mardi 13 décembre 2016

Ulyssus, à Zarzita.2

Le visage profond de Zarzis. Comme dans un film comique, la charrette tressautait sur la route rocailleuse de Ksar Zaouia et le cheval haletait de sa charge d’une quinzaine de personnes dont ceux qui sur le bord balançaient leurs pieds comme s’ils marchaient avec l’animal ou forçaient le mouvement du temps et hâter l’allure. Il fallait faire un peu attention aux pierres des enfants de chaque petite agglomération sur la route qui affirmaient leur présence par le droit sur la place. Il n’en était pas grand-chose quand on passait en groupe, mais en individuel, si on avait dit bonjour aux assis sur la route on attirait l’attention et si on ignorait et passait, ils l’avaient toujours pris pour une provocation. De toutes les façons ce n’était pas très méchants et ça se comprenait car chacun faisait de même devant chez lui. Ainsi il fallait traverser la route et pacifier avec les gaillards de houmt Dhwawi, houmt Maatig, houmt El Beyed, houmt Dharb el Beb, Houmt la fléche, houmt Sardouk qui était la plus réputée par ses exploits et ses histoires…pour parvenir à la ville. On était plutôt curieux de voir des jeunes juifs avec leurs montres, leurs peaux blanches et leur démarche bourgeoise et lutter contre l’envie d’en avoir une et voir comment ça fonctionnait. Entre la marge assez importante entre les classes et l’animosité culturelle inter ethnique contre les juifs, ce n’était pas les personnes qui auraient été visé mais l’aisance et les éléments du bien être qui prévalait. Tout en s’approchant de la ville, l’odeur appétissante de la kefta, du brik, des casses croutes et des ojja, emplissaient l’air et l’effet provocant était très fort pour des enfants de paysans pauvres. Un grand monsieur, El Zou, un ancien forçat déporté parait il et purgeant sa peine, tenait le local plein de clients attirés par les odeurs des arômes naturels et des grillades. Une petite brouette transportait des plateaux de gâteaux de semoule succulents dont la famille Zouawi seulement en détenait le secret de fabrication. Parvenu au fondouk Kardou, une sorte de petite auberge paysanne portant le nom d’un maltais parait il, la charrette s’arrêtait dans la cour fermée et ses occupant en descendaient en fixant un rendez vous approximatif d’une heure au même endroit. La station n’était pas très grande, quelques ghorfa à étage, un cordonnier en plein air, un scribe dans un petit local à la porte pour surveiller les entrées et sorties, faire le secrétaire au cheikh et écrire des lettres officielles ou privées aux analphabètes qui étaient la majorité des gens. Les notaires, aux signatures scarabesques, véritable caste sociale influente et sélective, occupaient d’autres endroits prés du tribunal ou sur sa route. Les produits les plus prisés et véhiculés dans les transactions étaient les grains et l’huile d’olives que l’on effectuait sur une grande Rahba, espace immense pour recueillir l’eau de pluie à la citerne juste derrière le fort à pont levis Husseinite. Avec le temps, ce monument défensif de plusieurs canons, était devenu malheureusement symbole de l’occupation et dans l’esprit des gens, une liste des morts pour la France, avait aidé à condamner à mort cet édifice et le détruire, pendant