs, des bruns et des noirs…une mosaïque multicolore de gens, de produits, d’activités, d’animaux et bestioles, de grains et de légumes, de poissons séchés et colliers de figues…autour des centaines de Ghorfa légendaires…les Ksars d’autrefois, hélas…Un marché dans un grand Oued, comme si dans les villes du nord, un souk dans une rivière, mais de toutes les manières, des crus il n y en a guère et même les cours d’eaux sont rares. Cette ville administrative, qui suppléa progressivement Métameur, a une histoire très riche, sur toutes les périodes de l’activité humaine, avec des sites de Chichma, Maydher, Tejra, Souitir, Hassi Amor…pour le paléolithique et Gyktiss, Essnam, Gtaayet echih, Green, Nabch Edhib,…pour le Romain. Sans négliger le rôle fédérateur des ksars aux milles Ghorfa au médiéval, et qui avait aussi servit en école coranique, véritable tremplin pour des études ultérieurs à des centaines de jeunes locaux, entretenus par la bienfaisance et la solidarité populaire. La longueur et la diversité de ce marché est aussi très attrayante et permet de grandes marches à la lèche-brocantes à zigzaguer de droite à gauche entre les stands en repérant les attroupements autour des produits étrangers ou les Toubibs traditionnels…ce qui me permettait de marcher pendant des heures sans la moindre fatigue ni la moindre monotonie. Pendant que je demandais à un jeune noir, un de nos ambassadeurs en France, le prix d’un escarbot…j’ai sursauté à l’oui d’un bruit venant de ma droite et pendant que je m’assurais de son origine, le jeune homme m’avait confirmé que c’était le croassement de grenouilles. Tout en lui disant, que je cherchais ce bruit vainement depuis trente ans au moins, j’ai commencé à chercher les batraciens dans l’eau qui jaillissait au milieu de l’oued et qui pourrait être aussi un rejet de d’eaux usagers…avec mon appareil photo à la main, sans que je puisse les trouver. Des femmes et des enfants, regardaient avec interrogation, ce vieillard à la chéchia rouge, en train de sautiller entre les flaques d’eau, avec patience et application…sans le courage d’en demander la cause. J’étais très déçu par ce désappointement, cette fausse alerte, ce faux rendez vous, avec les cris de vie des grenouilles, que j’attendais depuis toujours et pour toujours. Plus loin, je suis tombé sur un vendeur de livres usagers et parait-il, comme partout dans notre bled, ce commerce est le moins florissant si on excepte les livres scolaires proposés dans une sorte d’échanges équitables formidables. Je lui ai donc acheté un bon paquet pour quelques dinars il était heureux, car dans les temps qui courent, rares sont les polyglottes et passionnés de lecture. Un petit dictionnaire, Hugo, Corneille, Racine, Tahaa Hcine, Anthropogéographie en Allemand, une dissertation sur la poésie arabe…je ne pouvais trouver mieux. Tout en évitant les égorgeurs de poules grasses et sur alimentées…j’ai visité le marché de la volaille, des lapins, des pigeons, des Goundis… proposés par des paysannes endurcies par le soleil et la dureté de la vie…j’ai félicité certaines d’entre elles qui fournissaient de l’eau pour leurs animaux dans les petites cages et incita les autres à plus d’humanité surtout dans un climat aussi chaud et torride. Comme pour hérisson que j’avais acheté de ce même Souk pour le libérer, j’ai symboliquement marchandé avec un jeune sourd-muet pour l’acquisition de trois tortues qu’il étalait par terre au milieu d’enfants curieux…dont l’un m’avait aidé à les transporter jusqu’à ma voiture. Une autre migration animale amicale vers le littoral, ce que j’avais fait aussi pour des coqs et des poules sans le moindre sentiment de gain ou de profits, si ce n’est un accompagnement et une relation de partage des choses de la vie. Puisque à dix heures, il fallait que j’assiste au congrès de la LTDH locale, dont je suis un nouveau membre, malgré ma longue histoire avec le militantisme humanitaire et autre, je suis allé dans les ruelles ascendantes de l’immense Ksar, entre les étalages de légumes, de fruits, de produits utilitaires traditionnels, à la recherche d’un cordonnier pour remettre en acceptabilité mes chaussures achetées aux fripes il y a dix mois. Taciturne, mais cordial, l’artisan me fit asseoir sur un grand filtre à huile qui aurait servi à un très grand engin…et commença à coudre à la main les endroits usés et badigeonna la paire avec un produit revigorant au cuir. En redescendant la vieille ville, j’ai passé voir un ancien ami vendeur de charbon, qui me fit une dissertation sur les avantages et les inconvénients des différents bois utilisés pour faire du charbon et que le bois d’olivier, reste le meilleur malgré les retombés de déboisage que cet arbre sacré risque. Au congrès, comme toujours, au milieu des segmentations usuelles et durables, le corporatisme des partis politiques, des corps de métiers et des régions…je suis passé presque inaperçu malgré ma chéchia rouge et ma corpulence…sans que ça ne me dérange le moins du monde, à cause de mon positionnement en franc tireur, impartial et militant global insaisissable. Toutefois, la nouvelle équipe d’humanitaires, aura certainement, du pain sur la planche, du grain pour le moulin et des rivières de problèmes à gérer sur les frontières. A cause de la chaleur que mes petites bêtes, mes nouvelles amies, les tortues, subissaient dans le coffre de ma voiture, j’ai dû écourter ma participation malgré le désir de participer aux discussions et repartis vers Zarzis, sur un fond de musique et de jubilation pour mes compagnons amphibies. Lihidheb mohsen éco artiste Médenine le 20.04.2014

