jeudi 5 janvier 2017

Société locale, un parcours particulier.

(Mot prononcé en arabe à l’occasion du séminaire organisé à Zarzis par l’association citoyenneté et dignité.) Dans le cadre d’un aperçu global sur l’histoire contemporaine de la presqu’ile de Zarzis et sa région, dans une lecture qui se veut juste, sans tomber dans l’approche facile, les explications partiales ou la narration des faits selon l’optique du vainqueur et le maitre de la période. Pour cela, cette approche essaie d’être crédible, historiciste et responsable. On peut donc affirmer, que la sociabilité naturelle, qui est devenue progressivement une conscience civique brute, était le résultat direct des rapports agricoles et économiques et les relations durables prédominante entre les gens…au point de voir naitre une répartition des rôles entres les tribus et les minorités pour trouver les Ouled Foulen dans l’oliveraie et la culture, les autres dans la mer et les pâturages, certains dans les services serviles de la ville, les juifs par exemple meublaient les secteurs du commence, de l’artisanat et de l’usure financière, pendant que les gens de couleurs se retrouvaient bien dans les troupes folkloriques tout en travaillant comme tout le monde dans les autres domaines. C’était une sorte de convivialité positive selon la nature des choses et les particularités humaines et celles de la terre et de la mer. Par cet engagement et cette intégration totale avec les éléments ambiants, les gens ont pu chevaucher la nature selon le climat, les saisons et les conditions. Cette sédentarisation sporadique sur le littoral Est de la plaine de la Djeffara, avait amené la société à la nécessité d’admettre le conquérant et composer avec un fait accompli imposant surtout après la défaite de la ville de Sfax, de l’ile de Djerba…et l’impossibilité géographique de résister dans des montagnes ou des maquis. L’installation de cette population juste sur le littoral et à la portée des canons des assaillants, avait participé à accepter amèrement les conditions des conquistadors. Une situation qui était aussi, un argument pour traiter avec l’ennemi et prévenir un massacre inévitable, surtout quand d’autres voulaient vainement faire la guerre sur la presqu’ile et la mettre en danger majeur. Un rapport inégal des forces, qui avait poussé la société locale à gérer intelligemment la situation et continuer une résistance latente, permanente et efficace, foncièrement opposée à la déstabilisation des valeurs ou la christianisation des mœurs. A travers l’histoire, la société locale, avait toujours assimilé les intrusions et les nouveautés, comme la religion musulmane dont les valeurs avaient été intégrées totalement dans la vie quotidienne et la conscience commune. Aussi, comme les techniques de pêche aux éponges avaient été imité des grecs et des maltais qui organisaient des compagnes de descentes sur les pâturages d’éponges du littoral du sud tunisien, les techniques de jardinages dans les oasis, de la pêche côtière avaient été importés de la région de Mauritanie. Une société locale dynamique, qui avait accompagné le mouvement national destourien, le travail syndical libre et le soutien inconditionnel à la révolution Algérienne. Cette prédisposition confirmée, avait aussi permis l’accueil et l’intégration de milliers de familles fuyant le fascisme en Lybie et la famine prépondérante d’alors. D’ailleurs, les minorités, étaient toujours à leur aise et les confréries religieuses comme les Tijania et le soufisme spirituel, trouvaient une réelle quiétude. D’un autre coté, la promotion sociale des individus acquise et reconnue, se base sur le favoritisme familial et tribal, propulsant les uns à obtenir une fonction et d’autres à se consacrer à un créneau d’activités salvatrices. Un «repêchage » fort répondu dans cette société classique obligeant les favorisés à permettre aux autres une éducation, un travail, une activité….souvent résultat d’une parenté de mariage et de solidarité inter tribale. Une manne, dont on peut retracer le parcours maintenant, quand on se demande, pourquoi cette famille était à prédominance lettrée, ou cette famille travaille à la poste ou celle là avait émigré à Tunis…dans un aboutissement normal des relations de mariages permettant le rapprochement entre les familles et les tribus et unifiant la défense et l’exploitation des terres limitrophes. Cette échelle sociale, était aussi possible pour les bons travailleurs, les marins chevronnés, pour accéder au titre de Raïs par l’acuité visuelle, la lecture du climat et de l’horizon à l’œil nu ou la capacité de viser les éponges dans les profondeurs de la mer. Cette promotion légitime, permettait aussi un respect général, une alliance de mariage promettant et peut être aussi des visées sur le poste honorifique de cheikh du village, de notaire, ou de dignitaire. C’était une porte ouverte, de succès et d’affirmation, grâce au travail et le respect général, et qui ne se construit que véridique et sur le long terme. Avec le temps, cette population paysanne, était passé du stade de la solidarité nécessaire, la défense commune et le travail pour la survie, au féodalisme économique sur la mer et sur la terre, quand les moyens d’exploitations passèrent du collectif à l’individuel. Les familles moyennes et influentes parsemées dans toute la région, comme le firent plus tard les tamiseurs politiques