qu’il était plus ingénieux de d’enlever la liste en question. Avec cet argument discutable, il y avait aussi des soi disant insectes et reptiles qui proliféraient dans le Bordj et les cinq Ksars et qu’il fallait les détruire et en finir une fois pour toute avec l’occupation et ses souvenirs. Pour la gouverne et la mémoire, il ne faut pas oublier que les puits artésiens de Hmadi Guebli et ce qu’ils donnaient comme cultures de carottes, sorgho, luzerne, palmeraies…avaient été cimentés suite aux réclamations réitérés des gens à cause de la nuisance des moustiques…encore une affaire d’insectes, stupide. Pas loin de la poste, véritable tête de pont colonial, heureusement affranchie, il y avait le souk Edhlam, une longue ruelle couverture par les branchages des arbres touffus de droite et gauche au point de constituer une sorte de toiture naturelle et compacte. Un plafond qui était le refuge de certains nigauds et aussi un immense lit pour dormir sur la végétation moelleuse en été à la belle étoile. Pour faire le tout de la ville, on ne pouvait éviter les ghorfa de ksar Chelba et la série de petites boutiques, que le poète Khir El Merimi avait bien mentionné dans sa belle description de sa femme noire en train de se disputer des tissus avec des femmes de fellah et pêcheurs qu’une commerçante juive proposait. Il faut reconnaitre qu’avec l’aide de plusieurs femmes, généralement des veuves ou divorcées, les juives Sbirsa pour le tissu, Rbegua pour l’orfèvrerie…tiraient les ficelles de la mode des foutas, habits traditionnels des femmes locales, du genre de tissus, des couleurs, des dimensions, des appellations en fonction des circonstances comme Asbaa Ezzaim «la doigtée du leader », Afkhadh El Gaddafi « les cuisses de Kadhafi », Gassaat Fakroun « carapace de tortue », El Yousfi, Kerkedda…. De l’autre coté, parallèle, juste à coté du collège moyen d’autrefois, avec ses machines d’ajustage et ses limes d’initiation, un endroit de prédilection pour les inondations et les visites de Bourguiba, il y avait un plus d’animation et la gare routière si on pourrait l’appeler ainsi, animait la place. Chaque samedi après midi, des juifs faisaient de la marche, en petits groupes sous les regards indifférents des gens. Malgré tout, une image resta gravée dans la mémoire, quand un grand aveugle avec sa kipa, était convoyé par deux autres le tenant par les bras et lui, comme on faisait des salutations en fin de prière aux gens à droite et à gauche, il tournait la tête à chaque pas comme s’il saluait tout le monde. Une image qui a été vue plusieurs fois, d’une bonté extrême et d’une fraternité humaine incontestable. Qu’il soit sur que ce sentiment était réciproque, malgré les incidents de parcours. Dans cette période, la croyance était parfaite et la religion complètement intégrée dans le quotidien des gens, au point qu’ils faisaient leurs prières à même les champs, sur le bateau, à la maison…avec une détermination tacite et catégorique à faire du bien sans conditions. Personne ne parlait de la foi, mais tout le monde la pratiquait dans touts leurs rapports avec la vie. Et Zarzita, resta, fidèle à ses valeurs, dans toutes les épreuves de la vie et certainement, il en serait ainsi, pour toujours. Lihidheb Mohsen 13.12.16