mardi 25 mars 2014

El Ghrabate,

Ghrabatt …entre Boughrara et Guerguebia Tout en traquant une information selon laquelle l’une des écoles de la région aurait une collection de silex recueilli aux environs, une traque sans succès et sans la moindre piste, c’était des gens que je prenais en stop, en allant aux marchés traditionnels de Médenine le dimanche et Hassi amor le mardi, qui m’avaient signalé l’existence de Hinchir Ghrabatt, à quelques kilomètres au sud ouest de la bourgade du même nom et ce malgré mes maintes sorties autour de cette région dont je connais la plupart de ses sites préhistoriques, Drablia, Ariguett, Oued Bouhamed, Maydher, Nabch edhib, Hassi soltane, Guerguebia… J’ai foncé donc dans cette direction sur une piste brouillée, ensablée, rocailleuse quelques fois, en spirale, traversant les oliveraies, les terres laissées pour le pâturage, montant et remontant des dunes de sable abordables pour ma petite voiture grâce à une pluie gracieuse survenue il y a deux jours. Sous les yeux intrigués des bergères, à qui je ne pouvais demander de renseignement à cause de la difficulté de leur approche et leur opacité vestimentaire, pour se protéger du soleil et des intempéries, dans un paysage aussi découvert. Ce qui me poussa à aller encore plus en avant malgré la hauteur des dunes qui faisaient barrage à la piste et la perte graduelle de celle-ci dans les champs d’oliviers infinis. Après trente minutes de volant, chahutant mais aussi amusé par le calme et l’espoir de la découverte…sans parvenir à situer le Hinchir Ghrabatt…je me suis arrêté pour monter au dessus d’une très grande dune pour prospecter les alentours et me situer…mais le paysage était uniforme et il n y avait que des oliviers à perte de vue et sans le moindre sailli de terre qui ressemble à un Hinchir. J’ai alors décidé de rebrousser chemin mais comme je ne rentre jamais sur le même parcours, j’ai pris un semblant de piste se dirigeant vers le nord et qui s’est avérée très longue et difficile. A un moment il m’a fallu traverser un oued encore en cru, ce qui est très rare dans ces régions, et dus manœuvrer soigneusement pour remonter vers l’autre berge de l’un des alluvions de Oued Bouhamed. Là, sachant par expérience que les abords des oued, avaient été des lieux de repos et d’activité humaine préhistorique, j’ai prospecté immédiatement ce endroit, sous les aboiements des chiens d’une « Nezla » lointaine…et pu constaté qu’effectivement mon premier ancêtre est passé par là, pendant le paléolithique inférieur à cause des éclats de silex, les pierres taillées et le peu de brulis…pendant que la stratigraphie de surface n’a révélé qu’un cumul insignifiant de passages à travers deux lamelles et un trapèze manifestement laissés par des néolithiques en déplacement. Toutefois, je devrais encore revenir pour élargir mon espace d’investigation et terminer la lecture de cette zone qui m’a échappé durant mes années de liaison intime avec la région de El Ghrabatte et sa région. Comme pour toutes les stations et sites préhistoriques du sud, j’ai réussi à tresser des relations vivantes et fructueuses grâce à « l’humanité » de mon approche et l’intégration de mes mouvements et chaque fois que je rentrais d’un périple vers Médenine, je ménageais le temps pour passer et caresser du regard, les restes sonnants et trébuchants de mes aïeux. Une fois, juste au début, quand je commençais à évaluer la qualité de l’endroit, j’ai arrêté ma voiture sur la route vers Zarzis, et alla en ligne droite perpendiculairement vers le sud, à travers les oliviers et dans les labours, daga daga, regardant seulement devant moi, daga daga, dans un appel irrésistible et une attraction magnétique et télépathique…jusqu’au moment où je me suis penché et cueilli un grand et long silex d’une dizaine de centimètres en forme à la fois de lame, poignard, grattoir, …et revint sur mes pas vers la voiture avec cette offrande et cette victoire sur le conditionnement des instincts et des réflexes et comblé par ce rendez-vous historique à travers les âges et les brassages. Toutefois, je peux confirmer que toute la région de Ghrabatt est très riche en restes paléolithiques et quelques stations néolithiques vers l’embouchure d’Oued Bouhamed et sur le lagon de Khallfallah. Par la même occasion un hommage particulier est adressé aux habitants de cette ville naissante et sa région, qui n’avaient pas hésité à participer par l’information et l’encouragement. Lihidheb mohsen éco artiste Zarzis 25.03.2014

