Comme
si on parlait de la dernière glaciation, l’éruption des volcans ou la formation
de la terre, chimères, de participer à cette fixation, rétrogradation, au bord
du conscient, alors gentiment, on va citer, un petit flash de notre vie, pour
stimuler nos envies, en chœur, pour un monde meilleur…
- Le vendeur
d’eau : Les
villageois l’entendaient de loin, s’annonçant grâce à son sifflet et son bruit
strident et particulier. Avec sa haute charrette, au-dessus de laquelle, deux
futs en métal, pleins d’eau qu’il desservait au fur et à mesure aux paysannes,
dans leurs jarres, en contrepartie d’un peu d’argent. Les femmes se
précipitaient au bord de la route, pour s’approvisionner en eau, surtout
pendant les années de disette. Il ne passait pas chaque jour, car les
possibilités pécuniaires des habitants étaient maigres tant les origines de
l’argent n’existaient presque pas. Une affluence notoire qui motive aussi ceux
qui gardaient jalousement le peu d’eau de pluie encore dans leurs citernes de
la maison. Il faut reconnaitre, que ce vendeur d’eau, constituait une
alternative salutaire, pour les gens qui raclaient les fonds des rares puits,
ou se servaient des canaux des puits artésiens, fortement salés et destinés
exclusivement à l’irrigation des palmiers et sorghos, ainsi qu’à abreuver le
bétail. Un métier, qui disparut lentement, en fonction de la prolifération des
citernes en bétons pour les pluies rares, ainsi que la canalisation de la
société des eaux, dont l’eau est aussi devenue progressivement salée impropre
ni aux hommes ni l’irrigation malgré la prétendue désalinisation. Un grand
merci, à cet homme, qui avait pris l’initiative d’alimenter nos parents, en
eau, les désaltérer dans les temps difficiles. Jusqu’à maintenant, comme le
chien de Pavlov, le bruit strident des sifflets, nous salive, étanche notre
soif et nous donne une confiance en l’autre et beaucoup d’espoir.
- Le vendeur de
kérosène : Il avait aussi une citerne à roues,
appropriée avec des escaliers, guidée par un grand cheval, pour desservir les
petites boutiques et rarement les particuliers, qui s’adressaient aux
détaillant pour alimenter leurs lampes à pétrole et à un moment les Primus pour
faire de la lumière ou la cuisson. Les enfants achetaient pour leurs parents, dix
centilitres de pétroles, dans des « Boutilia », autrefois, un petit
trésor, qu’on avait trouvé venant de la mer.
- L’échangeur
« Beddel » Sur son âne, de maison en maison, l’homme échangeait du
sel, contre les grains ou l’huile d’olives. Dans une sorte de troc millénaire,
de produits de première nécessité.
- Le nettoyeur
de marmites « Gazdar » : Sur son âne, un homme toujours juif, comme le partage
des rôles l’exigeait, allait de maison en maison pour nettoyer les marmites en
cuivre de la noirceur accumulée par la cuisson sur le feu de bois. Utilisant le
bicarbonate de soude et le citron, il réussissait toujours à remettre à la
maitresse de la cabane, un ustensile propre et flamboyant. Une action magique,
qui confirmait le rôle des juifs dans l’alchimie, la médication, les nouvelles
techniques et l’artisanat. On parle d’un jeune qui avait enlevé à un juif vendeur
ambulant des pots, mais son père, l’avait obligé à les rendre l’après-midi même
avec les excuses. Un autre avait provoqué un juif ambulant pour un duel de
lutte corps à corps, mais quand ce dernier pris le dessus, le perdant avait dit
que c’était juste pour rigoler, alors le juif avait répondu en riant et criant,
Ô comme je te crois, Ô comme je te crois…. Toutefois, ce n’était pas méchant,
sauf quand l’un des usuriers avait dépasser les limites en hypothéquant les
chameaux, les terres, les récoltes, les barques…d’une grande partie de la
population.
- Le vendeur de
poterie « Gallali » : Venant de Djerba, spécialement du village de
production de la poterie, Guellala, avec sa charrette pleine d’ustensiles
divers, allant de la grande amphore pour l’huile d’olive, de moins grandes pour
les provisions, des jarres pour l’eau, des gargoulettes, des plats en argile,
des tire lires, des darbouka tam tams, des pots pour les ablutions… Ces objets
permettaient de garder et prévenir les jours difficiles, les grains, la poudre
de grains, les fruits secs, les viandes grillées, les graisses, les dattes, les
boules de dattes, les lentilles, les fenouils grecs, les piments en poudre, les
figues sèches, les tomates sèches, le sel, le petit poisson sec, les rouleaux
de trippes de moutons secs, les olives salées…. Comme pour l’eau, le passage de
ce vendeur de poteries, se faisaient avec des appels vocaux qui parvenaient aux
villageois au-dessus des bruits de fond des cris d’animaux. Alors dans la
maison, les amphores s’alignaient et les jarres misent à côté de la porte pour
l’eau du puits.