lundi 12 décembre 2016

Ulyssus, à Zarzita.1

Les taliban de Zarzis. On était une cinquantaine de jeunes venant des familles pauvres de la région de Zarzita, voir Souihel, Hassi Djerbi, Chammakh, Gribis, Khawi Laghdir, Mouensa, Hmadi el Guebli…et même de Tataouine et Bengardane. Faisant la queue et marchant dans l’ordre vers le hammam hebdomadaire, gratuit comme toutes les activités de ces saints talibans, la Khéria, bienfaitrice, une association islamique de solidarité, avait pris en charge pendant des décennies, les étudient nécessiteux pour les héberger, les nourrir et les former, dans une sorte d’internat rudimentaire et un réfectoire improvisé. Plusieurs maisons de juifs partants ou de colons absents avaient servi paradoxalement cette noble cause. C’était cinq heures du matin et la ville dormait encore, à part les pas des savates sur la chaussée ou les grincements de la grande brouette de l’éboueur, dominaient le bruit de la mer en furie. Un marchand de baigners ouvrait sa boutique, un cafetier mettait ses chaises à même la route et la baraka de ces enfants animait la ville. Les gens aimaient voir ses jeunes porteurs du savoir et garants d’un futur de sagesse et de réussite. Tout le monde participait à les aider par des légumes et des fruits et surtout des prélèvements direct lors de la presse dans toutes les huileries ainsi que lors des grandes pêches de poisson et d’éponges. Dans le local, souvent en sous bassement, une seule lampe illuminait l’endroit et on se disputait l’eau chaude et les rares morceaux de savon sous les cris vociférants du surveillant qui profitait aussi de l’occasion pour faire un bain. En sortant, la ville s’animait déjà et des ouvriers, des charrettes et des pêcheurs allaient au travail. Il y avait encore les traces des inondations de la ville de 1969 quand les gens se déplaçaient en plein centre sur des barques flottantes sur l’huile d’olive sortie des grandes citernes sous terraines de dépôt et de conservation. Une dure expérience et les gens attendaient l’intervention de l’état pour une meilleure évacuation des eaux vers la mer. Le petit déjeuner, une miche de pain, une tasse de lait et quelques grammes de beurre dans un grand bruit de chaises et d’ustensiles. Sous la garde des surveillants, nous devions aller au collège de la corniche, des bâtiments militaires prêtés à l’éducation et récupéré plus tard pour l’armée, dans une colonne de deux rangées sur deux kilomètres de parcours au moins. Il était complètement interdit de jouer, de rire ou de faire du bruit et suivant les caprices de certains surveillants de l’interne, on recevait de gros baffles soudains et colériques sans préalables. Si Noureddine Jebnoun, directeur du collège, était une personne très cultivé et véhiculait une illumination grandiose pour le savoir et le progrès. Il était avec touts les élèves quand ils partirent manifester devant le siège de la délégation contre l’attaque médiatique à l’encontre de Bourguiba par le leader panarabe Nasser. Certains professeurs étrangers, incitaient les enfants à ramener des grenouilles et carpeaux en vue de la dissection dans les cours de science naturelle pendant que certains d’entre eux en alimentaient leurs canards en donnant des notes de bonne conduite en contrepartie. Le prof d’anglais, un palestinien, Si Salti, était très en colère contre cette attitude inhumaine de ces collègues envers les élèves, qui leur offraient aussi des pièces romaines et des produits du patrimoine pour avoir de bonnes notes. En traversant la ville, on avait la salive à la bouche en voyant le marchand de pois chiche et sa vitrine alléchante, une personne qui devint plus tard un richard. Quelques touristes commençaient à colorer le paysage et le fameux cireur de bottes Kourdaa, un noir handicapé se fit enlevé et se maria avec une étrangère. Un vieux monsieur, Si Rhouma Belhiba, un nom porté par plusieurs au cours de l’histoire contemporaine, impressionnait les enfants par sa culture et sa belle écriture malgré sa constante légère ébriété. Plusieurs personnes partaient à l’étranger laissant leurs outils de travail et leurs bêtes pour un monde meilleur, dans une sorte d’émigration écologique canalisée utilisant le tremplin de la première génération des Zarzissiens à Tunis. Le soir avant le diner et la séance de révisions, Si Mohamed Khdhir, directeur de l’internat, réunissait chaque jour les jeunes pour un long speech sur le patriotisme et l’esprit de volontariat, car son expérience de scout et de militant politique avait beaucoup aidé cette génération à y voir clair et confirmer son appartenance ouverte. Des discours, qui avec ceux de Mohamed Jnifen l’année d’après, étaient très bénéfiques et clairvoyants avec un léger nationalisme arabe légitime. Un système d’éducation qui avait meublé agréablement l’administration régionale du pays, quand des instits, des infirmiers, des cadres…avaient travaillé à Djerba, Tataouine, Médenine et même dans les villages éloignés montagneux ou désertiques. Une génération avant-gardiste dans l’obéissance et l’application dans le travail, sans se laisser faire ni trahir leur humanité et leur bravoure courageuse. Ce soir là, il fallait réviser à fond les mathématiques et apprendre par cœur certains poèmes de Bachar…car l’angoisse des examens arrive et l’épée de Damoclès de la réussite à tout prix planait sur nos têtes nues. Il n y avait pas de solution à part l’éducation, pour de bon, le bled est pauvre et la pluie est rare. Lihidheb Mohsen 12.12.16

dimanche 11 décembre 2016

Ulyssus, à Zarzita.