mercredi 5 février 2014

Rsifett...toujours en fête.

Rsifett, comme son nom l’indique en arabe, les quais, the docks, banchine, hafen…est un petit village très ancien au bord sud du bassin marin de Boughrara et les terres de Zarzis, sur la route Djerba Médenine reliant El Kantara à Khallfallah… Avec un petit port pour l’activité de pêche dans ce bassin presque fermé par la chaussée romaine et le détroit d’Ajim et légitimé par des quais ancestraux, maintenant recouverts par la mer, remontant au moins à la période punique, Rsifett, se situe en plein milieu entre Gyktiss, Meninx et Ziane, ce qui explique les traces du port cité et d’autres plus à l’est, à Khsim, qui aurait servi comme jardin potager pour le grand Meninx en face sur l’Ile des Lotophages. Avec une mer peu profonde, comme le préfère surtout les sites Romains pour leurs bateaux à fond plat, la côte reste très abordable, et tout en allant vers l’ouest, de grandes falaises vertigineuses s’érigent sur quelques kilomètres, pour s’atténuer et mourir dans le lac salé de Maiydher. Rsifete est un endroit fort agréable, encore vierge, avec peu de constructions, des oliviers, des buissons sauvages, des oiseaux voyageurs, des flamands roses, un couché de soleil sur fond marin magnifique, un petit oasis, de petits pêcheurs avec beaucoup de poissons que l’on peut bien déguster dans les quelques restaurants de la place renommés pour cette spécialité culinaire locale. En effet, plus que l’attrait panoramique, écologique et randonnier, ce sont les plats de daurades, de loups, de mérou, de calamars, de crevettes….qui avaient drainé les visiteurs, jeunes, vieux, en famille, en groupes scolaires et de touristes, qui rentrent toujours satisfaits et comblés. Surtout, quand un petit festival de divertissement, de folklore local et de fantasia, a été initié à Rsifett par un jeune homme et anima le village à plusieurs reprises, en présence de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, jouissant des représentations et dégustant les plats de poissons à prix très abordable. Rsifett, est aussi très riches par les oliveraies environnantes et par une histoire millénaire et plusieurs endroits préhistoriques ont été constatés par Boughmiga, où des silex taillés, des éclats d’œufs d’autruches, une tête d’armure, des meules…ont été trouvés. Ainsi, Rsifett, toujours en fête, reste un endroit d’accueil, d’amitié avec la nature et le bien être, surtout quand l’action mémoire de la mer et de l’homme, compte y installer, un espace éco artistique ouvert, pour la création et le recyclage artistique. Une initiative, qui participerait certainement à l’épanouissement de ce village, vers un produit touristique et culturel avant gardiste. Lihidheb mohsen éco artiste Zarzis 05.02.2014