pour maitriser le bled, avaient simultanément une bête de somme pour la charrette, le labour, le transport, la moisson…et en même temps un chalutier à quatre canoës pour la pêche aux éponges. Une sorte d’investissement dans les activités de la terre et celles de la mer, sans laisser la moindre occasion de s’attribuer des ressources. Dans toute cette période, l’attitude envers le protectorat était sans équivoque, un refus catégorique et définitif, laissant la place à certaines compositions avec les nouvelles techniques d’exploitation motorisée de la pêche et de l’oliveraie. Une attitude, qui donna à la résistance un caractère global et latent, participant dans toutes les péripéties politiques et soutenant activement la révolution Algérienne. Dans cette optique, les marins transportaient les informations du Sahel vers le Sud et infiltraient les leaders clandestinement à travers les frontières marines jusqu’à Tripoli. Les bergers aussi convoyaient les munitions et de la nourriture aux combattants de la montagne. Comme dans toute société saine et évolutive, cette région avait opté pour la compétitivité entre les tribus, entre les familles et même les individus, pour performer la productivité, rationnaliser le travail et faire comme l’autre, pourquoi pas, tant que c’était un créneau promettant. Un concours permanent et général qui participa à un certain équilibre général des possibilités, mais qui ne put connaitre ses limites en créant malheureusement une certaine animosité vorace entre les gens, encore nuisible jusqu’à nos jours. Une animosité locale, qui assécha le paysage social où tout le monde se tassait stoïquement et ne pouvait en sortir qui ceux qui furent promus dans d’autres villes. Il n’est pas donc étrange, de voir, comment les grandes personnalités d’origine locale, venaient d’ailleurs pendant l’intellect de la place marinait dans une sauce piquante et amère sans perspectives d’avenir. Une sorte de plafonnage collectif, réduisant les chances par un alignement général et une rétrogradation unanimiste. Comme l’avait dit un responsable de la première heure, les Accara s’entretuaient pendant que les usuriers faisaient des affaires Bien sur l’avènement de l’émigration, tout d’abord vers Tunis pour tenir les cafés et la restauration, elle fut aussi un tremplin pour d’autres afin de partir à l’étranger, dans des couloirs presque organisés, laissant le savoir faire, la main d’œuvre locale et les différentes techniques traditionnelles en souffrance. Un flux migratoire sans grande intégration dans les pays d’accueil, se basait sur la ghettoïsation culturelle et le transfert de fonds pour l’amélioration des conditions du bled. Un système qui était aussi tombé dans le plafonnage des chances pour reléguer l’éducation à un rang mineur. Une forme de d’auto cristallisation autours des valeurs, qui malgré l’apport incontestable du tourisme et son ouverture sur le monde, il avait aussi subi cet enfermement dans des couloirs étanches et conceptuels. Un tourisme qui s’était limité à la mer, le soleil et la plage sans grande curiosité au sujet de l’homme et sa condition et servant juste les nouveaux riches du pays. Pendant que l’émigration massive, de la main d’œuvre, puis de ses familles, avait relativement foiré malgré les possibilités immenses d’intégration et de s’inscrire en tant qu’arabo musulmans dans la civilisation humaine. Seuls la vague d’importation des tracteurs agricoles et le transfert de capitaux investis malheureusement dans la construction, étaient des cotés positifs de ce rush humain. Dans ce contexte, malgré les difficultés de la vie, les compromis obligatoires, les contradictions à admettre et l’acceptation du fait accompli, une certaine sagesse s’était cristallisée progressivement, avec les valeurs de sagesse de l’islam et la politique du possible et du réalisable. Cette sagesse qui poussa la société locale à puiser jusqu’au fond dans les possibilités des richesses de la région et transformer par exemple les produits de la mer, en oliveraie verdoyant et en cheptel nombreux, comptant sur elle-même et ses richesses acquises. C’était peut être l’un des rares endroits, où le rôle de l’état et sa contribution dans l’économie, était fort négligeable et les gens ne faisaient rien aussi pour inviter les autorités à investir ou promouvoir. C’était plutôt le contraire, quand l’office des terres domaniales s’appropria les milliers de pieds d’oliviers nationalisés des colons qui les avaient à leur tour pris aux fellahs pour rien, ou quand les salines et la pêcherie, restèrent aux mains du pouvoir. Effectivement, cette sagesse locale, se manifesta à toutes les occasions et toutes les épreuves, que ce soit lors du flux de refugiés de la Lybie, lors du vide sécuritaire total de l’après révolution ou lors des efforts communs contre toutes les formes de violence. Pour cela, l’idée de crée l’association citoyenneté et dignité germa, afin d’asseoir une concertation générale et une approche de convivialité entre les gens et entre les intellectuels de la région. Une initiative proposée par les fondateurs Messieurs, Abdallah Charrad, Hassen El Ghoul, Salem Fréa, Abdesslem Khouildi, Mcharek Salem, Lihidheb Mohsen, Abdelkrim Kaouach…et tant d’autres, afin de déconstruire l’animosité légendaire des Accara entre eux et proposer un modèle comportemental de respect et de conséquence. Lihidheb Mohsen