Une journée d'autre fois. A la façon de J.Joyce, on décrira la vie d’un endroit, pendant un jour tout en regardant tout autours et dans toutes les directions du parcours…d’autrefois. Les vieux revenaient de la mosquée, dans leurs wazra, rentrant hâtivement pour prendre encore chaud, l’Aych à l’huile d’olive avec un zeste de fenouil grec en poudre. Ils trouveront aussi du feu pour se réchauffer les mains du froid matinal et le verre de thé noir, concentré comme du sirop, pour agrémenter la bonne purée de farine d’orge. Des femmes le feront de bon gré, pour se livrer tout de suit après au balayage de la maison jusqu’à la route et redéposer les déchets totalement organiques dans les champs. On entendait partout le bruit du régime sec de datte, en train de gratter la terre, au rythme des pieds déambulant et marchant des femmes en fouta, repoussant les brindilles et effaçant les traces de la nuit. Dans l’autre sens, des enfants, encore mal réveillés, se tenaient par les mains, les grands guidant les petits, vers la cantine scolaire, qui avant même l’ouverture de l’école, distribuait depuis l’aube, du lait en poudre, dans des petits pots chaux et écumeux. C’était d’ailleurs le seul petit déjeuner de centaines d’enfants, des pauvres paysans du village, dont peut être deux ou trois avaient la possibilité de prendre de la Bsissa, sorte de poudre de blé avec l’huile d’olive, que seuls le riches pouvaient s’offrir. Les grains, l’huile et l’eau, étaient les plus grands produits stratégiques, que plusieurs familles de damnées avaient troqués contre des terrains et des champs dans la compagne, ce qui avait favorié une petite classe de féodaux et de proprio fonciers. Sur la route encore ensablée, sinuant entre les hautes haies de cactus et d’agaves, traversés ça et là par les petits oueds déversant de la colline, un homme huait sa charrette remplie de sable marin, très demandé pour la construction et très tôt chaque matin, il faisait la navette pour faire plus de voyages et déjouer la surveillance intermittente du seul garde de la région. Il n’en devint que très riche avec le temps et considérer en tant qu’une grosse légume de la société. L’épicier du village, ouvrait sa ghorfa, tout en rentrant les quelques pains rond que le boulanger avait déposé à l’aube devant la porte en faisant sa desserte. Plusieurs enfants raffolaient du huitième de pain et trois francs de harissa, que l’épicier peignait de colorant rouge raclé du fond des boites de ce piment rouge en conserve. Simultanément, deux enfants passaient avec sous les bras l’un le gros cartable noir de l’instit et l’autre les cahiers des élèves, pendant que le maitre d’école déambulait devant eux dans son auréole de cheikh du savoir. Un charretier tressautait sur sa voiture avec une charrue au milieu juste derrière lui pour labourer un champ à la compagne, alors qu’un autre avec deux aides allait transporter des brindilles des arbres de l’oliveraie vers les maisons pour profiter des feuilles sèches en tant que fourrage et des branches pour la combustion ou en faire des murs tressés une sorte d’enclos autour des huttes et maisons. Un homme d’âge mur, au pantalon retroussé, noué au milieu par une corde tressée sur place avec le tissu organique des palmes pilé, longeait le ruisseau desservant l’eau du puits artésien, pour colmater les quelques fuites possible ou réclamer au maitre de l’irrigation le débit octroyé. Tout le village du coté est de la route, était desservi par des puits sur la longueur de la colline de douze kilomètres parallèle à la mer pour une culture de sorgho réussi. Ce n’était pas un travail pour lui et il ne faisait qu’aider ou se racheter, comme plusieurs, auprès du Rais de la pêche aux éponges pour que ce dernier le favorise et le recrute lord de départ à la compagne vers les mers. D’ailleurs plusieurs candidats se présentaient à chaque fois devant le petit bateau et le Rais, choisissait ceux qui l’avaient mieux servi gratuitement dans ses affaires sur terre. Avec des cartables en bandoulière, cousus de tissu blanc récupéré et portant le dessin d’une poignée de main, offert par l’amitié entre les peuples et destiné initialement aux sacs de farine, des enfants allaient à l’école et se chamaillaient sur des échanges entre eux, une crayon noire contre des figues sèches, une gomme contre quatre sauterelles grillées, quelques pierres de craie de la colline voisine contre un demi repas de