lundi 23 décembre 2013

Boughmiga à Rjim Maatoug

Pendant que l’oasis de Douz se réveillait lentement, caressé par les rayons du soleil levant et les palmes dansantes, Sonia, Ahmed et moi, étions déjà sur la route vers Rjim Maatoug, profitant d’une journée consacrée à l’excursion des participants aux DDD vers les troglo de Matmata, pour aller de l’autre coté sur les traces des caravanes et connaitre notre frontière saharienne. Ahmed en tunique bleue de Touareg avec un ample pantalon, une chemise brodée et un turban de derviche savant, connaissait Sonia depuis sa visite de l’année dernière et aurait travaillé ensemble sur des sujets culturels et sociaux. Ainsi, bloquant le volant sur l’ouest, en donnant du lest à la vitesse de ma voiture qui avalait la route interminable à travers les lacs salés et les dunes, nous avions eu la chance d’avoir un climat agréable pendant la matinée. Sur plusieurs dizaines de kilomètres, rien, nada, nichts, nothing, welou…pas d’âme qui vive, seuls quelques voitures de routards enturbannés en blanc, en bons Mrazig, nous croisaient en trombe. Quelques fois des contrebandiers de carburant provenant de l’Algérie proche, faisaient le guet par des éclaireurs de part et d’autre pour assurer les passassions de bidons en livraison d’une voiture à l’autre. A un moment, j’ai invité mes compagnons à sortir de la route pour aller vérifier un endroit qu’on m’avait signalé pour le silex, mais nous n’avions trouvé que les traces douloureuses des bulldozers des compagnies pétrolières, qui avaient pelé la surface de la terre sans vergogne et sans laisser aucune chance à la faune et la flore souffrantes de ces contrées. Bien sur, cette randonnée était effective, ce n’était pas dans un film ou une fiction, mais du réel, palpable, assommant et une légère angoisse commençait à naitre, envahissante à travers le sentiment du vide, la solitude, l’absence totale de végétation et toute verticalité. Quand une enseigne indiqua Rjim Maatoug et un fil vert de palmiers pointa à l’horizon derrière les vagues de sable, la préoccupation du vide et du néant a été remplacé par celle aussi pesante des caprices des hommes, surtout quand cet endroit était réputé comme une sorte de bagne, lieu de déportation, un goulag, pour les néo-fellagas de la Tunisie des années soixante dix, des militants clandestins de « Perspectives » et « El Amel Ettounsi » y participèrent courageusement à la création de cette région, malgré l’oppression et la dureté du climat. Il n y avait pas beaucoup de bâtiments, une ou deux boutiques, un café, des casernements militaires et de la garde nationale, des lots bien tracés de maisonnettes à coté de chaque grand carré de palmiers pour les ouvriers-propriétaires-volontaires… Ces carrés de verdure de quelques centaines d’hectares chacune, étaient étendues sur vingt trois kilomètres avec des séparations en espaces vides de trois à quatre kilomètres. J’étais curieux de connaitre l’état des lieux sur le plan de la propreté, surtout quand c’est une nouvelle cité, sans héritage comportemental influant, j’ai pu constater que l’endroit était relativement propre, si ce n’était la petite déchèterie à coté de la lagune sur la route. Curieux d’aller jusqu’au bout de ces bulles de vie et voir ce qu’aurait été le fameux bagne de certains de mes amis, quand nous nous sommes trouvés nez à nez devant un barrage sécuritaire, gardés par des militaires armées et entouré de barbelées. En faisant des manœuvres pour rebrousser chemin, la sentinelle me somma de m’arrêter et pendant que nos papiers, mon appareil photo se faisaient vérifier, ma voiture fut fouiller de fond en comble et je fus dégouter quand l’agent m’interpella par le bout du canon de sa machine de la mort pour vérifier le contenu d’un sac plein d’outils en fer. Malgré mon respect à nos soldats, ma solidarité et ma compréhension de ce