- Le marchand
de beignets :
Surtout pendant la cueillette des olives, cet homme à dos de son âne avec deux
grands couffins à droite et à gauche de la monture, vendait des beignets encore
chauds, aux cueilleurs d’olives et leurs enfants, en contrepartie de payement
en nature du produit de l’oliveraie. Comme pour le vendeur de fèves bouillis,
la marchandise arrivait encore chaude, par le savoir-faire et l’expérience de
ces amis du monde producteur de richesses.
- Les chanteurs
ambulants « Ghbonten » : Originaires de la ville de Sidi
Makhlouf, avec un folklore spécifique et totalement intégré, ils proposaient
des chants narratifs avec approche historiciste et clairement militante. Avec
un vestimentaire particulier en couleurs, ils parcouraient l’immense oliveraie
de Zarzis, par groupes de trois, de plantage en plantage, pour s’arrêter
pendant un quart d’heure et égailler les cueilleurs par cet art direct. Bien sûr,
ils étaient payés en olives. En ce temps, la radio n’existait pas encore
massivement, et il fallait bien que les bosseurs s’amusent un peu.
- Les voyantes : elles ne se déplaçaient pas
en groupe, une à une, de maison en maison ou de plantage en plantage
d’oliviers, à prédire le futur des gens, en usant d’un vocabulaire chantant et
agréable au point de toucher l’inconscient et émouvoir l’auditoire, au point de
la faire croire aux prémonitions plausibles. Celles-là, moins sincères et plus
enclines au bluff, s’appuyaient sur des citations religieuses pour émouvoir et
recevoir quelque chose en nature et en argent.
- L’acheteur de
vêtements usagés « Challag » : Sur un
âne comme les autres, il allait d’une maison en maison criant sa qualité et
l’objet de son action, achetant les vêtements usagés contre du sel, afin de
recycler ses achats pour le tissage manufacturier.
- Le vendeur de
sel « Mellah » : A son tour, sur l’âne de toujours, l’ami de l’homme, il proposait
aux foyers, du sel du lac salée, contre de l’orge et du blé. Alors que ce
dernier était aussi un produit noble, pour faire le couscous, plat principal de
chaque jour.
- L’acheteur d’œufs : Encore sur son grand âne,
avec ses grands couffins sur ses flans, pleins de foins, pour accueillir les œufs
que l’homme achetait des foyers. Le foin et quelques fois les algues sèches,
amortissaient les éventuels chocs et prévenir la fragilité de ce produit des
poulaillers. Généralement, cet homme, qui revendait les œufs frais en ville
pour les juifs, il vendait aussi les os de seiche, qu’il aurait collecté sur les
plages.
- Ztoot : Cette fois, c’était un
personnage, intégré dans le village, qui passait une fois toutes les
quinzaines, à mendier des grains, de l’huile d’olive et de la nourriture. Il n’avait
rien à vendre, à part une baraka, qui suivait à chaque fois son passage. Un
troc aussi important pour cet homme toujours en mouvement à travers les douars,
avec sa haute stature, son « Jerd » vieille Wazra et ses deux longs bâtons
qu’il croisait à chaque pas derrière lui pour ne pas être surpris par les
chiens agressifs.
- Luck Luck : cette fois, c’était un couple
de vieux belges, qui s’installèrent au village maritime avec leur voiture
omnibus fermé qu’ils transformèrent en guichet ambulant. Ils vendaient à prix
dérisoire des glaces, des gâteaux, dont les enfants raffolaient. Reconnus au
son du cor, les enfants accouraient des écoles pendant les récréations pour se
servir avec un grand plaisir. Un plaisir réciproque, qui affectait aussi ces amis
de la région qui y restèrent pendant trois ans au moins. Pendant, les vacances
scolaires qui coïncidaient souvent avec les cueillettes des olives, l’omnibus
allait aussi sillonnant l’oliveraie et le son du cor, interpellait les enfants
et même les grands. Jusqu’à maintenant, quarante ans plus tard, le souvenir de
leur passage, reste encore dans la mémoire agréable de cette période.
Ainsi, il n’y a pas
longtemps, de cet instant de la vie, que ces amis, avaient servi, avec
confiance et bonhomie, un commerce équitable, une approche conviviale et un
troc centenaire, entre les frères….
Lihidheb
Mohsen 08.03.2021