la cantine. Sur la route, une citerne à cheval distribue du pétrole pour les boutiques très utile pour les lampes à pétrole ou les rares Primus à pomper pour la lumière pendant les grands événements de mariages ou pour faire la cuisine. Une charrette assez rapide, allait vers le sud, à l’occasion du jour de marché en ville et plusieurs personnes s’asseyaient sur le bord en balançant frénétiquement leurs jambes comme s’ils marchaient avec l’animal pendant que des femmes généralement des veuves occupaient le milieu avec des poules, des fils de laine ou des produits de l’oasis à vendre dans le souk. Dans l’autre sens, une voiture au cheval blanc, transportait deux futs en bois, plein d’eau et le maitre sifflait énergiquement pour informer tout le village de son passage. Des femmes arrivaient nombreuses à chaque point d’arrêt pour acheter cette eau comestible et ô combien utile pour la cuisine et la consommation. Pour le déjeuner, quelques uns mangeaient dans la cantine scolaire, des haricots, des pois chiches, avec un semblant de viande, mais un gout très apprécié, pendant que les autres mangeaient chaque jour de l’Aych, préparé par les femmes sur le feu de bois et des palmes sèches. Il n y avait rien d’autre à manger et la farine, qui était le salaire des hommes travaillant dans les chantiers des chômeurs contre deux cents cinquante millimes et trois livres de « Cahmalout » farine camelote. Il était très rare de manger l’Aych avec de l’huile d’olive, denrée rare et chère et juste une petite soupe faite à partir d’une corne de piment vert faisait l’affaire. Juste après, les gens pauvres se rendaient visites et ils étaient certains que malgré tout ils trouveraient quelque chose à manger dans les assiettes en poterie. Au début de l’après midi, des marins arrivaient au village avec des grandes rames sur les épaules transportant des éponges en série de trois qu’ils étendaient en ligne sur le sol pendant que des armateurs, des cheikhs, des nouveaux riches, des intermédiaires, les tâtaient du bout de leurs bâtons et proposaient des prix ridicules au début et s’accordaient toujours pour étouffer les prix au détriment des marins. Cette enchère était une occasion sociale qui servait aussi à évaluer les gens et leurs richesses, mais les pêcheurs fatigués par le travail dés l’aube, se laissaient faire devant ce lobby forçant la main et maitrisant les prix. De l’autre coté, plusieurs personnes entouraient le facteur, porteur de sacoche qui faisait quotidiennement le tour de la ville à travers les routes ensablées et les intempéries. Il était le seul contact avec le reste du monde, avec la presse, l’administration et les journaux dataient toujours de quelques jours pendant que les correspondances n’arrivaient que des émigrés à Tunis, dans les café, les restaurants et les hôtels, qui demandaient des informations ou invitaient des parents à venir travailler dans la capitale. Le facteur lisait à haute fois, les noms des lettres et récitaient les noms des réussis à la scolarité de la sixième dans son journal magique. Avant le soir, des enfants s’approvisionnaient des boutiques en dix centilitres de pétrole pour les lampes et cinquante grammes de tomates en conserve dans un papier de sucre pour le couscous du diner. Le soir, les gens écoutaient en groupe les discours de Nasser ou les chansons d’Om Koulthoum de la radio de la boutique El Bacha, un poste de radio qui avait aussi servi à la voiture de la radio diffusion qui faisait sa tournée d’information avec haut parleur annonçant une soirée cinématographique sur le mur de Hanout Mzalouat. On suivait aussi tristement les informations du bbc et autres au sujet de l’évacuation de Bizerte et de la guerre de l’Algérie. Il n y avait presque pas de voiture, car un engin passait une fois par semaine, qu’on entendait de très loin et descendait de la colline en courant pour l’applaudir pendant son passage. On se rappelle encore des voitures traction du philanthrope Amor Dhouib et du leader politique Si Mokhtar Ouriemmi. Un peu tard, dans le village, il faisait complètement noir, sans lumières, avec un silence complet, brisé chaque jeudi soir, par les cloches de la charrette revenant de chez le saint homme qui guérissait plusieurs personnes par des danses et des transes religieuses. Tout le monde se levait alors pour céder le passage à ses gens fatiguées et possédés par les rythmes de la Hadhra. Lihidheb Mohsen 11.12.16