mercredi 4 janvier 2017

Le retour du guerrier, chasseur cueilleur.

En relation idyllique avec ses ancêtres du paléolithique, Boughmiga reprend sa passion de ratisser les terrains non encore labourés et qu’il connaissait déjà, par les amas de coquillages, d’escargots, de brulis, de silex, d’écailles d’œuf d’autruche, meules, de broyons….et qu’il visitait à plusieurs reprises pendant une dizaine d’années, en fonction des pluies, des vents, des labours, du climat….pour tomber à chaque fois, sur des pièces uniques. Il avait répertorié une bonne centaine de stations et de sites primitifs, dont une vingtaine pourrait faire un musée chacune. Un dilemme difficile car Boughmiga a été largement dépassé par son action vorace et fit ce qu’il pouvait pour laisser aux générations futures, leur mémoire et référence humaine. Faute de moyens, il n’avait pas pu faire un grand musée au niveau des ses trouvailles et resta en mouvement avec son petit musée in officiel et hors normes. Il n’a pas pu se débarrasser de son aversion de tout ce qui est réglementé, ni se libérer de la castration intellectuelle des dictats totalitaires. Cette fois, après la canicule de l’été, déconseillée particulièrement et les intempéries de décembre, Boughmiga se décida enfin à grignoter du terrain et alla dans quelques endroits encore sans labours et assez riches. Il réduisit un peu ses partis d’échecs tapageuses et démoniques au milieu d’un public fidèle au café culturel de Souihel, pour visiter certains endroits, à marcher durement entre les sillons et détecter des objets grâce à la réflexion du soleil. Malgré le grand plaisir des trouvailles, Boughmiga ressentait aussi une certaine faiblesse visuelle et un certain vertige suite à l’avc de l’année dernière. Tant pis, il avait déjà fait ce qu’il fallait et ce ne sont désormais que des compléments qui ne remettraient pas en question l’identité historique des endroits. Il y a toujours un grand travail statistique et de conservation qui reste à faire d’une façon durable et lisible pour les éventuels exposant de 2050. Il faut reconnaitre que le paléo était présent dans tout le sud Tunisien sans l’île de Djerba où le néolithique était existant mais faible. Pour ce dernier, il était très fort dans le coté sud du lac El Maleh et assez présent à El Gtoo, Rouiss, Khachm El Kelb, Ejdaria… Pour ce qui est du Romain, on peut constater que le site de Mininx est le plus grand et le plus prédominant sur le plan industriel quand on traitait les coquillages pour les colorants et les potions du garum alimentaire à exporter. En deuxième lieu Gyktis la ville qui n’avait pas été très habité et ses activités étaient de courte durée. Bien sur, on peut reconnaitre le taux d’habitation en fonction de l’amas et la couche de bris de poterie aux environs d’un site. Ziane était fort peuplé et pour une grande période et sa poterie avait de belles gravures en relief comme celles de Souk El Guebli à Djerba, une particularité qui dénote d’une stabilité humaine et une maturité culturelle importante. Par ordre décroissant on peut les apprécier consécutivement ainsi, Mininx, Gyktis, Ziane, Mdayna, Bourgou, Souk El Guebli, Ghizen, Guellala, Nebch Edhib, Essnam, Nfidhet Mohra, El Bibane, Gtaayet Echih, Laarej…. Ainsi, Boughmiga renoua avec son rythme habituel et son action écologique et éthique, pour faire son bain de compagne, sa fusion avec l’ambiant et son contact avec l’histoire…et revenir, au café culturel tard dans la journée, sans que personne ne sache où il était, et battre les partenaires aux échecs impitoyablement, dans une agressivité vorace et infaillible, dans un mélange d’instinct et d’intelligence….retraçant le parcours de l’homme, dans la paix et la sagesse des hommes. Lihidheb Mohsen 04.01.17