qu’ils endurent, je suis toujours dégouté par les armes et la violence en général et c’était pour cela que je me suis éloigné de la voiture pendant cette fouille qui ne m’est jamais arrivée. Au retour, vers Rjim Maatoug cité centre, nous fîmes une pause dans l’unique café, où tout le monde nous regardait avec curiosité surtout la belle Sonia, blanche, fraiche, belle, dynamique et qui peut valoir quelques millions de dollars chez nos voisins Touareg et Peuls du Hoggar. Toutefois, c’était agréable et quand j’ai donné un petit pourboire au serveur, il était très heureux. Tant mieux. Naturellement, en bon Boughmiga le néandertalien, qui se respecte, je n’étais pas accro à la consommation des dattes, ni branché sur les possibilités d’investissements ou la génération de profits quelconques….mais bien sur, mordu, malade, possédé, dépendant, passionné par ma préhistoire, et dare dare, sur tout le parcours de ce territoire et le fond du tiroir, je n’ai rien trouvé à mettre sous la dent, car toute la terre était couverte de sable. Ce n’était qu’à dix kilomètres en direction du retour, que j’ai arrêté la voiture net sous les regards interrogatifs des mes compagnons, quand j’ai remarqué aux abords de la route quelques étranges mottes de terre découvertes par le vent et un petit courant d’eau ayant servi pendant les années cinquante peut être. A l’assaut, avec Sonia et Ahmed, nous avons pu constater effectivement que l’endroit portait des traces préhistoriques de silex, bris d’œufs d’autruches et tessons de poterie primitive. J’étais aux anges par cette découverte en plein dans le but car quand on trouve des restes de passage humain sur le seul endroit découvert du sable, ça veut dire que toute la région est un grand site préhistorique à raison de cent pour cent. Bien sur les objets furent livrés à l’asso de Douz avec les détails et les données relatives. Plus loin, j’ai pris une piste au hasard, mais l’ensablement progressif de la route m’avait dissuadé et du revenir pour prendre une autre à gauche qui était plus sur le dur, une sorte de gypse granulé. Arrivé à une colline nous nous sommes dispersés pour prospecter le terrain, mais il n y avait rien et seul un monticule de sable en bas, avait attiré notre attention. C’était un petit forage, de trois mètres de profondeur avec assez d’eau pour créer un nouvel oasis et nous avons pensé que c’était pour cet effet, la vie dans le désert inhospitalier. Dans le monticule de sable, mordu de la terre par un tracteur à pelle, Ahmed et moi, avions recueillis de belles roses de sables en souvenir. Lors d’une troisième sortie hors de la route principale, dans une sorte de vallon entre des collines, nous avons rencontré un troupeau de chameaux, qui nous avaient accompagnés dans nos trois quart d’heure de marche agréable et éco amicale. Le vent commençait à former des tourbillons au dessus des dunes autour des lacs salés et juste avant El Faouar, nous sommes descendus de voiture pour aller vers une haie artificielle de palmes à quelques centaines de mètres de la route, pour admirer les trombes de sable pompées par le vent à volonté, dans un paysage de son, de sensation et de mouvement. Il fallait crier pour s’entendre et nous primes quelques photos de cette manifestation de la nature, qui ignore certainement l’existence des hommes aussi bien intentionnés soient ils. Deux semaines plus tard, je suis tombé en panne de roue sur la plage d’Ejdaria à Zarzis, et personne n’avait réussi à faire sortir la roue de secours de ma voiture, mon crique était rouillé, mes clés aussi, et tout était défectueux, mais pendant que tout le monde s’inquiétait et s’affairait, je rigolais, je rigolais, devant la chance inouïe, que cette panne ne m’est pas arrivé à Rjim Maatoug, surtout quand j’avais Sonia et Ahmed avec moi. Dieu merci, Hamdoulillah. Lihidheb Mohsen Eco artiste 15.11.2013