mercredi 7 décembre 2016

Le goulot d'étranglement

En observant le comportement général, des entités politiques, des structures de l’Etat, des administrations, des directions régionales, des antennes de la centrale…tout le monde pilotait à vue, laissait passer et laissait faire ou étranglait carrément toute initiative ou tout ce qui était constructif et avantageux au bled. Boughmiga en militant solitaire global, avait déclenché plusieurs dossiers en provoquant le conflit et la contradiction, pour les suivre par une traçabilité dans le parcours vertical et la réaction de chaque étage de l’administration jusqu’au dictat central. Il était clair que le sérieux du pouvoir, n’était qu’une façade et les coulisses n’étaient que moisissures et médiocrité stupide, au point de laisser à croire que cette situation était commandité par l’après indépendance et les sponsors de la décolonisation. Un constat pessimiste, malheureusement confirmé par toutes les observations et ballons d’essais, déjà visibles dans la gestion des affaires du pays. Bien sur, la décentralisation, visant à rapprocher l’administration du citoyen, s’était avéré totalement contre productive et le goulot d’étranglement des initiatives, le sabotage des projets, le détournement des cibles, le favoritisme régionaliste, le lobbying clanique, le bureaucratisme nombriliste…avaient étouffé les régions, pour laisser le pays dans la stagnation et la béatitude. Boughmiga, avait bien traité plusieurs domaines, en déclenchant des sujets et des dossiers dans plusieurs disciplines où les attitudes des uns et des autres étaient conformes à l’anti patriotisme et même à la logique rudimentaire. Tout en orchestrant la population dans des danses au rythme macabre, quelques fois valsant sur des sujets plausibles, le politique ou pour se faire comprendre, le facteur politique, avait une constance dans ses approches, laissant le pays sans projets crédibles ni promoteurs. Ne parlant que d’une région, où tout ce qui avait une relation avec l’authenticité, le patrimoine, le panorama, l’écologique, l’économique…avait été systématiquement détruit et bétonné jusqu’au bout. Le Bordj, les Ksar, la rue couverte et ombragée, les marabouts, les dizaines de kilomètres de cactus, les palmiers, les lacs salés, le cimentage des puits artésiens, l’écologie désastreuse, l’industrie locale sabotée, les émigrés rentrant pour investir et qui furent carrément mis en faillite par le pouvoir, la ghettoïsation du tourisme dans des couloirs fermés, la canalisation des forces vivent et la matière grise vers l’étranger, le soutien du capitalisme médiocre et même pas sauvage, l’accentuation sur l’esprit malin et malveillant… étaient des tares grotesques dans les régimes corrompus de l’après indépendance. Malgré l’apport incontestable d’une éducation prononcée vers le consumérisme culturel, qui avait rejoint heureusement un universalisme naturel, malgré le développement subi de la machine des services des transports, malgré la mécanisation forcée du secteur de la pêche, il y a plusieurs secteurs, qui dépendaient de la volonté politique locale, qui sont restés archaïques et rétrogrades. L’agriculture par exemple, le textile artisanal, la mentalité…étaient resté plutôt féodaux et sans grand passage vers l’agro alimentaire ni la manufacture complémentaire à l’économie. Une situation, qui n’a pas été largement affecté par la dite révolution du peuple, qui n’avait rien révisé à part le droit d’expression et de faire des grèves. Les mêmes erreurs restent encore visibles et l’élan de reconstruction et du travail, reste encore submergé par la myopie politicienne. Même le surplus des associations, dont certaines sont sincères et patriotiques, n’avait pas aidé jusqu’à maintenant, à sauver la vie citoyenne malgré les apports et les soutiens ambigus des volontaires étrangers. Comme il l’avait dit un journaliste actif et visionnaire : « il faut bien alimenter la corruption, pour que tout fonctionne, malgré tout. ». Lihidheb Mohsen 07.12.16

mardi 6 décembre 2016

Les oléo facteurs, en boite.

Emboitant le pas à une société des agriculteurs et certains partenaires d’outre mer, pour mettre en boite, l’huile d’olive adéquate, de qualité et répondant à la compétitivité des marchés mondiaux…plusieurs, agriculteurs, agronomes, bonhommes, figures associatives, un ou deux officiels, le délégué, le commissaire ou son représentant, des correspondantes de presse, quelques jeunes filles…ont débattus du passage de l’agriculture vers l’agro-industriel, un sujet qui aurait dû se faire dés l’indépendance. Une proposition qui malgré le fait qu’elle vient après cinquante ans, reste valable et dans la naturel des choses. Une initiative assistée, qui n’est pas moins importante que la nécessité de tailler les oliviers afin d’un rajeunissement général de l’oliveraie vieux de cent cinquante ans au moins. Plusieurs intervenants avaient insisté sur le fait d’inviter les jeunes à s’occuper de l’agriculture. La formation des tailleurs des arbres, l’interdiction des bâtons pour la cueillette, la presse automatique de la récolte tout suite dans les huileries, le rôle tampon et régulateur de l’office de l’huile, la qualité bio incontestable de ce produit local…étaient des préoccupations majeures de nos illustres fellahs. De toutes les façons, il n’est jamais trop tard.

dimanche 4 décembre 2016

La mairie de Zarzis et le citoyen.