lundi 2 janvier 2017

Livres, en attendant une autre dizaine.

Mamadou et le silence de la mer" pour le drame des émigrés clandestins à partir du sud de la mediterrannée et un autre "tourbillon de pollens tunisiens", au sujets des péripéties de la" révolution et autres textes et poémes. En attendant la découverte d'un éditeur pour plusieurs autres publications en arabe et en français....sur les mêmes sujets écologiques et humanistes.

dimanche 25 décembre 2016

Triste rencontre.

Je suis presque affirmatif, d'avoir rencontrer par hasard Anis Amri, lors de son départ de la région de Lemsa en tant que Harrague. Il était en train de faire du stop vers Zarzis pour faire un tour et je l'avais trouvé juste prés de l'enseigne signalant la direction. Mais quand je lui avais dit que c'est assez loin, il me raccompagna vers la falaise prés de la citerne, pour continuer à pieds jusqu'au compement improvisée par les passeurs vers l'Europe. Il avait les dix neuf ans, assez intoverti, comme s'il portait un grand fardeau dans son intérieur. Il avait des problémes avec les organisateurs et d'aprés lui, il était en grande dispute avec les maitres mais il n'avait pas le choix. Comme je l'incitais à laisser tomber et rentrer chez lui comme il l'avait prétendu à Tataouine, il refusa et s'était encore renfermé tacitement comme quelqu'un qui subit un sort. Il n'avait pas de signe de radicalité ni d'éxtémisme quelconque sa transformation catastrophique se serait passé lors de son passage dans les prisons et son récrutement dans le monde carcéral par des codétenus. Je ne pouvais m'approcher du campement de Lemsa à cause du danger certain pour ma personne et ma voiture et le laissa tout en lui offrant avec regret tout ce que j'avais en buiscuits. Pas fier du tout de cette rencontre, surtout aprés ce qu'il avait fait...mais comme toujours, on ne pouvait rien faire...contre les germes de drames humains.

mardi 20 décembre 2016

Portraits et sagesse 97

Hadj Ahmed Sohbani Une personnalité très active, pragmatique, effective…et qui prête à équivoque surtout dans certaines périodes à controverse. Une jeunesse tumultueuse, avec des résultats positifs, des aventures avec certains prof coopérants étrangers ainsi qu’une grande notoriété à Médenine quand il se fit remarquer par sa Wazra et ses incantations du Coran sacré par cœur… Après plusieurs emplois et plusieurs aventures, il travailla pendant une longue période en tant qu’organisateur des pèlerinages à la Mecque. Toujours dans le milieu théologico-social de la ville de Zarzis, il avait bien soutenu un parti écologique de la fin du règne novembriste et participa majoritairement à l’embellissement de son quartier par des peintures, des jarres, des arbres, de la verdure…. Dans le vide de l’après 2011, Si Ahmed Sohbani, prit l’initiative de s’engager dans les activités associatives quand il commença par le boisement en palmiers du jardin communal de la délégation puis se consacra à l’encadrement des agriculteurs de Zarzis. En effet, il avait co-crée une société de services agricoles, participa à la réorganisation du comité local des agriculteurs, réglementa la distribution de l’orge pour le bétail de la région et maitrisa le rôle de porte parole des affaires du secteur de l’oliveraie, les terres collectives et le contact avec les autorités. Il était omni présent dans toutes les activités agricoles et aussi propriétaire d’une grande ferme d’oliviers, de figuiers et de bétail dans l’isthme d’Ejdaria. Il était présent et actif lors du boisage assisté d’une série de plants d’oliviers avec un léger produit tout en comparant leur évolution avec d’autres sur place et mise à terre en même temps. Il avait aussi coprésidé la journée de sensibilisation des fellahs et des oléo-facteurs à la mise en boite de l’huile d’olive et encourager l’exportation…. En outre, il avait fait plusieurs configurations artistiques d'assemblage juste sur la route vers El Bibane, dans son terrain, d'une beauté incontestable et un élan écologique et éthique certain. Ainsi, il est encore temps, de dire merci, à celui qui embellit sa région, se consacra aux autres et offrit sa volonté et sa détermination au bien public. Respect et reconnaissance à Si El Hadj Ahmed Sohbani.

