
A
partir de la Tunisie, croisement des parcours depuis l’homme primitif, vers le
nord, vers de conditions meilleures de vie, Boughmiga fait sa lecture, de
constat et d’approche. Comme les animaux et les insectes, depuis la nuit des
temps, les hommes ont migré dans touts les sens, dans un élan naturel, quelques
fois conquérants, d’autres conviviaux, mais toujours pleins de croisements et
de culturalité civilisationnelle. Le sud de la Tunisie, est parsemé des traces
de l’homme primitif, pour avoir une aire majoritaire du paléolithique et des
poches ouvertes bien précises du paléolithique, à Zarzis, Remada, Douz et bien
d’autres. Juste pour avoir une idée sur la région, on peut souligner le passage
consécutif des premiers groupes humains en mouvement, les Garamantes, les
Capsiens, les Berbères, les Phéniciens, les Romains, les Nordiques, les Arabes,
les Egyptiens, les Hébraïques, les Ibériques, les Anatoliens, les Maltais, Le
Italiens, les Gaulois…, pour finir avec la prédominance incontestée de
l’Arabo-Musulman sur les plans culturels et linguistiques. Un cumul, de
cultures, de savoir-faire, de brassage génétique, qui ont abouti à l’homme
d’aujourd’hui, averti, paisible et ouvert.
Ne
retenant que les mouvements volontaires des gens vers le nord, surtout pendant
les années de sècheresses, celle des travailleurs dans les services de la
capitale et les grandes villes, faisant des tremplins à d’autres pour aller
ailleurs et plus loin, la spécialisation de chaque groupe originaire d’un
village précis, dans la vente de journaux, servir aux cafés et restaurants,
vendre les fruits secs ou faire les dockers, était notoire pour les originaires
de Douiret, Chenini, Ghomrassen, Metouia, Zarzis, Djerba…
Pendant l’histoire contemporaine, plusieurs flux d’humains arrivèrent à
la Tunisie, depuis l’Egypte, l’Andalousie, l’Italie, les colons et la Lybie,
sans compter la libération et l’intégration des concitoyens anciens esclaves, avaient
participé à forger l’homme équilibré et lucide d’aujourd’hui. Mais si les
libyens avaient apporté la tradition du thé à la région, le riz et bien
d’autres mets, n’avaient pu détrôner le couscous berbère de son trône culinaire
de la région. Tout de même, quelques mets et apports culturels, étaient arrivé avec
les andalous.
Depuis l’indépendance, juste après l’esprit guerrier et conflictuel, le
couloir de la migration régulière avait entrainé des milliers de forces de
travail vers la France, afin de participer à construire l’infrastructure
urbaine, l’infrastructure routière et les travaux durs. Utilisant les têtes de
ponts déjà établis à Tunis et les premiers arrivants pour leur faciliter la
logistique de la ruée, les migrants avaient laissé leurs outils de travail à
même le terrain, charrue, faucille, pioche, scie, marteau, charrette, chameau…savoir-faire…pour
laisser un trou énorme dans le circuit économique normal du pays d’origine. Célibataires,
dans des habitations de fortune, des baraques délabrés dans des sols immergés
d’eaux et infestés de rats de toutes sortes, ces migrants batailleurs et
travailleurs, avaient milité aussi lentement mais surement pour avoir des droits
sociaux et des habitations convenables. Partis dans des systèmes de groupes
ethniques, puis d’habitations à loyers modérés, pour se trouver sans
intégration quelconque, obligé de joindre leurs épouses et enfants à leur
milieu étanche. Sans grande vocation pour l’éducation, ni le transfert des
connaissances et du savoir faire vers le pays d’origine, les migrants se
consacrèrent à faire de l’argent et construire des maisons au pays et acquérir des
oliviers à perte de vue. Tout en soulignant le fait qu’ils avaient largement
contribué à l’essor urbanistique par l’envoi d’argent, ils s’étaient rués vers
l’achat des maisons semi finis, l’importation de voitures et les tracteurs
agricoles. Ce dernier, était l’un des points les plus favorables pour le
travail des terres et l’exploitation moderne de l’oliveraie de Zarzis. C’était
aussi l’un des rares apports directement positifs à l’économie et l’agriculture.
Bien sûr, on aurait préféré une migration plus proche du transfert de
technologie et savoir-faire, avec une accentuation sur l’éducation des enfants
afin d’éclairer les esprits tout en gardant sa propre identité, mais, il faut
le reconnaitre, la vague de migrant initiale, était composée de braves paysans
agricoles dont l’objectif principal était le gagne-pain. En plus de l’esprit de
consommation, le trou laissé dans le tissu économique à la base, l’orientation
des fonds vers les projets de services, il y a eu aussi une influence importante
du pouvoir d’achat de l’étranger sur le marché local, qui s’affecte à la hausse
à chaque année de retours des migrants, bousculant ainsi sévèrement le pouvoir
d’achat des gens du bled. Comme la focalisation sur les idées du nord, les
produits du nord et la migration de plus en plus limité voir réduite par les
refus de visas, comme le passage tapageux chaque été des revenants vacanciers,
affichant une grande richesse et un bien être relativement extravagant, comme l’acculturation
consumériste avait réussit à dénigrer le local et ses valeurs, alors, les
jeunes et les moins jeunes, se sont attelés à rejoindre le nord pour touts les
moyens même à risques et illégaux.
Sur
la base physique des vases communicants, les flux de jeunes de l’Afrique et de
l’Afrique du nord et de partout, ne
cessent de foncer sur les forteresses des pays aisés, laissant des victimes à
touts les niveaux, à la mer, dans les Alpes et sur les barbelés de la honte…
Il faut reconnaitre, qu’à plusieurs niveaux
associatifs et autres, la solidarité avait été manifeste et quelques fois même efficientes
et aboutissantes, sur les plans humains et des services. Avec une plus grande
marge de manœuvre, une expérience de militantisme libre et une disponibilité à
l’action, les migrants avaient participé à un léger redressement du parcours de
la révolution chaotique du pays.
Comme la vie n’aime pas le vide, il en est de même pour les humains, qui
sont partis du sud vers le nord pour une vie meilleure, ils sont maintenant
remplacés massivement par des Africains, qui eux aussi, cherchent un bien être
et un pied à terre, pour aller encore vers le nord… Ainsi l’universalité de l’homme,
dans un monde pour tous, ouvert à tous, serait certainement l’aboutissement
naturel de ce mouvement de fond…
Lihidheb Mohsen 10.05.2021