Dans une sorte de partenariat entre la mairie de Zarzis et le citoyen, invité à participer à une partie de certaines réalisations pour 2017, une réunion publique s’est tenue aujourd’hui 04.12.16, dans l’amphithéâtre municipal de la ville en présence de Monsieur le maire, quelques élus et un public dont quelques membres de la société civile. Après une présentation sur écran géant des donnés techniques et des courbes statistiques, un débat houleux eu lieu, comme d’habitude, où le revendicatif était majoritaire, surtout concernant l’état des routes et les fuites d’eau, ainsi que l’électrification… La situation avait chauffée quand une dualité éclata entre des partisans politiques et des associatifs de terrain. Prenant la parole, Boughmiga aborda les sujets suivants : En plus du fait que rares des conseillers municipaux en fonction étaient présents, il n y avait pas de personnalité des cinq cents élus pour l’affaire collective depuis 1956. En contrepartie, ils avaient bien démoli le fort de Zarzis, les cinq ksars de la région, le monticule de la plage Nozha, la rue ombragée de Souk Edhlam, les dizaines de kilomètres de cactus, les milliers de palmiers, la fermeture des puits…des édifices perdus, que les Accara, reconstruiront certainement tôt ou tard et il vous suffit de commencer pour ce qui est réalisable, le fort, les ksars, le souk edhlam…au moins une réalisation par année, pour exercice communal. Bien sur, je constate combien les interventions sont revendicatives et prévient, l’élan collectif vers l’électrification à outrance pendant que l’efficience de ses réalisations restent douteuses, l’élan vers la distribution des eaux pendant que l’usage de cet élément précieux de la vie est très en dessous des possibilités… l’élan vers le plantage des arbres à la mode des colons pendant qu’il est plus intelligent de planter des arbres fruitiers dans les pays des oliviers… D’un autre coté, je vous rappelle que vous êtes dans le pays d’une civilisation millénaire et d’une ville aussi importante dans l’histoire par son humanité et sa solidarité, ce qui nous oblige à garder un niveau acceptable des débats. Mais ce que nous ne pouvions dire dans ce genre de réunions, sous peine de menaces sérieuses, est que les victimes de l’émigration clandestine, Harraga, trouvés morts sur les plages et traités relativement bien par les autorités de la protection civile et les agents de la mairie, ont droit à plus de dignité et de respect, ne serait ce qu’en leur donnant des numéros identifiants, des échantillons d’ADN, des photos ou des descriptions sommaires de leur état et en faisant une clôture respectable autour de leur cimetière dans la région de Rouiss.

jeudi 1 décembre 2016

Des femmes, aux feux des croisements.