jeudi 15 décembre 2016

Portraits et sagesse 96

Mabrouk Abichou Connu sous le nom de Béchir, il était un policier qui avait travaillé dans presque toutes les villes du nord, La Goulette, Tunis, Tabarka, Zaghouan, El Ksour…où il avait atterrie suite à plusieurs mutations abusives à cause de son insubordination naturelle. En effet, fils de Si Mohamed et petit fils de Si Saïd, d’une famille de paysans pauvres, quelques moutons, quelques pieds d’oliviers, une charrette et beaucoup de patience et d’humilité. Comme l’une des caractéristiques des jeunes de sa tribu, il était carrément insubordonable et malheureusement se trouva dans un travail où l’obéissance aveugle était basique. Ce n’était que lors du décès de son grand père, qu’il insista pour sa mutation vers le sud du pays et se trouva à Médenine à soixante km de la maison où il passa vingt ans à la file de sa carrière. Avec un travail aussi délicat, il était aimé par tout le monde sans le faire exprès, juste par le fait, qu’il était serviable, solidaire, compréhensif et accueillait touts les gens de la tribu qui allaient à Tunis ou à Médenine. Des centaines de personnes transitèrent par sa maison avec tout ce qu’il faillait comme bouffe et hébergement. Sa réputation était plus grande chez les autres, chez le citoyen simple qui aurait eu affaire avec le poste, ce qui avait été confirmé à chaque témoignage du bon peuple d’autrefois. Pour démontrer la baraka en sa faveur on peut citer trois événements seulement survenus durant sa carrière. La première était lors de son retour urgent d’El Ksour et tomba par hasard sur un stop qui l’amena jusqu’à la maison à Zarzis et s’est avéré en discutant dans la route un parent proche. La deuxième était quand un des ses cousins habita un hôtel à Paris en 1984 et dés que le propriétaire originaire de Médenine connu qu’il était le parent de Si Mabrouk, l’avait invité à habiter chez lui pendant un mois gratuitement. La troisième baraka était quand un infirmier de ses cousins alla pour un service administratif à Médenine et fut servi royalement en reconnaissance à Si Mabrouk. Ainsi, des dizaines de personnes passaient chez lui à Tunis ou Médenine, les émigrants préparant les dossiers ou le voyage, les malades, les visiteurs, les postulants pour un passeport, pour une carte d’identité, pour un sursis militaire, ceux qui avaient raté le bus allant l’après midi à Zarzis….s’invitaient chez lui sans façons. Une attitude de Si Mabrouk, ou Béchir pour les intimes, qu’il retrouva dans une retraite paisible au bord de la mer, à lire son journal au café du coin et avec des fils merveilleux et exemplaires. Reconnaissance et respect à Si Mabrouk Abichou, que Dieu le bénisse.