lundi 16 décembre 2013

Douz, El Faouar et les autres.

Profitant d’une accalmie et d’une trêve de la tempête furtive des projections consécutives et des bombardements de gros canons sur les écrans des journées du film documentaire DDD comme dromadaire…, mon ami m’a invité à me soustraire de mes confrères pour aller faire une visite à un endroit agressé par les trafiquants de sable, transformant un site historique en carrière à coups de bulldozers à cuillères. Naviguant dans la direction du soleil couchant, à travers un oasis dense, une sorte de jungle fraiche dans un désert de sable et de vide….un endroit sauvé de l’assèchement radical pour une abriter une vie animale et végétale féérique. La piste assez longue, traversée par les bosses des canaux d’irrigation qui passent en dessous, nous livra enfin sur une clairière où un monticule de terre dont les deux cinquièmes ont été bouffés par les camions, découvrant des murs encore debout, de bout en bout, du carottage de l’extraction criminelle. Des murs d’une grande construction ancienne remontant au moins à deux dizaines de siècles, résistant au temps dans les dunes hors de la portée de l’homme destructis…qui ne se soucie plus du patrimoine et des richesses millénaires de son bled. Sous les constructions, il y avait au moins trois strates épais de couches de terre brulée et de traces humaines….qui donneraient au site une ancienneté approximative de cinquante mille ans au moins. Des tas d’ossements jonchaient la place sur toute la hauteur des décombres et malgré l’obscurité envahissante, nous avons pu dégoter des morceaux de silex, un couvercle taillé de pierre tendre, des anses, des tessons, un os poli et des bris de monnaies. En effet, Tarfaya de Douz, ce monticule de terre rayonnant sur sa périphérie verte, résume l’histoire de l’humanité depuis toujours, depuis l’apprentissage à la maitrise du feu, jusqu’à la période des années soixante dix quand mon ami Hédi, se baignait dans les eaux de la source en se laissant glisser dans les canaux souterrains desservants les champs….et jusqu’à malheureusement, l’arrivée des machines du carnage et de l’anthropophagie sauvage de l’histoire. Entre temps, avec mes oreilles de Fennec, grâce aux palabres et salamalec, j’ai cru savoir que les monticules de sable que j’avais vu dans l’un des films projetés, se trouvent après la ville d’El Faouar en direction de Rjim Maatoug et très tôt le matin, j’ai traversé les dunes et les oasis, à grande vitesse avec un fond de musique tapageuse et euphorisante, comme il se doit pour un (re)conquistador des espaces meurtris par la déchéance du comportemental « moderne ». Il me fallait sortir de la route et prendre une piste sur un immense lac salé, et dans une sensation de vide et de flottement inquiet mais excitent et agréable, j’ai roulé quand même au niveau des géants camions pétroliers mastodontes que je doublais allégrement, comme un lièvre devant un éléphant. Malgré les signes amicaux mais interrogatifs des chauffeurs, j’avais froids au dos, par cette démesure des espaces, de la violence inhérente et en surface…. Sur place, au milieu de nulle part, les mottes de terre étaient les restes de dunes de sable géantes, que le vent avait soufflées et dont seules les parties intérieures compactés ont résisté. Sur le chemin du retour, j’étais surpris de voire deux silhouette de palmiers au milieu de ma route, que je n’avais pas constaté à l’aller, mais en m’approchant et voyant leur mouvement amplifiée par l’effet du mirage, j’ai réalisé que c’était des hommes, deux ouvriers du pétrole qui cherchent à joindre la route principale. Bien sur, je les avais pris en stop et l’un deux m’avait accompagné jusqu’aux alentours d’El Faouar, pour me livrer à un autre de ses connaissances afin d’acquérir des dattes pour mes enfants. Et de champs, en champs, à la recherche du bon, l’endroit était agréable et les gens très accueillants, au point de faire monter les ouvriers au palmier pour me servir des dattes Ennour gratuitement. J’ai beau juré pour payer, mais rien à faire, tant que je ne suis pas commerçant et c’est juste pour la consommation, c’est bon. En rentrant vers Douz, j’ai fait un raccourci pour me trouver perdu dans les ruelles sinieuses entre les murs de palmes et les canaux d’eau et ce n’était que grâce à deux enfants-ouvriers agricoles que j’avais pris en stop, que je suis sorti sur un village appelé El Golaa, la Forteresse, the Castle, der Schloss, El Castillo….où j’ai remarqué tout de suite un grand monticule en parti excavé au dessus duquel une belle mosquée domine l’oasis. Je me suis arrêté, et prospecta l’endroit qui avait les mêmes caractéristiques que Tarfaya de Douz, sauf qu’ici, l’endroit est investi par l’urbanisation. En plus des murs de constructions anciennes, des ossements épars, le silex, j’y ai trouvé un morceau de tesson de poterie portant une belle décoration noire. Plus tard, j’ai su qu’à quelques dizaines de mètres, il y avait au milieu des constructions modernes, des ruines romaines découvertes lors des travaux pour l’extension d’une route. Ainsi, El Golaa de Douz, comme Tarfaya de Douz, ont bien mérité leurs noms, de forteresses grandioses, sauvegardant le patrimoine commun de l’humanité. Lihidheb mohsen éco artiste 11.11.2013 (Douz Boughmiga Days 2)