Il n’est pas toujours facile d’aborder certains sujets de l’histoire contemporaine des hommes et des femmes de notre bled, sans se trouver dans l’incompréhension ou carrément l’erreur. Normalement, Boughmiga, ne tombe pas dans les pièges du spécisme, homme femme, male femelle, noir blanc, bon mauvais, juste injuste…pour essayer de voir les choses d’une manière équitable, lucide et distante, ce qui n’est pas aisé et risque de mécontenter certaines entités. Tant pis, on a toujours encouru des risques au point d’en faire des composant du tableau de bord des événements vécus. Paradoxalement, dans cette approche au sujet de la vie de la femme dans notre région, on se contenterait de procéder arbitrairement aux feux verts et feux rouges, dans une sorte de comparaison déductive des valeurs. Feux verts : à nos bonnes femmes qui tôt chaque matin balayent la devanture de la maison jusqu’à la route, aux femmes qui tiennent bons à faire la cuisine traditionnelle et font le manger local, aux femmes qui participent aux travaux des champs, des pâturages et partagent avec leurs maris les difficultés quotidiennes, aux femmes qui veillent sur l’éducation des enfants tout en les aidant à rester eux même pour devenir meilleurs et universels, aux femmes qui travaillent tout en s’occupent de la maison et des enfants tout à la fois de quatre heures du matin à dix heures du soir, aux femmes qui évoluent vers l’équilibre de la personnalité tout en ayant une vie affective positive, une foi bienheureuse et paisible, aux femmes qui travaillent aussi bien que les hommes et même mieux puisqu’elles ne sortent pas au marché ou au café, aux femmes qui respectent leurs traditions et pratiquent les normes logiques sans subir les formes de soumission, aux femmes qui racontent des histoires et développe l’imaginaire des enfants et des petits enfants, aux femmes qui récoltent des olives « tammacha » et sauvent l’année et la production agricole familiale, aux femmes qui avaient constitué une vie intérieure sociétale entre elles en réaction au monde des hommes, aux femmes qui s’embellissent entre elles et gardent une humilité féminine, aux femmes qui avaient crée l’oliveraie en irriguant les plants avec des jarres d’eau sur leurs dos, aux femmes qui participent à la vie associative et soutiennent les nécessiteux et les handicapés, aux femmes gardiennes de la conscience collective et garantes de la sagesse locale inculquée à leurs enfants, aux femmes qui résistent à l’effacement et l’assujettissement et au consumérisme envahissant, aux femmes qui avaient inlassablement partagé leurs savoir et savoir faire artisanal, médicinal traditionnel et de bénévolat organisée avec les autres, aux femmes qui avaient consolidés les générations dans leur éducation et leur bien être pour une société meilleure… Feux rouges : à nos bonne femmes qui poussent la famille à dépenser trop dans la construction, la reconstruction et le bétonnage, aux femmes qui tombent dans le consumérisme et négligent une éthique de vie à la famille, aux femmes qui n’ont pas des carrés de légumes et autres verdures devant les maisons, aux femmes qui cherchent à façonner leurs enfants par une compétition fortuite à l’école et des imitations comportementales onéreuses dans la vie, aux femmes affectées par les apparences trompeuses qui poussent leurs enfants à l’émigration clandestine et les soutiennent par l’hypothèque de son orfèvrerie, aux femmes qui refusent de rentrer au bled quand le mari prend la retraite à l’étranger et veut revenir at home, aux femmes qui dépensent l’argent de leurs maris émigrés dans des chantiers permanents ou dans les rénovations successives de la salle de bain ou de la cuisine, aux femmes qui se marient avec des paysans dans la compagne et refusent de participer aux travaux et restent devant la télévision, aux femmes qui restent à la maison pour suivre les séries pendant que les beaux parents et les vieux font la cueillette des olives loin dans la compagne, aux femmes qui jettent de la laine, des wazra et autres à la poubelle, aux femmes qui après le bac, la licence, la maitrise et le doctorat, s’alignent sur la mentalité de leurs mères analphabètes en rentrant à la maison et terminant les études et effacent leur savoir sans le mettre en pratique, aux femmes qui cumulent des vêtements traditionnels et des vêtements modernes à outrance, aux femmes qui n’ouvrent pas les robinets des jardins aux oiseaux en été et ne s’occupent pas des animaux, aux femmes qui vivent à Zarzis et Paris à la fois même si elle n’a jamais connu cette dernière et cumulent les deux esprits de consommation et leurs outils, aux femmes qui stockent tout ce dont aurait besoin une famille dans sa vie et refuse la possibilité d’échanges avec les familles voisines, aux femmes qui participent à la charté et l’élévation du niveau de vie ou les coups des mariages, aux femmes qui immobilisent l’argent de la famille dans la consommation par leurs effets de harcèlements et d’influences sur les hommes, aux femmes qui ignorent leur rôle primordial dans la réussite d’une société et ses orientations vers le bonheur collectif, aux femmes qui n’ont pas de bibliothèque ni un instrument de musique à la maison, aux femmes qui harcèlent leurs enfants au point de les voir se livrer à l’aventure par conviction ou par besoins matériels bidons, aux femmes qui subissent le train de vie pendant qu’elles peuvent être un tremplin pour un monde meilleur… Voilà, un moyen simple pour aborder quelques traits du profil de la morphologie et le relief comportemental de la gente féminine qui n’était pas à l’abri des effets de l’hégémonie des diverses influences médiatiques et politiques. Sans animosité, ni mise à l’index, juste un rappel, amical, pour ne pas passer béant à coté d’une période de notre histoire locale. Lihidheb Mohsen 02.12.16