mercredi 14 décembre 2016

Ulyssus, à Zarzita. 3

Traditions et culture de l'oliveraie à Zarzis. C’était à la fin du mois d’octobre quand les olives sont abondantes, que les femmes se mettent à préparer le départ de la famille pour la cueillette tout en habitant dans des tentes sur place entre les oliviers. Des préparations très minutieuses car il fallait joindre touts les éléments de la tente, la dresser, la protéger, déposer les provisions, l’aménager, un coté pour la cuisine, l’autre pour les enfants et une partie pour l’intimité si possible… la femme, comme toujours concernant l’intérieur de la famille ne devait pas oublier les dizaines de composants de la tente, ainsi que le couteau, les allumettes, l’aiguille, le sel, des brindilles sèches, de l’eau de pluie, un rouleau de corde tressé maison, le tabac à priser du vieux ou de la vieille, les wazra et couvertures, la lampe et le pétrole, le tamis, les sacs en toile, le décalitre, l’huile d’olive avant la presse…une série d’objets fort nécessaires à une installation directe dans les champs. Cette transplantation, se passait toujours avec grand bruits et agitations, le chien, les moutons, le chat, suivaient la charrette encombrée de femmes et d’enfants assis sur la tente, les différents ustensiles à coté des poules entravées et surtout les indispensables échelles doubles sur le coté de la voiture. Pendant que les enfants jouaient avec le sable et jouissent de la liberté et les grands espaces, les plus grands contemplaient le couché de soleil et la plaisir des moutons à brouter l’herbe et les feuilles vertes des branches coupées pour protéger la tente et constituer un abri, tout le monde humait l’odeur du couscous et attendait sa cuisson. La danse du feu de bois et les étincelles voltigeant au devant la tente, amusaient les enfants assis autour du foyer à cuisson et la mère les repoussait pour avoir de la place. Déjà, les enfants voulaient s’attaquer au couscous malgré qu’il encore dans le couscoussier au dessus de la marmite, tant l’odeur appétissante les possédait. En même temps, la mère met le pot de thé sur le coté du foyer entre les braises flamboyantes pour l’avoir pré juste après le diner. Attaqué à la main, ou plutôt aux mains, le couscous se transformait en boulets que l’on avalait avec un appétit glouton, tant la saveur et le gout étaient inhabituel et unique. Certains se faisaient des aplatissements de couscous devant eux sur le grand plat en bois pour les refroidir un peu, mais des mains hostiles se tendaient subitement et il fallait faire vite et supporter la chaleur malgré tout. Une ambiance amenant tout le monde à se battre par les mains et les bras pour racler enfin le fond du grand ustensile en léchant les mains avec entrains. Une aussi bonne cuisine, ne pouvait être mangé que par les mains et la déguster jusqu’à la fin en suçant les doigts intégralement. Sous les draps en laine, on se pressait les uns contre les autres et la mère, comme il se doit, racontait des histoires fantastiques sur le fils du sultan, l’ogre et les sept vierges, Ali le malin, Jazia la hilalienne…pendant que les enfants somnolaient doucement dans leur belle imagination. Tôt le matin, à l’aube, la femme, encore une fois, préparait de l’Aych et encore du thé pendant le père et les autres mettaient en place les échelles et les draps pour la cueillette. On attendait bien sur la dissipation de la rosée et le confort du soleil pour s’attaquer, les cornes à la main, les branches chancelantes d’olives en grenelle rouge, verte et noir, pour écouter le crépitement sur le drap au sol et le bruit de percutassions sur le bois des échelles. Un travail assez dur que certains le faisant à la tâche de quantité, utilisaient des bâtons pour faire tomber les olives, ce qui était très nocif pour la récolte de l’année suivante. Les petits paysans chérissaient leurs quelques oliviers pour une économie de survie et n’avaient pas du tout apprécier la tentative de mise en coopérative forcée commanditée par un protectionnisme amateur de Ben Salah. Qui au lieu de commencer par les grandes exploitations s’attaqua aux petits fellahs impuissants et vulnérables. Heureusement que ce fléau n’avait pas atteint les arbres, pendant que le cheptel avait transité rapidement aux mains des spéculateurs. Dans ces conditions, les enfants n’avaient pas de congés scolaires pour accompagner leurs parents aux olives et devraient rester auprès de connaissances ou voisions pendant les deux ou trois semaines d’absence de la famille au travail à la compagne. Boughmiga, était pris en charge par une famille de noirs, qui permettait en contrepartie à leurs filles de travailler loin de la maison pour la cueillette chez El Bacha. Bref, revenons à nos olives, donc ces fellahs, n’avaient pas forcément des postes de radio et parsemaient la journée par des chansons populaires et des youyous de femmes joyeuses. Dans la nature des choses, ça fonctionnait dans touts les temps et quelques fois, ce sont trois gaillards, noirs, accoutrés d’habits traditionnels blanc et très cérémonieux, qui s’arrêtaient devant les cueilleurs pour réciter des chansons poétiques, en chœur, une série de mots qui s’entrecoupent, s’entrecroisent, s’alignent pour dresser des images géniales et retracer le parcours du combattant d’alors, ses prouesses et celles des grands héros. De belles voix concordantes et rythmées avec des bas et des hauts, des arrêts et des précipitations donnant aux mots leur signification expresse. Après vingt minutes de cette animation culturelle et populaire, ils recevaient toujours une bonne quantité d’olives qu’ils mettaient dur le dos de leur monture. D’autres fois, c’était le vendeur de fèves chaudes, bouillantes avec un zeste de sel et de cumin contre des olives ou bien le vendeur des baigners toujours croustillantes et bonnes…toute une série de « Beddel » échangeur, qui en temps normal échangeait le sel de sur son âne avec de l’orge, mais cette fois, l’opulence des olives prévaut. En plus de ces nobles visiteurs, un couple Belge avait eu le caprice de distribuer des glaces dans le désert en été et des petits gâteaux aux enfants en hivers ce qui fit que pendant cinq années en entendait dans l’oliveraie l’appel du cor klaxon provenant de ce minibus que les jeunes accouraient à sa rencontre pour acheter pour de l’argent cette fois, mais avec des prix très abordables. Ainsi toute la région s’anime pendant cette période et chaque famille aussi pauvre soit elle, avait quelques arbres et toute une tradition d’exploitation de l’huile d’olives pour l’année et quelques fois pour un peu d’argent pour l’année. Une équité relative dans une société de partage, où tout le monde trouvait sa part par le travail et les services rendus. Comme les colons avaient forcé la main aux paysans en s’appropriant une grande exploitation pour moins que rien, une ferme qui avait été rapatriée par le domaine de l’état dans une autre forme d’injustice aux propriétaires initiaux. D’ailleurs cette forme d’approches était générale et on pouvait voir comment des féodaux investir dans la pêche aux éponges, des pêcheurs acheter des terrains et planter des olivier, des citadins juifs exploiter des huileries, des riches Djerbiens prendre la relève des prêts et de l’usure, des nouveaux riches du tourisme investir dans la mer et les terres, des riches de l’émigration investir dans les immeubles et le bétonnage… L’essentiel était et reste toujours la création de richesse et offrir de l’emploi surtout aux milliers de bonhommes venant de l’intérieur du pays, des concitoyens qui avaient toujours considéré Zarzis, la Suisse des villes du pays au point de se voir refuser l’assistance publique aux élèves quand leur père travaillait dans cet endroit. Voilà donc, une richesse régionale qui faisait vivre le bon peuple et que des dizaines de familles dans des groupes qui s’installaient dans la région d’El Hichem, à Khalfallh, ou Chammakh, pour marchander avec les fellahs voulant la cueillette de leurs arbres à la tâche et rapidement. Plusieurs d’entre elles, aussi, rentraient assez riches de cette compagne par le force de leurs bras. Bien sur, chaque exploitant de huilerie, avait ses familles, ses tributs dans sa clientèle et l’honnêteté de la presse était souvent mise en doute surtout quand on parlait de canaux secrets d’acheminent de l’huile ou des possibilités de deuxième presse à l’insu du fellah. Avant la dernière vague de la mécanisation, remplaçant la presse mécanique par un système de chaines modernes, on ne peut oublier le pain rond déposé sur un fut et l’assiette d’huile fraiche à la disposition des visiteurs, ainsi, que les colosses avec des sacs en toile sur le dos, transportaient les olives des silos vers l’entonnoir du processus dans des cuves géantes attachés à la tête par des cordes. L’huile d’olive, un produit sacré était bien gardé par les fellah, au point de voir le propriétaire suivre de prés les voitures jusqu’à la maison et l’emmagasiner amoureusement de ses propres mains dans une citerne en faïence ou dans des futs à rondelles. Puisque la quantité est devenue de plus en plus importante, les Sifri et Jenbia, deux très grandes jarres de conservation, n’existent presque plus et même plus fabriqué. Une mémoire de respect aux gens qui avaient planté les oliviers, aux bonnes femmes qui les avaient irrigué et entretenus, aux travailleurs qui les cueillirent et à cette huile qui nous avait fait grandir à coups de Bsissa, Zoumita et Aych… Lihidheb Mohsen 14.12.16